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lundi 12 octobre 2020

Maintenant Il Est Temps de Récupérer les Instants Perdus.

Alicia Galienne, la jeune poétesse emportée à vingt ans par une maladie du sang, était andalouse par sa mère, Silvita. Peu après sa mort, celle-ci fit rapatrier d’Andalousie la dépouille d’un grand-oncle, un comte de Castilleja de Guzmán, mort en 1970, année de la naissance d’Alicia. Elle ne voulait pas la laisser seule dans le cimetière de Montparnasse.

Il se trouve qu'avec le petit essai de Sophie Nauleau, Espère en ton courage, où j'avais découvert Alicia Galienne, j'avais emprunté aussi le roman bien plus imposant d'un grand écrivain espagnol que je n'avais encore jamais lu, Un promeneur solitaire dans la foule, d'Antonio Muñoz Molina. Pourquoi mon attention s'est-elle portée sur lui, le natif d'Ubeda, en Andalousie, alors qu'il m'était inconnu ? Eh bien parce qu'il ne l'était plus tout à fait, inconnu. Grâce à Vertiges de la lenteur, ce volume d'entretiens de la revue La Femelle du Requin, acheté, je l'ai déjà dit, à Guéret, lors des Rencontres Chaminadour. Il était l'un des vingt écrivains au sommaire. Mais ce n'aurait sans doute pas été suffisant si je n'avais vu, en feuilletant le roman, que Fernando Pessoa y tenait une place importante. Ainsi que Baudelaire et Edgar Allan Poe. Bref, c'était déjà beaucoup de résonances avec ce que j'explore ici depuis des années. Je ne pouvais faire l'impasse.

D'autant plus que la couverture, qui reprend le principe du collage ou de l'affiche déchirée que l'on ne cesse de croiser dans le livre, montrait le visage de Pessoa lui-même (cela je ne m'en avisai pas immédiatement, je m'en aperçus un peu plus tard).


 

Le livre est parsemé des propres collages de l'écrivain, qui ne cesse de marcher dans les grandes villes, Madrid, Paris, New York, Lisbonne, enregistreur numérique de l'Iphone dans la poche, calepin, crayon, ordinateur portable, paire de ciseaux et bâton de colle dans un cartable — à l'affût des messages publicitaires incessants, des bribes de conversations dans la rue ou le métro, maraudeur du quotidien qui se remémore également les pérégrinations des grands promeneurs du passé car "la littérature moderne, affirme-t-il dès 2003 à ses interlocuteurs de la Femelle du Requin, a été inventée avec la promenade dans la ville, avec Baudelaire." Chaque paragraphe du livre s'ouvre avec une réclame, une injonction publicitaire, un fragment de prospectus, écrit en gras. La typographie n'est pas justifiée, comme la plupart du temps les écritures sur écran :

"Tu n'As qu'à Fermer les Yeux. Dans le vrai Paris, Charles Baudelaire lit les histoires du Paris inventé par Edgar Allan Poe. Il pose à présent sur la ville où il a vécu depuis sa naissance d'autres yeux éclairés et distordus par l'imagination d'une personne qui n'y est jamais allée. [...] En lisant Thomas de Quincey, qui écrit sur Londres, et Poe, qui décrit depuis New York un Paris imaginé, il s'impose le travail colossal et en rien lucratif de les traduire tous deux et apprend à regarder Paris, à voir passionnément ce que l'art et la littérature respectable ne peuvent et ne veulent presque jamais remarquer et qui s'étale désormais sous ses yeux, le bruit, la vulgarité, la rapidité, l'étourdissante abondance, la confusion de gens, les voix, la boue et le crottin sur les avenues, les vitrines illuminées jusqu'à des heures avancées de la nuit, la trouble nuit urbaine où l'excès d'éclairage artificiel et la fumée du charbon dans les usines ont effacé à jamais les constellations." (p. 83)
Une autre ville remonte par instants dans sa mémoire, c'est Grenade où il s'était installé après avoir quitté sa petite ville natale. Grenade, où je suis allé deux fois ces dernières années, et qui m'a laissé une empreinte ineffaçable, Grenade qui a maintenant nombre d'entrées dans Alluvions, Grenade dont le quartier de l'Albaicín, surtout, n'a cessé de me fasciner.

"Maintenant Il Est Temps de Récupérer les Instants Perdus. "Vous n'avez pas l'air de vous en souvenir, mais nous nous sommes rencontrés à Grenade il y a plus de trente ans. Vous êtes venus chez moi, dans l'Albaicín. Je vivais dans ce qu'on appelle là-bas un carmen. C'est un mot arabe. Vous disiez que l'endroit était si caché qu'on ne pouvait y arriver qu'en se perdant. Je ne trouve pas bizarre que vous ayez oublié. C'était un tout petit carmen, un espace plus qu'étroit, très escarpé, comme un escalier en colimaçon. Un carmen  cubiste, si vous me permettez l'expression." (p. 112-113)
Carmen Aljibe, Grenade, février 2019

Dans un autre passage du livre, le narrateur évoque Fernando Pessoa et Walter Benjamin. Curieusement, la phrase d'entrée est la même que celle de la page 83 (c'est le seul doublon que j'ai observé jusque-là).

"Tu n'As qu'à Fermer les Yeux. Dans le temps, mais non dans l'espace, Fernando Pessoa croise  Benjamin. C'est un marcheur agité dans la ville où Walter Benjamin aurait aimé aller et n'est jamais arrivé, Lisbonne, son port de transit dans sa fuite vers l'Amérique. [...] Fernando Pessoa marche dans sa ville en même temps que Benjamin dans Paris. Tous deux sont myopes, portent des lunettes rondes, des tenues extrêmement strictes et un peu usées, témoignent beaucoup d'intérêt pour la graphologie. Tous deux ont toujours eu un grand cartable noir. [...] Sur les photos, Fernando Pessoa et Walter Benjamin se ressemblent beaucoup, doubles possibles ou hétéronymes l'un de l'autre." (p. 148)

Il est frappant de voir que Frédéric Pajak, qui annonce qu'il a achevé son neuvième volume du Manifeste incertain avec la figure de Pessoa, ait commencé celui-ci avec  Benjamin, son Walter ego, comme écrivait Marc Semo dans Libération, le 1er octobre 2014. Le sous-titre du tome 1  était libellé ainsi : "Avec Walter Benjamin, rêveur abîmé dans le paysage."

"Pessoa, poursuit Muñoz Molina, lit Herman Melville et Walt Whitman, et ces lectures déclenchent en lui de prodigieuses ivresses de fécondité poétique." Et il enchaîne sur un parallèle Melville- Pessoa (Melville, autre résonance importante sur ce site) :

"Là Où il Semblerait qu'Il n'y Ait Rien. Déprécié et oublié après l'échec de Moby Dick, Herman Melville occupe un poste obscur aux douanes de New York. Poe a essayé d'en décrocher un similaire afin de sortir de son extrême misère, mais il n'y est jamais parvenu. Chaque matin, à la même heure, avec une tristesse disciplinée, Melville traverse les mêmes rues de Manhattan et arrive au travail par la rive de l'Hudson. Le fleuve que regardait lors de leurs trajets quotidiens pour aller au bureau Fernando Pessoa et son hétéronyme ou double inexact, Bernardo Soares, est le Tage. Melville invente le scribe et copiste Bartleby comme Pessoa invente l'aide-comptable Bernardo Soares. Tous deux écrivent avec une application méticuleuse, penchés sur d'imposants livres de compte et de procédures administratives. Quand le jour décline, Bartleby s'éclaire à la bougie, Bernardo Soares à la lumière électrique. Le bureau de Bartleby donne sur une cour intérieure, celui de Soares sur les étages élevés des immeubles de la Rua dos Douradores, à Lisbonne." (p. 148-149)

Affiche Grenade, février 2019

Sur Moby Dick, AMM revient un peu plus loin, page 178, à travers les propos qu'il prête à un personnage anonyme, prétendûment rencontré au Cafe Comercial de Madrid :

" Cervantès, Joyce, Melville, tous les trois travaillaient avec des matériaux charriés, des alluvions d'histoires antérieures, des éléments volés, découpés, copiés, et ils se laissaient porter par des divagations insensées, à croire qu'ils aspiraient au désastre, qu'ils voulaient que le livre en cours s'effondre sur eux, explose ou se répande sans qu'ils puissent le contrôler, du moins pas entièrement, comme Moby Dick a explosé au bout de quelques chapitres pour devenir un objet chaotique, une accumulation, une inondation, un collage fait de déchirures et de rafales. Moby Dick a été l'effondrement qui a enseveli pour le restant de ses jours le nom et le prestige du pauvre Melville, une explosion qui a tout emporté sur son passage..."

Je me demande si cette description de Moby Dick n'est pas aussi, dans l'esprit de l'auteur, la description de son propre livre, "un objet chaotique, une accumulation, une inondation, un collage fait de déchirures et de rafales". Et comment en rendre compte alors sans procéder à un semblable collage, à une même accumulation de citations ? Qui montrent ces existences solitaires qui ne cessent de se dérouler en parallèle, qui ignorent être si proches, invisibles les unes aux autres, et par là bouleversantes. Moby Dick et Melville encore, pages 322-323 :

"I Am Full with a Thousand Souls. Il y a chez Herman Melville une invisibilité, une incapacité à se trouver ou à se reconnaître dans d'autres passants qui l'ont sans doute croisé dans la ville, les cercles restreints des réunions littéraires, les librairies, les cafés. Quand Melville a publié son premier livre, Whitman a écrit un article élogieux à son sujet dans un journal de Brooklyn. Melville lisait Poe et tous deux fréquentaient la même librairie à New York, ils étaient amis avec le libraire. Pourtant ils ne se sont pas rencontrés, et s'ils se sont vus ou croisés avec la bonhomie qu'affichent habituellement les inconnus vis-à-vis des autres, nu n'en  a trace. [...] A Londres, en 1850, Melville passait ses journées à explorer des ruelles et des cours, des cafés, des librairies, des théâtres, des rues douteuses où il ne se serait pas aventuré s'il n'avait pas été seul, au coin desquelles des femmes s'offraient sous les becs de gaz. De Quincey était encore en vie. Il est fort probable que Melville ait lu ses Confessions d'un mangeur d'opium anglais, et "L'homme des foules", de Poe. Melville prenait des notes rapides dans son journal de voyage. Moby Dick devait déjà prendre forme dans son imagination, les premiers épisodes entrevus comme un rêve ou un souvenir, la première nuit d'Ismaël à New Bedford. Au cours d'une de ces journées londoniennes, il se laisse entraîner par une foule festive qui marche jusque sur la chaussée. A un moment donné il découvre, alors qu'il ne peut plus se placer sur le côté ni revenir sur ses pas, que ce cortège se dirige vers le lieu où doit se dérouler une pendaison publique. "La foule brutale", écrit-il, dégoûté, dans son carnet. Un autre témoin, Charles Dickens, assiste à la scène, tout aussi écoeuré, pris dans la même multitude, mais à un autre endroit. Dickens et Melville, tous deux au milieu de ce peuple agité et avide de cruauté, si près l'un de l'autre, sans le savoir."

Mascara infamante (Palacio de los Olvidados, Grenade, février 2019)

Je réalise en écrivant ces lignes que ce motif des existences à la fois parallèles et invisibles l'une à l'autre est au coeur du film que j'ai vu samedi soir, et qui était une exclusivité de la plateforme Mubi, Il s'agissait de Two/One, le premier long métrage de l'argentin Juan Cabral. Le synopsis donné sur le site était celui-ci : "Kaden est un sauteur à ski canadien de calibre international qui pleure un amour perdu ; Khai est cadre d’une entreprise de Shanghai attiré par une nouvelle collègue qui cache un secret. Ces deux hommes vivent leur vie sans se douter qu’ils sont reliés." [Voir la bande-annonce]

 


C'est à New York, où il vécut pendant douze ans, que AMM atteint si l'on peut dire l'acmé de cette expérience moderne de l'hyper-sollicitation digitale. On ne s'étonnera donc pas de voir le mot "vertige" s'imposer par deux fois dans la même page :

"Seuls les Meilleurs Peuvent Aller Aussi Loin. [...] Les lettres et les symboles d'une marque s'affichent sur un écran. Le titre d'un spectacle musical de Broadway, un modèle de voiture, la dernière série de Netflix, la silhouette d'un hélicoptère sur un fond jaune dans une publicité pour Miss Saigon. Un Boeing 718 de Norwegian Airlines décolle puissamment et vole en ligne droite au milieu d'himalayas de nuages. Dans un vertige planant, l'écran d'un ordinateur portable devient une grande cité technologique qui ouvre de manière engageante ses portes à Pékin : avenues arborées, immeubles de verre sous des ciels on ne peut plus limpides. De gigantesques battants ouverts laissent pénétrer une lumière céleste. Un Noir athlétique s'élance du haut d'un plongeoir, les bras en croix, vers une piscine d'un bleu éclatant, pareil au Boeing 718 de l'écran voisin. Dans la fosse sous-marine, le parc à thème aquatique de Times Square, on a aboli la réalité avec une efficacité qui déclenche dans le monde entier, chez lui aussi, le promeneur furtif, un vertige d'euphorie. Les paradis artificiels des marcheurs de la ville sont enfin devenus superflus : le laudanum de Thomas de Quincey, la laudanum et le cognac de Poe, le haschich de Baudelaire, le haschich, le peyotl et l'opium de Walter Benjamin. L'hallucination de la ville n'a plus besoin de surgir de la conscience car elle s'offre avec objectivité dans la simultanéité des écrans digitaux. Les femmes, les voitures, les rouges à lèvres qu'on y voit ont des dimensions d'espèces des profondeurs, calamars géants ou baleines. Les panneaux des magasins ont une véhémence de prédictions apocalyptiques : LAST DAYS, FINAL LIQUIDATION, EVERYTHING MUST GO. Les pancartes de soldes portés par des hommes-sandwiches à l'allure de mendiants ou d'ivrognes ne sont guère différentes de celles que brandissent avec une énergie vindicative les prédicateurs du Jugement dernier. "You shopaholics, crie l'un deux en agitant les bras parmi les touristes, you'd better kneel down and pray fir the mercy of the Lord." (p. 393)

lundi 5 octobre 2020

Mes yeux brûlent de ces larmes mortes

 A Adrien,

Le 29 septembre, l'ami Rémi postait un commentaire sur Tempestaire 111, qui commençait ainsi : "Je découvre cet article aujourd'hui, or avant-hier j'ai appris que Bernard Werber avait imaginé les 111 vies antérieures du héros de La boîte de Pandore à partir d'un fait "réel": une voyante consultée à contrecoeur en 1997 lui avait vu 111 vies antérieures." Dans l'article qu'il lui avait consacré à l'époque, Rémi a rajouté une note pointant vers une page du site personnel de Werber où l'écrivain raconte l'anecdote. En voici l'ouverture :

"Je me souviens.
C’était en Septembre 1997, j’avais 36 ans.
C’était une période plutôt basse, je venais de connaitre un échec de vente en librairie avec les Thanatonautes (du coup je songeais à arrêter le métier d’écrivain), je venais de divorcer, le projet de film des Fourmis était stoppé et tous les autres signaux étaient au rouge.
Cela correspond au tarot à la carte du pendu, quoiqu’on fasse, ça n’avance pas et plus on se débat, plus cela serre les cordes et fait encore plus mal, donc il faut rester immobile et attendre que cela se débloque.
Période de solitude, de doute professionnel, et période de cocooning ou je restais seul à la maison à lire des romans et regarder des films.
Arrive mon anniversaire, moment de mise au point annuel ou je réunis les quelques amis qui me restent (durant les périodes de replis la tribu rétrécit) dont Marie Pierre Planchon (l’excellente miss météo de France Inter). Cette dernière me dit : “pour ton anniversaire je voudrais t’offrir la rencontre avec quelqu’un d’extraordinaire’’."

Après une première séance au milieu d'une assemblée féminine, qu'il juge ennuyeuse, Werber change d'avis après une séance privée le lendemain, toujours offerte par Marie-Pierre Planchon. Je n'insiste pas sur l'aspect réincarnation (Werber lui-même n'est pas sûr d'y croire, mais cela lui a du moins fourni de la matière à histoires), non, ce qui m'intéresse plus particulièrement, c'est le contexte de l'anniversaire. Car j'ai pris connaissance du commentaire de Rémi le mercredi 30 septembre, or c'était le jour de l'anniversaire de mon fils Adrien, 32 ans. Ce n'est pas lui faire injure de dire que ce n'est pas un grand lecteur, mais il a néanmoins deux passions littéraires : Rabelais (initiée par une visite passionnante au manoir de la Devinière il y a bien longtemps) et, très précisément, Bernard Werber...

D'ailleurs, que vois-je en contiguïté avec la photo de Werber aux côtés de sa voyante ? une annonce de la publication de La planète des chats le 30 septembre 2020 :


Mais l'attracteur étrange n'avait pas dit son dernier mot. Un autre élément de puzzle, pour reprendre la catégorie inventée par Werber, va venir s'ajouter.

Je m'aperçois que l'article qui précède celui de la voyante se nomme Un arbre dans le dos, des rêves au bout des doigts. Ce qui me fait penser immédiatement à la phrase de Patrick Lowie : « L’arbre des rêves a grandi en moi, mes mains sont des branches et les rêves parlent pour moi »

Werber y raconte qu'il est né avec une maladie bizarre qui se nomme SPA : "Non pas pour Société Protectrice des Animaux mais pour Spondili Arthrite Ankylosante. Spondili ce sont les vertèbres. Arthrite c'est le rhumatisme. Ankylosante cela signifie que progressivement cela bloque tout. En fait mon dos se transforme en petit arbre bien rigide.
C'est ce qu'on appelle une maladie moderne car elle n'a été bien diagnostiquée qu'à partir des années 1980, grâce aux travaux d'un monsieur toulousain comme moi qui s'appelle Jean Dausset et qui reçut précisément en 1980 le prix Nobel de médecine pour ses recherches sur ce problème
." Il revient ensuite sur son enfance, marquée par cette maladie génétique, qui lui permet tout de même d'échapper au service militaire. C'est dès l'âge de 16 ans qu'il entame le projet Fourmis :
"À l'époque je m'étais amusé à créer des acrostiches, c'est-à-dire que les premières lettres de chaque phrase formaient un récit complet caché. La première version faisait déjà plus de 1000 pages (je voulais faire une grande saga dans l'esprit de mes deux livres cultes de l'époque: Fondation d'Asimov, et Dune de Franck Herbert)." "En tout, poursuit-il, je vais en 12 ans (de 16 à 28 ans) écrire 111 versions de ce projet. La dernière version Z85 comprenait 1500 pages."

111 versions... Il ne fait pas allusion ici aux 111 vies antérieures annoncées par la voyante, mais cette récurrence du nombre est assez saisissante. Il relate ensuite les difficultés pour se faire publier, et la réduction à 350 pages de l'ultime version. Et pour lui, c'est très clair, il a été sauvé par l'écriture :

"À 30 ans j'ai donc enfin été publié et mes crises se sont définitivement arrêtées.
Pourquoi lier les deux? Parce que cela me semble évident, en fait, le seul remède contre la maladie est de s'épanouir dans son activité quotidienne.
L'écriture de romans a arrêté la progression de ma maladie.
J'ai trouvé récemment une étude néo-zélandaise de 2009 montrant que les accidentés de la route qui rédigent tous les jours des récits imaginaires guérissent deux fois plus vite que ceux qui ne le font pas... donc il n'y a pas que pour moi que cela fonctionne. L'esprit influe sur la matière."

 

A propos de rêves, il me faut signaler aussi que l'article précédent, Pessoa ou le don du rêve, a été publié le même jour que Itinéraire pour Cesaria (9/19 et demi, sur l'excellent site Baoubaxter, recension par mon ami le Doc d'un poème de Roberto Bolaño, Un tour dans la littérature, qui rend hommage à Georges Perec, en commençant chaque entrée par J'ai rêvé. On peut lire ainsi :

32. J’ai rêvé que je rêvais et que je revenais chez moi trop tard. Dans mon lit je trouvais Mario de Sa-Carneiro dormant avec mon premier amour. J’arrachais les draps et découvrais qu’ils étaient morts, alors me mordant les lèvres jusqu’au sang, je retournais aux chemins vicinaux.

C'est par une lettre adressée le 14 mars 1916 à Mário de Sá-Carneiro que s'ouvre mon édition Bourgois du Livre de l'intranquillité. Ce poète portugais se donnera la mort le 26 avril de la même année, dans un hôtel du 9e arrondissement de Paris, près d'un mois après avoir annoncé son suicide par une lettre à son grand ami Fernando Pessoa. 

Le dernier paragraphe porte le numéro 57 :

57. J’ai rêvé que Georges Perec avait trois ans et pleurait, inconsolable. J’essayais de le calmer. Je le prenais dans mes bras, lui achetais des friandises, des livres à colorier. Puis nous allions sur les quais de New York et pendant qu’il jouait sur le toboggan je me disais à moi-même : je ne suis bon à rien, mais je serai là pour prendre soin de toi, personne ne te fera du mal, personne n’essaiera de te tuer. Ensuite il se mettait à pleuvoir et nous retournions tranquillement à la maison. Mais où était notre maison ?

A la section 30 du Livre de l'intranquillité, où ma dernière lecture s'est arrêtée, je lis : "Mon père, qui vivait au loin, se tua lorsque j'avais trois ans, et je ne l'ai jamais connu. Je ne sais toujours pas pourquoi il vivait loin de nous, et ne me suis jamais soucié de le savoir". L'hétéronyme auteur du Livre est Bernardo Soares ; de fait, Pessoa avait cinq ans à la mort de son père, qui vivait à Lisbonne avec sa famille. Je lis aussi un peu plus haut : "Je reconnais (non sans tristesse, peut-être) que je suis un homme au coeur sec. Un adjectif a plus de valeur pour moi que des larmes sincères, venues de l'âme. [...] Mais il m'arrive aussi d'être différent, de connaître les larmes les larmes brûlantes de ceux qui n'ont pas et n'ont jamais eu de mère ; et si mes yeux brûlent de ces larmes mortes, c'est au secret de mon coeur."

 



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lundi 28 septembre 2020

Pessoa ou le don du rêve

"Vis ta vie. Ne sois pas vécu par elle. Dans la vérité et dans l’erreur,
dans le plaisir et dans l’ennui, sois ton être véritable. Tu n’y parviendras qu’en rêvant, parce que ta vie réelle, ta vie humaine, c’est celle qui, loin de t’appartenir, appartient aux autres.
Tu remplaceras donc la vie par le rêve, et ne te soucieras que de rêver à la perfection. "

Fernando Pessoa

Ces quelques lignes de Pessoa se trouvent en exergue du portrait onirique que Patrick Lowie a écrit de son interviewer, Pierre Guéry (mais l'entretien nous apprend qu'elles avaient été adressées par Guéry lui-même à Lowie). Le grand auteur portugais est l'une de ses références centrales : "Et lors de mon long séjour à Lisbonne, j’ai découvert évidemment Fernando Pessoa. J’ai écrit mon premier livre au Portugal, envoûté par cette ville et par Pessoa, j’avais la sensation de tout comprendre, la sensation de ne pas avoir besoin de travailler ; tout ce que je voulais c’était écrire et faire du théâtre." Pessoa, c'est le rêve préféré à la vie, le rêve comme fondement même de notre identité. Lowie encore : "n’est-ce pas Pessoa qui a écrit que « le rêve c’est ce que nous possédons de plus intimement nôtre, de plus impénétrablement, inexpugnablement nôtre » ?"

 

Ode Maritime (Fragment d'affiche, Nunki Bartt)

Il se trouve que le 12 septembre dernier, s'est imposé à moi l'achat du dernier volume du Manifeste incertain, le neuvième de la série de Frédéric Pajak, aux éditions Noir sur Blanc. Il était placé juste en face de moi, à peine avais-je franchi la porte de la librairie Arcanes, en ses nouvelles pénates. Un Pajak, je ne réfléchis pas, je prends, j'embarque, je préempte. C'est de la dynamite, de la noire pépite qu'on ne peut pas laisser entre toutes les mains.

On se calme. L'écrivain autour duquel se trame cet ultime volume n'est autre que Pessoa, dont la biographie, entremêlée des souvenirs personnels de Pajak, est tissée comme à l'accoutumée de textes et de dessins (dont la fonction est beaucoup plus qu'illustrative). Le rêve se donne là aussi comme un motif primordial. Ainsi, page 68 :

"Fernando a huit ans. Chez les soeurs irlandaises , comme plus tard au lycée ou à l'école de commerce, il se passionne pour les études. Déjà, il parle et écrit couramment l'anglais. En revanche, il pratique de moins en moins le portugais. Ses notes sont excellentes et les compliments ne manquent pas : very good, excellent, brilliant, entirely satisfactory. Toutefois, même s'il se montre un excellent élève, c'est un garçon rêveur. Dans un sonnet intitulé "Rêve" se résume le leitmotiv de son oeuvre : "Dans ce monde la vie se passe à rêver." Dans Le Livre de l'intranquillité, il ajoutera : " Le Destin ne m'a donné que deux choses : des registres d'aide-comptable et le don du rêve."


Le 19 septembre, à Guéret, avaient lieu les XVèmes rencontres littéraires de Chaminadour, Geneviève Brisac invitait à marcher sur les grands chemins de Virginia Woolf. Je n'avais pu m'y rendre l'an dernier. Cette fois-ci, Gaëlle et moi pûmes suivre les conférences et tables rondes de l'après-midi, et assister en soirée à la lecture de textes de Woolf par le trio Brisac-Agnès Desarthe et surtout Anne Alvaro, dont la voix ensorceleuse, toute de douceur et de gravité, vous tient en haleine comme en une promenade ventée sur une falaise.

Dans la pause de fin d'après-midi, nous rendant au centre-ville piétonnier pour dîner, je pus encore une fois vérifier que le désert s'étendait. A 18 h 33, très exactement, dans la Grande Rue, autrefois artère commerciale de la ville, où plus d'un magasin sur deux est en déshérence, nul être humain n'était visible. 

Guéret, Grande Rue

 

Les organisateurs n'en ont que plus de mérite à maintenir ici ces Rencontres, qui n'ont rien, et c'est heureux, d'un salon du Livre (pas de séances de dédicaces, mais l'on peut acheter des livres de qualité dans le hall de l'espace Fayolle où se déroule la manifestation). Je n'ai pu faire autrement (encore un choix qui s'imposait à moi) que d'acquérir le recueil d'entretiens, que mène auprès d'écrivains, depuis vingt ans, la revue La Femelle du Requin, édité par Le Tripode (il avait nom Vertiges de la lenteur). 


Et je m'amuse de ce que, ayant décidé d'écrire cet article aujourd'hui, mon navigateur s'est ouvert ce matin sur la page du moteur de recherche Bing affichant (chaque jour on peut y découvrir une photo différente) un requin bleu, qui plus est " se balade dans les eaux des Açores, un groupe d’îles portugaises, situées à l’ouest du continent". Le Portugal, le requin bleu, tout est cohérent.

Vingt écrivains sont interrogés longuement dans ce recueil. Je n'ai pas commencé par le début, mais me suis rendu, sans trop savoir pourquoi (car je ne suis pas particulièrement connaisseur de cet écrivain, mais il faut dire tout de même qu'il a une place ici sur Alluvions), sur l'entretien avec Antonio Tabucchi (p.77), La littérature est une partouze... (non, ce n'est pas ce titre qui m'a spécialement attiré...). Dans la brève présentation des auteurs de la revue, on peut lire ceci : "Derrière l'apparence, on trouve l'erreur et l'ombre. Tabucchi affectionne l'homo melancholicus, nimbé de nostalgie, de rêves et de remords. [...] Peignant reflets de peurs intimes et couleurs des sentiments, l'auteur installe au coeur de nos jours le songe et ses ingrédients : l'absurde, l'angoisse et l'impuissance." Une description qui aurait aussi bien convenu à Pessoa. D'ailleurs Pessoa, confesse Tabucchi, dont on sait l'importance que revêt le Portugal dans son oeuvre, est pour lui "un grand compagnon de route, c'est une présence protectrice".

Sur le rêve, il affirme que "la nature humaine a besoin d'une dimension onirique, parce que n'avoir que la dimension d'une conscience éveillée serait une torture. Le rêve, c'est comme avoir des vacances", ajoute-t-il.

Je n'ai lu pour l'instant qu'un autre entretien, le premier de la liste, accordé par Antoine Volodine, fort réticent par ailleurs devant cet exercice (là encore, je pense que c'est la présence récente de l'écrivain dans ces pages qui m'a conduit à le lire en  priorité). Et là aussi, la présentation de la revue mentionne le rêve : "Les narrateurs d'Antoine Volodine sont souvent schizophrènes et paranoïaques. On peut leur trouver  certaines excuses : ils sont prisonniers du monde concentrationnaire auquel leurs révoltes avortées ont ouvert la voie, et leur discours en peut se déployer qu'à condition de tromper la vigilance des agents d'un totalitarisme mystérieux : gardes-chiourme, bourreaux ou tortionnaires. C'est pourquoi ils engouffrent leurs récits dans les méandres du rêve, de la poésie, du plus sombre des humours."


Auteur d'un roman appelé Lisbonne, dernière marge, Volodine est bien sûr interrogé sur sa proximité avec Pessoa et ses hétéronymes, mais l'auteur s'en défend, en affirmant ne pas être marqué par Pessoa : "Le système hétéronymique que j'ai mis en place de façon tâtonnante les premières années ignorait presque tout de Pessoa. Ensuite, j'ai eu beaucoup de relations avec le Portugal, j'y suis allé très souvent, je suis marié à une universitaire qui a fait une thèse sur Pessoa, mais il y a peu de relations entre l'hétéronymie telle qu'on la voit affleurer dans le post-exotisme et le système de Pessoa. Pessoa définit des voix extrêmement distinctes selon les genres, alors que j'essaie de mettre en place des voix qui sont différentes mais qui disent la même chose, qui traitent à des moments différents des mêmes choses." (p. 39)

Il me restait à aller aux sources, à l'original, autrement dit à Pessoa lui-même, que je dois avouer avoir très peu lu encore, malgré le fait que je possède depuis 1999 son grand oeuvre, Le Livre de l'intranquillité. Difficile de se replacer dans les sentiments de l'époque, mais je crois bien que je m'étais perdu dans la noirceur de cette prose, j'avais été comme asphyxié, je n'avais pas les poumons alors pour supporter son amertume, malgré la beauté de la phrase. Alors m'y revoici, vingt-et-un ans plus tard. Mais j'y vais prudemment, en abordant par la préface de Robert Bréchon*, première source de Pajak  avec sa biographie de 1996. Page 9, il écrit ceci :

"La souffrance ne vient ni du monde extérieur, dont il est capable, comme Alvaro de Campos, de célébrer la multiple splendeur, ni de l'espace intérieur où, à  force d'imagination, il peut tout à loisir vivre son rêve et rêver sa vie."

Et je poursuis par la lecture de la préface du poète portugais Eduardo Lourenço, qui déclare que "Le Livre de l'intranquillité est le livre de la non-vie de Bernardo Soares, autant dire de la "vraie vie" de Fernando Pessoa". Et de le citer alors : 

" Ce qu'il y a de primordial en moi, c'est l'habitude et le don de rêver. Je ne suis pas seulement un rêveur, je suis un rêveur exclusivement."

 

Pessoa © Frédéric Pajak

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* J'ai renoncé récemment à fixer les vertiges. J'avais prévenu que je tiendrai ce blog tant que l'exercice me plairait. La lassitude est enfin venue, la tâche à vrai dire  était infinie. Néanmoins, j'ai presque quelques regrets quand je constate soudain une véritable épidémie de vertiges autour de ce Livre de l'intranquillité.  Ainsi Robert Bréchon : "Livre admirable, témoignage bouleversant, parfois vertigineux." Puis Eduardo Lourenço : "Tout est humble dans ces textes, parfois vertigineux." Et la traductrice Françoise Faye : "Nul n'est peut-être allé aussi loin que Pessoa dans l'exploration de cet "autre" énigmatique ; et lire ce poète, c'est le suivre dans une descente vertigineuse, métaphysique jusqu'au fond de l'être."

Et enfin, Pessoa lui-même : " A force de me recomposer, je me suis détruit. A force de me penser, je suis devenu mes propres pensées, mais je ne suis plus moi. Je me suis sondé, et j'ai laissé tomber la sonde ; je passe ma vie à me demander si je suis profond ou non, sans autre sonde aujourd'hui que mon regard qui me montre - clair sur fond noir dans le miroir d'un puits vertigineux - mon propre visage, qui me contemple en train de le contempler." [Texte 193, Cité par Richard Zenith dans l'Introduction).

 


samedi 10 novembre 2018

D'Harry à Henri

En allant à Porto, nous ne pouvions éviter de visiter la librairie Lello, rendue célèbre par JK Rowling qui vécut deux ans dans cette ville, de 1991 à 1993, enseignant l'anglais dans un institut de langues. Elle s'y était mariée avec le journaliste portugais Jorge Arantes, et aurait commencé l'écriture d'Harry Potter en partie sous les ors du café Majestic, autre haut lieu de la vie culturelle portuane. Mari dont je lis qu'il se fait très discret et fuit les interviews, ce qui n'est guère étonnant quand l'on sait qu'après une violente dispute il avait mis en pleine nuit son épouse à la porte. Deux semaines plus tard, Joanne, alors âgée de 28 ans, quittait définitivement le Portugal, avec sa fille Jessica âgée de quatre mois.

La librairie Lello à Porto, qui aurait inspiré Rowling pour créer la librairie Fleury et Bott.
La librairie, il est vrai magnifique, avec son escalier à double volée, ses vitraux et ses boiseries en plâtre, est tout de même victime de son succès. Relativement exiguë, il faut faire la queue pour entrer, moyennant un ticket d'entrée à cinq euros. Somme défalquée si vous achetez un livre, ce que je n'ai pas manqué de faire, la librairie proposant un choix pas extravagant mais tout de même pas négligeable de livres en français (le choix de livres anglo-saxons est beaucoup plus grand, et dans une autre librairie de la ville, si encore une fois des livres en anglais étaient disponibles, il n'y avait aucun livre en français - ce qui montre bien le recul de notre langue dans ce pays). J'ai donc opté pour un petit Fernando Pessoa, édité par Chandeigne, la maison d'édition française spécialisée dans la littérature portugaise. Je destinai l'ouvrage à Nunki Bartt, grand aficionado de Pessoa (voici quelques années, il avait participé à la création d'une lecture des Odes maritimes, en compagnie du comédien François Forêt, et à l'occasion d'une représentation, Michel Chandeigne lui-même leur avait offert son édition illustrée de l’œuvre).

Cependant ce n'est pas le portugais Pessoa qui allait offrir une résonance intime à ce voyage à Porto. Après avoir lu l'article où j'évoquais le poète suisse Edmond-Henri Crisinel, Bartt m'envoyait un dessin extrait de l'un de ses vieux carnets, montrant un portrait du poète qui semble en restituer la nature tourmentée. Or nous n'avions jamais jusqu'ici parlé entre nous de Crisinel.


jeudi 26 janvier 2017

# 22/313 - Petit minou quantique

 "Sois pluriel comme l'Univers !"
Fernando Pessoa, Obra poetica e em prosa

Il est une seconde hypothèse dite irrationnelle pour rendre compte des phénomènes d'anticipation littéraire que Pierre Bayard semble préférer à celle de la synchronicité : l'hypothèse des univers parallèles. "Contrairement à la synchronicité, explique-t-il, cette hypothèse repose en effet sur des fondements scientifiques solides. Elle a commencé à émerger avec les découvertes de la physique quantique et s'est peu à peu imposée aux physiciens dans les années 1950 comme une solution vraisemblable pour rendre compte de phénomènes difficiles à expliquer en son absence.(p. 105)"

Or, au moment où je lisais ces lignes, je me souvins de cet autre livre emprunté à la médiathèque en même temps que Garcin et Vila-Matas, Des univers multiples, A l'aube d'une nouvelle cosmologie, du jeune astrophysicien et philosophe Aurélien Barrau (Dunod, 2014). Je venais d'en commencer la lecture, parfois ardue, mais toujours stimulante, et il me semblait bien que ce concept d'univers parallèles y était abordé. J'allai le chercher : le marque-page que j'y avais laissé ouvrait précisément sur le chapitre 4, Mécanique quantique et ses mondes parallèles, avec la phrase de Pessoa, que j'ai recopiée ici, en exergue. Vous savez comment sont les marques-pages, extrêmement malicieux (rappelez-vous celui du Petit-Minou), ils sont le doigt du destin, et celui-ci devait avoir quelque accointance avec un autre félin, celui de Schrödinger.


Je ne vais pas ici raconter la célèbre expérience de pensée dite du chat de Schrödinger, vous la trouverez en ouvrant le lien ci-dessus ou bien un autre peut-être plus pertinent, le web offre sur le domaine nombre de possibilités de mourir moins bête. Qu'il me suffise de dire, à la suite d'Aurélien Barrau, qu'effectivement, dans les années 1950, un jeune étudiant de Princeton, Hugh Everett, en  a risqué une interprétation ébouriffante : "(...) à chaque interaction d’un système quantique avec un système classique se produirait une bifurcation en plusieurs univers parallèles. Autrement dit, il existerait un monde où le chat est mort et un autre monde où le chat est vivant, ces deux mondes étant bien réels mais n’interagissant plus entre eux ! Les événements de ce type étant innombrables, les mondes parallèles pulluleraient. La proposition semble tout-à-fait déraisonnable, pourtant un « sondage » chez les physiciens théoriciens montre que de plus en plus d’entre eux la considèrent comme la vision correcte." (Lire l'article complet de A. Barrau dans le journal du CNRS : Peut-on tester les univers parallèles ?)

Source : Wikipedia
 Pour les plus courageux encore une fois, une petite conférence du même Aurélien Barrau, le 5 février 2015 à l'Amphi Abbé Grégoire du CNAM, 60 rue Réaumur, Paris 3e.