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mardi 24 février 2026

L'art ne vient pas coucher dans les lits qu'on a faits pour lui

 
Mercredi dernier, écrivant sur Ubu Roi et ses déclinaisons contemporaines, j'ai inséré à titre d'illustration l’œuvre de René Auberjonois. Que celle-ci soit propriété du Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne m'était une aimable résonance que le hasard ou le non-hasard m'offrait avec le voyage récent que nous fîmes en Suisse. L'étincelle qui avait tout déclenché (racontée dans Guerre &guerre forever) avait été cette découverte à la brocante de Saint-Martin d'Auxigny, près de Bourges, des trois tomes d'une édition de la Bibliothèque des Arts, Lausanne-Paris, consacrés à la correspondance et au Journal du peintre suisse Félix Vallotton. E. m'avait alors alerté sur la rétrospective de son œuvre qui avait lieu précisément au Mcba de Lausanne, jusqu'au 15 février. Et c'est ainsi que nous passâmes un week-end en Suisse, en compagnie de l'ami Robert, Bâlois de naissance. Avec lui, nous traversâmes le Jura, avec ses champs de neige épars, sous la pluie intermittente, avant de dévaler vers la cité des bords du Léman (où nous bénéficiâmes d'un temps plus clément).
 
 
C'est le dimanche, de bon matin, que nous avons visité cette très belle exposition, qui présentait toutes les facettes de l’œuvre de Vallotton (1865 - 1925). Vivant en France dès 1882, il ne retourna en Suisse que de façon très épisodique. Il fut tôt reconnu grâce à ses gravures sur bois et à ses illustrations en noir et blanc dans différents journaux. Je lis dans la notice de Wikipedia qu'il renouvelle dès 1891 l'art de la xylographie et que "cette initiative a pu être lié à la parution, au mois de mars 1891, de l'article marquant d’Albert Aurier, Le Symbolisme en peinture, appelant à un art « idéiste » et décoratif, d’où seraient bannis « la vérité concrète, l’illusionnisme, le trompe-l’œil »." Albert Aurier qui est loin d'être un inconnu pour nous, car ce critique d'art, mort beaucoup trop tôt (en 1892, il n'avait que 27 ans), je l'ai évoqué à quelques reprises, surtout à la Toussaint 2016, un peu agacé par le mauvais traitement que lui inflige injustement Maurice Pialat dans son Van Gogh. Il était né à Châteauroux en 1865, la même année que Vallotton, qui fit d'ailleurs son portrait pour un livre de Rémy de Gourmont.
 
Portrait d'Albert Aurier
par Félix Vallotton
paru dans Le Livre des masques
de Remy de Gourmont (vol. II, 1898).
 
 
De Vallotton, j'apprécie surtout ses gravures et ses paysages. Les premières portent souvent une charge virulente contre les pouvoirs, témoignant d'une sensibilité anarchiste que je n'ai pas retrouvée dans la lecture de son Journal (1914 - 1921). Les seconds, d'une beauté parfois confondante, semblent sourdre d'un temps suspendu ; cet esprit tourmenté, toujours insatisfait, atteint soudain à un calme d'ordre supérieur magnifié par l'extraordinaire palette de couleurs.
 
 
En famille (gravure sur bois publiée dans Le Cri de Paris, 13 février 1899)

 
La manifestation (1893)
 
Paysage de la Creuse (1925), Musée des Beaux-Arts de La Chaux-de-Fonds.

Auto-portrait à 20 ans,  Félix Vallotton, 1885

Nous ne nous sommes pas limités au Mcba, il était impensable de séjourner à Lausanne sans aller voir La Collection de l'Art brut. E. l'avait déjà visitée deux fois, Nunki Bartt y était allé en solo il y a longtemps et il n'était pas question que je passe à côté. Nous n'avons pas tout vu, car le rez-de-chaussée était en cours d'aménagement pour l'expo à venir (la Collection fête ses 50 ans, ayant été inaugurée en février 1976). Nous n'avons pas tout vu, mais c'était déjà extraordinaire, puissant, inoubliable.
Ci-dessous quelques photos, prises ce samedi-là,  dans l'ordre, Clément Fraisse, Émile Ratier, Magde Gill, Auguste Forestier,  Pascal-Désir Maisonneuve, Aloïse Corbaz. Juste un aperçu sur cette formidable constellation d'artistes, de créateurs irréguliers, comme disait Jean Dubuffet. Qui écrivait aussi : "L'art ne vient pas coucher dans les lits qu'on a faits pour lui, il se sauve aussitôt qu'on prononce son nom : ce qu'il aime c'est l'incognito. Ses meilleurs moments sont quand on oublie comment il s'appelle."









 

mardi 5 août 2025

Quincaillerie chaotique

Samedi dernier après-midi, dans la rue Bourbonnoux, une bouquinerie où je n'étais pas encore entré, Pass'âges. Un choix très riche, mais un livre surtout m'a très vite aimanté, et au terme d'un rapide tour d'horizon sur les denses rayonnages du lieu, j'y suis revenu avec une certitude : c'est celui-ci et nul autre que je me devais d'emporter dans ma besace : Écrits timides sur le visible, de Gilbert Lascault, dans l'édition d’Armand Colin de 1992 (qui reprenait l'édition originale en 10/18 de 1979).

 

Gilbert Lascault n'était pas tout à fait un inconnu pour moi. Le Musée de l'Hospice Saint-Roch à Issoudun lui avait consacré une exposition du 27 septembre au 28 décembre 2014, Les chambres hantées de Gilbert Lascault, avec 80 œuvres choisies et commentées par ce critique d'art, essayiste et écrivain atypique, pour qui les artistes étaient avant tout des amis. 

Parcourant pour l'occasion sa biographie, je vois qu'il est né comme mon père en 1934, le 25 octobre précisément, à Strasbourg. Ses parents sont quincailliers à Obernai. La guerre est marquée par la longue absence du père, prisonnier en Allemagne (et de même Lucien, mon grand-père, ne reviendra qu'en 1945 de sa captivité en Autriche). Un père qui aurait bien voulu qu'il perpétue la tradition quincaillière, mais il n'en fera rien (il obtient l'agrégation de philosophie en 1960). Cependant, en 2008, il déclarera à un journaliste venu lui rendre visite dans son appartement parisien : « Mon lieu ressemble à une quincaillerie chaotique. Les peintures, sculptures, photographies m’incitent à penser un peu, à rêver, à écrire (…)." Et Djamel Meskache, le maître d’œuvre des éditions Tarabuste qui éditèrent le catalogue de l'exposition des chambres hantées, parle de Gilbert Lascault comme du quincaillier de l'infini : "il sera ce quincaillier d'un nouveau genre, poète et homme de science avec des savoirs humanistes."

 

L’appartement de Gilbert Lascault © Tarabuste

Je me plonge vite dans ce recueil de textes, déjà anciens, mais qui n'ont rien perdu de leur pertinence. Le premier texte (daté de juillet 1978) s'intitule Pour une esthétique dispersée, et le premier sous-titre est déjà éloquent : Loin des certitudes, hors des polémiques. Personne n'est moins dogmatique que Lascault (j'aime qu'il porte ce nom de grotte magique qui lui correspond tellement bien). Il parle des plaisirs que provoquent les textes "sûrs de leur vérité", mais il suggère que "d'autres plaisirs naissent peut-être ailleurs : dans le flou, dans l'effiloché, dans le dispersé, dans l'impur, dans les ébauches de descriptions des particularités qui se refusent aux généralisations." Il cite Jean Dubuffet qui écrit, vers 1945 : "J'aime aussi l'embryonnaire, le mal façonné, l'imparfait, le mêlé."

Ces mots, je les retrouve un peu plus tard, lus par Lascault lui-même, dans ce portrait filmé en 2014 à son domicile par Marie-Pierre Bonniol et Mariette Auvray (mentionné par Hugo Pradelle dans le bel article d'hommage, Gilbert Lascault, le fabuliste du visible, donné dans En attendant Nadeau.)


 

Gilbert Lascault note que la peinture "refuse de privilégier le lourd au détriment du léger, le dur au détriment du souple, l'incorruptible au détriment du périssable", et que les peintres "s'intéressent au moins autant aux nuages qu'aux fortifications, aux étoffes qu'aux armures, aux fruits qu'aux marbres". Et puis soudain voici que sous sa plume affleure ce motif qui m'a occupé un bon moment naguère : "On connaît aussi la fascination qu'exerce sur Léonard de Vinci une matière habituellement méprisée : la poussière. "Je dis (écrit Léonard) que lorsqu'on frappe une table en différents endroits, la poussière qui la recouvre se disperse en diverses figures de collines et monticules (...)" Et plus loin : "On évoquera à propos de cette fascination de Léonard, les "élevages de poussière" imaginés par Marcel Duchamp, qui fait photographier un tel élevage sur le Grand Verre."

 

Encre (Evelyne Ferrand-Hemmelding) 

 

 

vendredi 23 août 2019

Jurassic Bartt

- Vous qui aimez Yves Robert, vous vous souvenez du Grand Blond avec une chaussure noire ?
-  Le film avec Pierre Richard, alias François Perrin ?
-  Oui. Eh bien, je l'ai revu tout récemment, Nunki Bartt m'ayant passé le dvd. Vous vous rappelez de l'argument : Toulouse (Jean Rochefort), un chef du Renseignement cherche à confondre son adjoint Milan (Bernard Blier) qui complote contre lui, en lui faisant croire qu'un espion redoutable débarque à Paris pour le percer à jour. En fait, c'est un homme choisi au hasard dans la foule à la descente d'un avion à Orly.
- Pas tout à fait au hasard. Je me souviens bien maintenant que vous le dites, Perrache (Paul Le Person) choisit Perrin, qui est violoniste, parce qu'il porte deux chaussures de couleur différente, dont une noire.


- Il y voit un signe : c'est lui qu'il faut choisir. La lecture des signes, c'est tout le propos et le comique du film. L'aéroport est truffé d'hommes de la bande à Milan, Perrin est photographié, suivi, écouté, pisté sans relâche. Son comportement étrange, dû uniquement à sa distraction et son étourderie suprême, pose une énigme aux barbouzes. "Qu'est-ce que c'est que ce gugusse ?" répète l'un d'eux. Pourtant, à aucun moment, la croyance en son identité d'agent secret n'est remise en question.
- Exact, mais je sens que vous faites là un détour pour mieux me confondre moi aussi.
- Bien vu l'ami. Oui, vous me faites l'effet, avec vos propres histoires, d'être un autre Blier, empêtré dans la croyance que les agissements de ce quidam ont du sens en tant qu'espion. Comme lui, vous cherchez du sens là où il n'y en a pas. Mais tout a l'air de confirmer la croyance : Perrin trouve le micro caché en renversant le pot de fleurs, il élimine deux tueurs à sa poursuite sans même s'en apercevoir. "Il est très fort", dit Blier plusieurs fois. De même, vous ne cessez de trouver des indices qui semblent corroborer votre hypothèse d'un hasard créateur.
- Bien vu vous aussi, mais vous oubliez que Blier ne parvient pas en définitive à savoir ce que le gars "a dans le ventre", et il veut le faire supprimer. Intéressante cette métaphore du ventre. Blier est une sorte d'haruspice moderne. L'haruspice, vous savez, c'était celui qui lisait dans les entrailles des bêtes sacrifiées pour livrer des présages. Sauf que lui en est incapable, "on tourne en rond" ne cesse-t-il de répéter, et il finit par se contenter d'une simple mise à mort. Heureusement Perrin est protégé à son insu par deux anges gardiens, Poucet et Chaperon (on est en plein conte), deux agents de Toulouse, et c'est Milan qui va mourir (ce qui embêtera bien Blier qui ne pourra pas tourner de ce fait Le Retour du Grand Blond).
- Hum, je crois bien que vous noyez le poisson, et que vous tenez ferme à votre propre croyance. Bref, que vouliez-vous me dire hier au sujet des 7 : 07 du film ?
- Oui, revenons-en aux 7 : 07 (mais vous avouerez que ce n'est pas moi qui, ici, a digressé). 7 : 07, qui, si j'enlève les deux points, me donne 707, en système décimal donc.
- Vous allez me resservir l'hypothèse de Meillassoux sur Le coup de dés de Mallarmé. 707 serait le nombre clé du Poème.
- 707 serait aussi un nombre important pour l’exégèse biblique, comme en témoigne par exemple l' article de Rémi Schulz, Les pendus bizarres.
- Permettez-moi à mon tour une petite digression : je fais très attention depuis quelques mois  aux plaques d'immatriculation, essentiellement aux trois chiffres du milieu. Une attention qui a peut-être son origine dans l'épisode d'août 2017, avec l'immatriculation 777 (épisode lié ici encore à un billet de Rémi Schulz). J'ai ainsi relevé dans la très proche rue Fontaine Saint-Germain, que j'emprunte chaque jour, un 222, un 444, un 888 et un 333. Ces voitures sont souvent stationnées dans cette rue, une telle abondance de triplets de même chiffre me semble défier les probabilités.
- L'administration a peut-être un faible pour ces triplets nnn, et les attribue-t-elle plus souvent que les autres nombres ?
- Votre conjecture est douteuse, mais admettons. Toujours est-il que lorsque 707 est apparu dans toute sa munificence, je me suis dit aussitôt que le nombre allait un beau jour se signaler avec une plaque d'immatriculation idoine.
- Et alors ?
- Alors, j'ai attendu longtemps. 707 s'impose le 4 juillet, et je ne verrai mon premier 707 que le 26 juillet, à Saint-Germain de Confolens, où habite ma petite soeur Marie et sa famille. Et c'était juste devant leur maison.
- Et entre temps, vous avez traqué les 707 ?
- Pas du tout. Ce n'est pas comme ça que ça marche. Il ne sert à rien de traquer méthodiquement. Bien sûr, il est difficile parfois de ne pas céder à l'obsession. Mais ça n'aboutit à rien de toute façon, alors on lâche prise. Non, le signe s'impose de lui-même, il faut en revenir à Picasso : "Je ne cherche pas, je trouve." Le nombre surgit devant vos yeux. Il vient quand il veut. Ceci est d'ailleurs vrai de manière générale, une coïncidence n'a pas à être cherchée, elle doit émerger d'elle-même, dans son évidence première.
- Vous vous rendez compte que nous sommes en pleine pensée magique ?
- Bien sûr. Et je le revendique. Et en même temps, je revendique le rationnel, il ne faut jamais oublier le rationnel. C'est ce que disait Jacques Ravatin: "Quand on quitte le rationnel, il faut emporter le rationnel avec soi." Et garder l'humour aussi. Garde-fou indispensable.
- Garde-fou, le mot est juste. A prendre au sens littéral. Là-dessus, je suis bien d'accord avec vous.
- Donc un 707 fin juillet, et depuis plus rien. Nouvelle période vide. Et puis mercredi, je me rends avec Nunki Bartt au causse de Pouligny Saint-Pierre.
- Le causse de Pouligny ? Dans l'Indre, il y a un causse ?
- Eh oui, c'est peut-être le causse le plus septentrional de France, et le plus petit, quelques hectares dans la vallée du Suin, un ruisseau qui disparaît complètement en été. Un paysage extraordinaire, invisible de la route la plus proche, et qui vous transporte dans un autre univers, c'est le Larzac en miniature. Tenez, en voici la description dans ce livre retrouvé chez mes parents, le guide des Merveilles naturelles de la France, édité en 1973 par la Sélection du Reader's digest. On pourrait presque croire à une blague, mais non, c'est très sérieux, d'ailleurs toutes les notices sont rédigées par de grands professeurs de Muséum d'histoire naturelle, des agrégés de géographie, des ingénieurs de l'ONF, rien que des pointures scientifiques. Jugez-en vous-même.


- Hola ! jurassique, rauracien , séquanien, entre 180 et 135 millions d'années, époque des calcaires jaunâtres récifaux riches en polypiers et solénopores...
- Arrêtez de consulter Wikipedia en douce pour jouer au savant, ça ne prend pas.
- Ok, mais cela a-t-il un rapport avec le 707 ?
- Je n'en sais rien, je place le contexte. Je vous signale aussi que ce n'est pas la première fois que je parle du causse sur ce site. Il est au cœur d'un article qui remonte au 19 février 2007: En vallée du Suin. Il m'avait inspiré un petit poème :


- Vous n'y étiez pas retourné depuis 2007 ?
- Je crois bien que non. Ou bien une fois, je ne sais plus très bien. Mais le souvenir en était intact. J'ai tout retrouvé, avec la même exaltation. Nunki Bartt était pareillement ravi, et il ne pense plus qu'à y retourner pour l'arpenter encore plus profondément.
- Assez digressé. Venez-en au fait.
- J'y arrive. Donc au retour, en fin d'après-midi, je traverse Châteauroux pour gagner Déols où habite Nunki. A l'entrée de Déols, je suis comme mis en alerte par les voitures devant moi, qui exhibent des 44 sur leurs plaques. Mais je ne devrais peut-être entrer dans tous ces détails...
- Trop tard. Mais pourquoi focaliser sur 44 ?
- C'est la faute de la plaque 444 trouvée à la brocante des Marins. J'en ai donné chronique le 9 décembre 2017, avec Panicum plicatum.


Une découverte qui avait confirmé la relation au Quaternité de Rémi Schulz, encore lui, et m'avait conduit vers la Melancolia de Dürer. Mais je ne développe pas, ce serait trop long. En tout cas, 444 reste bien inscrit au top four des nombres pour moi magiques. Alors, revenant du causse, voir ces plaques bâtardes juste devant moi, 440 ou le 44 de Loire-Atlantique, leur succession rapide dans le temps de cette circulation, me met oui en alerte, et soudain, merveille, un 707. J'aurais dû photographier, mais bon, je n'en fais rien. Je ne dis rien à Nunki, je ne veux pas lui imposer cette nouvelle élucubration...
- Le pauvre, j'ai l'impression que vous l'avez un peu contaminé...
- C'est un grand sensitif, un artiste, je n'ai rien touché en lui qui n'était déjà présent. Il me prête ce jour-là, après m'avoir montré sa superbe dernière toile, La Grande Berce et les petites caucasiennes, le fac-similé de la collection du Grand Jeu, que Jean-Michel Place avait édité en 1977. Ainsi que le volume 1 de Prospectus et tous écrits suivants, de Dubuffet, publié en 67. Des livres qu'il a chez lui depuis belle lurette. Vous imaginez bien que tout cela résonne fort avec mes derniers articles.
- 77, 67, on est revenu dans les 7...
-  Je repars vers dix-huit heures. Et voilà que juste en sortant de la rue Bertrand, je me retrouve derrière une caisse qui porte la plaque 707. Et que je suis jusqu'au rond-point de l'avenue de Paris. Là, je photographie, j'ai des preuves :


- Deux 707, à l'entrée et à la sortie de Déols, c'est du bonheur...
- N'exagérons pas, mais c'est une drôle de sensation, c'est comme si le monde, la plupart du temps muet, se mettait à parler, envoyant des signes pour une fois clairs. Je vous passe les plaques 044 et 440 aperçues dans le même temps sur le côté, comme s'il y avait eu une symétrie en miroir avec mon arrivée à Déols.
- Déols me fait penser à Sogol, le Père Sogol, professeur d'alpinisme en plein Paris, qui contacte le narrateur au début du Mont Analogue de René Daumal. Sogol qu'il faut lire comme l'envers de Logos, bien sûr.
- Attention, c'est vous qui êtes contaminé... Nunki m'avait aussi sorti son volume du Mont Analogue.
- Daumal qui meurt le 21 mai 44...
- Alors que trois jours avant, le 18 mai 44, naît W.G. Sebald.
- De retour chez moi, l'affaire continue, justement avec Sebald, mais pas seulement. Mais là, c'est moi qui crie grâce, on reprendra demain cette petite conversation. Vous avez où est la sortie ?
- Oui, par la petite fenêtre, avec la corde de rappel...



lundi 19 août 2019

Big Brother

Mucem de Marseille. Fort Saint-Jean. Après l'exposition consacrée à Jean Dubuffet, Un barbare en Europe (formidable, j'y reviendrai), celle ayant pour titre La Fabrique des illusions, qui confronte les photographies « orientalistes » de la collection Fouad Debbas de Beyrouth à des œuvres de dix artistes contemporains. Je ne m'attarde pas ici sur le propos général (fort intéressant en soi, mais après avoirarpenté avec ferveur et méthode le parcours foisonnant de l'ex-négociant en vins, je n'avais plus d'énergie que pour une visite en attention flottante), car c'est en somme un détail que je veux consigner ici, à savoir que je pense bien avoir repéré un individu partageant le même sens de l'élucubration que mézigue.

Son nom : Louis Quail. Photographe documentaire anglais, dont le travail présenté à Marseille est intitulé "Big Brother" : portrait photographique intime de Justin, le frère aîné de Louis Quail, qui souffre de schizophrènie. "Son état est grave, et Justin a été interné à trois reprises au cours de sa vie. Cependant, comme le montre le livre, sa personnalité va bien au-delà de cette maladie. Il a des centres d'intérêts, des hobbys (la peinture, la poésie, et surtout l'observation des oiseaux). Il a également l'amour; cela fait plus de 20 ans qu'il est avec sa compagne Jackie. 


En montrant la personne au-delà de la maladie, Big Brother veut faire face à la stigmatisation. Le livre révèle un système en crise, manquant de ressources et ployant sous le poids de la bureaucratie, mais il découvre également des vérités importantes sur la nature de la résilience. Et en son coeur, malgré tout, Big Brother est une histoire d'amour." (L'ascenseur végétal)

Louis Quail est né en 1967. Et c'est en 2017 qu'il réalise la vidéo suivante, projetée donc au Mucem, dans le cadre du portrait de son frère. Elle dure très précisément 7 minutes et 7 secondes, et je ne peux donc pas croire que ce soit un hasard. Évidemment, je ne peux pas ne pas penser à mon projet Heptalmanach, réalisé en 2017, avec son roman associé se déroulant en 1967 - chaque article posté  cette année-là le fut à 7 : 07.


LOUIS QUAIL - Justin "Big Brother" from Fetart on Vimeo.