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vendredi 20 avril 2018

Heather Hearnstein

Nunki Bartt est un grand passionné d'Arthur Rimbaud. Il faut dire qu'il a eu la chance, dans sa folle jeunesse tourangelle, d'avoir comme professeur aux Beaux-Arts Alain Borer, "spécialiste mondialement reconnu" du poète (dixit la notice de Wikipedia), "poète, critique d’art, essayiste, romancier, dramaturge, écrivain-voyageur, rimbaldien", ainsi qu'il se présente lui-même sur la page d'accueil de son site. De ses voyages sur les traces du génial enfant des Ardennes, il en ramena des livres comme Rimbaud en Abyssinie qui lui valurent une certaine consécration (mais comme je ne les ai pas lus, je ne m'étends pas plus sur le sujet borérien). Toujours est-il que notre Nunki Bartt est même allé en pèlerinage à Charleville avec un ami aussi dingue que lui des Illuminations. Dans des conditions précaires qui n'étaient pas sans rappeler les propres errances d'Arthur.


Samedi soir, après le concert de Rodolphe Burger et Serge Teyssot-Gay à Equinoxe, nous nous étions retrouvés chez lui autour d'un coup de rouge avec fromage et saucisson. Comment la conversation en vint-elle à glisser sur Truffaut et Godard, je ne sais plus, mais je me souviens bien que Nunki Bartt avait évoqué le générique de Pierrot le Fou, avec ses lettres rouges et bleues qui apparaissent sur un seul carton pour composer sur sept lignes le message suivant : « JEAN PAUL BELMONDO ET ANNA KARINA DANS PIERROT LE FOU UN FILM DE JEAN LUC GODARD », avant de disparaître progressivement pour finir sur le seul O de Pierrot. Dans ce générique, il voyait clairement une citation du poème rimbaldien des Voyelles, qui finit aussi sur le O : "O l’Oméga, rayon violet de Ses Yeux !"*


Le lendemain, je termine la lecture d'un petit livre sur Michel Butor, La mémoire des sentiers, fruit d'entretiens sur la montagne menés avec Fabrice Lardreau. Je l'avais presque acheté rien que pour sa citation liminaire, que je trouve admirable : « Chaque moment est complexe, au sens mathématique de “nombre complexe” ; il est traversé d’échos, d’harmoniques. Et, parmi les activités humaines, parmi tous les registres possibles de paysages, la marche en montagne est la plus propice pour générer ces harmoniques. » Mais, en réalité, j'avais aussi adoré les autres réflexions, toujours justes et pénétrantes, de cet insatiable curieux qu'était Michel Butor, globe-trotter d'autant plus remarquable que loin d'en tirer une sorte d'arrogance - la suffisance de celui qui a tout vu - il reste étonnamment modeste, au point que l'on regrette vraiment de ne pas avoir connu un homme dont on est prêt à parier qu'il devait être éminemment sympathique.
Bref, j'en arrive au dernier texte cité par Butor, après Ramuz, Thomas Mann et Kamo No Chomei : la Lettre de Gênes, écrite aux siens par Rimbaud le dimanche 17 novembre 1978, où il décrit dans quelles difficiles conditions il a traversé les Alpes.

Sur ce, peu avant midi, je reçois un texto de Nunki Bartt m'annonçant que l'esprit de Jarry roulait au-dessus de son casque, qu'il projetait donc une sortie à bicyclette l'après-midi et que si ça me disait... Il faut préciser qu'un grand beau temps s'était installé sur le Berry, une chaleur de juillet dont il eût été dommage de ne pas profiter. Mon vélo s'enrouillait sur le balcon, il était temps de réagir, aussi je répondis fissa à Nunki : Ok Fausto ! Tu passes me chercher ? A quelle heure ?
Fausto - pour les ignorants de l'histoire cyclistique - c'est bien sûr faire allusion à Fausto Coppi, le grand champion italien des années cinquante (je ne l'ai même pas connu, il est mort l'année de ma naissance d'une malaria contractée en Haute-Volta).
Cinq minutes plus tard, Bartt me répond qu'il ne sait pas encore au juste, il doit aider à tondre le jardin, il me rappellera. Je dis : Ok Gino !
Gino - pour les incultes de la chronique vélocipédique - c'est Gino Bartali, l'autre campionissimo, le grand rival de Coppi, trois tours d'Italie, deux tours de France remportés à dix ans d'intervalle, un exploit jamais égalé. Jeune lecteur, tu ne connais pas, mais Bartt si, qui me répond à 12 h 59 :


A 13 h 37, il m'avertit que la tondeuse étant tombée en panne, on peut s'attaquer au Saint Gothar plus tôt. Le Saint-Gothard, le col mythique  qui relie Andermatt dans le canton d'Uri à Airolo dans le canton du Tessin. Pourquoi, allant faire du vélo en forêt - randonnée qui ne se caractérise pas précisément par un relief tourmenté - me parle-t-il du Saint Gothard ? A cause de Gino, Gino "le pieux"** ? Peut-être, car le Saint-Gothard a été maintes fois escaladé pendant le tour de Suisse, que Bartali a gagné deux fois.

Extrait du journal suisse Le Confédéré, Martigny, 20 août 1947.
Mais ce n'est pas cela qui me surprend le plus : c'est comme si Nunki Bartt avait lu par-dessus mon épaule, car que raconte la lettre de Gênes de Rimbaud, sinon cette montée difficultueuse du Gothard, qu'il qualifie lui-même d'exploit ? Extrait :
"Voici à fendre plus d'un mètre de haut, sur un kilomètre de long. On ne voit plus ses genoux de longtemps. C'est échauffant. Haletants, car en une demi‑heure la tourmente peut nous ensevelir sans trop d'efforts, on s'encourage par des cris, (on ne monte jamais tout seul, mais par bandes). Enfin voici une cantonnière : on y paie le bol d'eau salée 1,50. En route. Mais le vent s'enrage, la route se comble visiblement. Voici un convoi de traîneaux, un cheval tombé moitié enseveli. Mais la route se perd. De quel côté des poteaux est‑ce ? (II n'y a de poteaux que d'un côté.) On dévie, on plonge jusqu'aux côtes, jusque sous les bras... Une ombre pâle derrière une tranchée : c'est l'hospice du Gothard, établissement civil et hospitalier, vilaine bâtisse de sapin et pierres ; un clocheton. A la  sonnette un jeune homme louche vous reçoit ; on monte dans une salle basse et malpropre où on vous régale de droit de pain et fromage, soupe et goutte."
Je n'avais pas parlé la veille de cette lettre, pour la bonne raison d'abord que je ne la connaissais pas, et que je l'ai découverte ce dimanche matin-là, grâce à Butor. La coïncidence était à mes yeux assez étourdissante. Quand j'en fis part à Bartt, il ne broncha guère : je sais bien qu'il n'accorde pas grand prix à ma dilection pour les carambolages du hasard (pour reprendre une image donnée par Marguerite Yourcenar), c'est une marotte qu'il me concède par indulgence (ce n'est pas le seul, loin de là, prendre ces faits au sérieux, vraiment au sérieux,  impliquerait un bouleversement d'ordre métaphysique dont je conçois parfaitement qu'on en veuille faire l'économie***).

Bon, vers 14 h nous voilà lancés vers la forêt du Poinçonnet. Et le bougre est bien plus fringant que moi, sur sa monture noire aux pneus blancs il n'amuse pas le goudron : Lourouer-les-Bois, les Loges de Dressais, les longues allées rectilignes mal bitumées, sous un ciel d'azur puis plombé de nuages puis re-bleu, et moi au bord de l'épuisement, mis à mal par le moindre faux plat (oh, il est loin le temps où j'étais un bon grimpeur). Et voilà que des noms commencent à courir dans ma tête, revenant obsessionnellement. Cela m'arrive régulièrement en vélo quand la fatigue se fait lourde. Je me répète en boucle une formule ; c'est dans la zone industrielle, plus très loin du but, que je prends vraiment conscience des mots qui me trottent dans la cervelle : deux noms exactement. HEATHER HEARNSTEIN. Oui, Heather Hearnstein, je les vois très précisément écrits ainsi. Ils ne me rappellent rien mais ils forment une sorte d'entité rythmique. 1-2, 1-2. Coup de pédale après coup de pédale, halètement après halètement, je les capture, je les fixe, ils s'impriment maintenant dans ma conscience comme le Augenblick et le Lexington Avenue, mais là c'était venu dans les rêves, pas en veille. Finalement, un peu plus loin, Bartt, qui affirmait ne jamais avoir crevé avec ses pneus blancs, prend une épine, et comme la pompe que j'ai amenée ne correspond pas à sa valve, il faut finir à pied. J'oublie mon Heather Hearnstein.

Revenu à l'appart, douché, les jambes lourdes, les genoux rompus, je décide de sagement regarder mes deux épisodes quotidiens de Lost. Saison 5, épisode 8.
Soudain, à la vingt-sixième minute de cet épisode, intitulé LaFleur, lors d'une alerte de sécurité, Phil, l'un des membres de l'Initiative Dharma, pénètre dans une des maisons du village et demande à une certaine Heather de garder un oeil sur Sawyer, Juliet, Jin et Miles.


Heather. Dès que le nom s'affiche, tout me revient. Heather Hearnstein.
Ce qui est stupéfiant, c'est que c'est la seule occurrence de ce personnage dans Lost. Jouée par Carla Buscaglia, Heather n'apparaît plus ensuite.

Alors bien sûr j'ai été tenté de rechercher Hearnstein, dans Lost tout d'abord, mais non, pas de Hearnstein dans Lost, pas de "Heather Hearnstein" non plus. "Hearnstein" seul n'affiche que 190 résultats, une misère dans Google. Et dans les sites répertoriés, rien de convaincant. C'est qu'il ne faut pas chercher, je n'ai pas cherché Heather, le nom s'est imposé à moi. Ce sera la même chose pour Hearnstein. Peut-être.



______________
* Pour une analyse savante du générique de Pierrot le Fou, on peut lire L’alpha et l’oméga : Pierrot le fou de Jean-Luc Godard, article de Laurence Moinereau dans la revue en ligne Fabula.org.

** Dans sa notice Wikipedia, je découvre que ce pieux Bartali, en plus d'être un grand champion, lion d'être un bigot relou, était un homme plus qu'estimable : " Profondément croyant, membre de l'Action catholique, « Gino le Pieux » a toujours refusé d'être un ambassadeur du fascisme. Proche du cardinal florentin Elia Dalla Costa, son activité de messager clandestin pendant la Seconde Guerre mondiale, sous couvert de sorties d'entraînement au cours desquelles il acheminait des faux papiers cachés dans le guidon ou la selle de son vélo, a permis de sauver de nombreux Juifs. Il fut à ce titre reconnu comme « Juste parmi les nations » en septembre 2013 et son nom figure au mémorial de Yad Vashem."

*** Une autre sorte d'évitement consiste à considérer le phénomène uniquement comme une fantaisie, un détail de métaphysique amusante, une curiosité. Or, il a à voir aussi avec le tragique. Clément Rosset affirmait que rien n'était plus fragile que la faculté humaine d'accepter la réalité. Et si la réalité était faite aussi, et bien plus souvent qu'on ne croit, des collisions du hasard (ce que Rosset lui-même n'aurait sans doute pas accepté) ?

samedi 31 mars 2018

Pour l'ivresse de vivre

"Jonas et Noé se hélant". Ces mots de Rocquet me mettent aux abois, car le nom hébreu de Jonas est Yona, qui n'est rien d'autre que le mot "colombe", notamment celle qui est venue héler Noé pour lui indiquer le chemin de la terre ferme.
J'avais déjà étudié le rapprochement de ces noms ici car dans sa récriture du Voyage au centre de la terre, Lahougue a transformé les noms des explorateurs, Otto-Axel-Hans, en Noé-Alex-Jonas, ce dernier étant un chien (mais pas un roquet), et c'est Jonas qui va indiquer à Noé et Alex le chemin vers le monde réel. 

Rémi Schulz (Blogruz), commentaire sur L'auberge des vagues

Suivons le chien Jonas qui nous mènera peut-être vers le monde réel. Monde réel que quelqu'un a quitté le 27 mars, le philosophe Clément Rosset, pour qui le Réel était précisément le maître-mot : ainsi déclarait-il dans un entretien en 2008 dans Philosophie Magazine : « Chaque vie va finir et l’on ne peut se soustraire à cette règle. Nous voici maintenant face au réel le plus indésirable. Je pense que la finitude de la condition humaine, la perspective intolérable du vieillissement et du trépas, expliquent l’obstination des hommes à se détourner de la réalité », mais aussi : « Ma quête de ce que j’appelle le réel est très voisine de l’enquête sur l’être qui occupe les philosophes depuis les aurores de la philosophie », dans l'avant-propos à L’École du réel (Minuit).

Il était né la même année que ma mère, en 1939, à Carteret, dans la Manche, et avait publié son premier livre, La Philosophie tragique, à 19 ans, en 1960, l'année de ma naissance. Jean-René Huguenin, ce jeune écrivain prometteur qui devait trouver la mort l'année suivante dans un accident d'automobile, le saluait dans un article de la revue Réalités de mai 1961 :"Le jeune Clément Rosset, avec sa Philosophie tragique, est un excellent exemple de ce renouveau d'énergie, de vitalité, qui nous permet d'assumer notre condition douloureuse, et même de nous enivrer de sa douleur. Un passage de son livre m'a particulièrement frappé, où il décrit une fête, l'harmonieuse agitation des danses, la gaieté des voix, la légèreté de la musique - et où, brusquement, à travers une jeune fille qui s'élance vers son cavalier, il imagine la présence transparente, le souffle secret de la mort. "Nous admirons ces danseurs, écrit-il, et nous ressentons une fierté d'exister, parce que nous savons, par leur allégresse tragique, qu'ils savent que l'allégresse n'est pas pour l'homme : et voilà, je l'ai dit, la seule source véritable d'allégresse ; nous les aimons parce qu'ils ont, au moment même de leur danse, la révélation aiguë, beaucoup plus aiguë que dans les autres moments de leur existence, qu'ils sont éphémères et mortels, que leurs pères sont morts, qu'eux-mêmes vont vieillir, que peut-être l'amie avec laquelle ils dansent en ce moment périra demain d'un accident. Notre fête, c'est la révélation subite du tragique ; c'est le voile du bonheur qui se déchire..." "(in Une autre jeunesse, Seuil, 1965)

Jean-René Huguenin
Il y a quelque chose de vertigineux à lire ces mots, à entendre parler, alors qu'il vient de mourir à 78 ans, du "jeune Clément Rosset" par un écrivain qui restera éternellement jeune dans les mémoires, devant lui-même périr d'un accident en 1962.
Le sens du tragique, Rosset le revendiquera toujours, en même temps que la joie d'exister. Son intuition fondamentale se forme un soir de mars, à Nice où il raconte avoir été comme frappé par le "génie de la philosophie". Disant aussi "mon oreille s’est dressée comme celle d’un chien aux aguets", il comprend subitement « que l’essence même du réel, c’est de ne pas avoir de double. Il est dans la nature du réel d’être absolument singulier. Toutes les représentations que nous nous faisons du réel, les rêves que nous en avons, les ombres que nous croyons y déceler, ne sont que des fantômes et des déformations ».
Cette illumination lui inspire l'un de ses ouvrages majeurs, Le Réel et son double (Gallimard, 1976), où il étudie la propension de l'homme  à nier le réel dès qu'il se montre déplaisant, et à en concevoir des "doubles"qui en arrêtent la perception et mettent la conscience à l'abri de l'indésirable. Ce livre, je l'ai acheté à La Châtre en août 1993, et ce fut un bonheur de lecture. Et pourtant, voilà bien une pensée qui paraît s'opposer en bien des points avec celle qui a cours ici : comment s'accorder avec quelqu'un pour qui l'invisible n'est qu'une fuite du réel ? C'est que je partage au fond le sens du tragique de Rosset, et que l'invisible n'est pas pour moi une échappatoire à la réalité, mais une réalité plus vaste, un abîme abouché à notre trivialité.

Clément Rosset (en 2013)
L'invisible ce soir-là répondit avec malice à ces interrogations : j'avais repris la lecture de Benjamin à Montaigne d'Hélène Cixous, et voici qu'aussitôt ou presque je lus cette phrase (enfin j'en extrais seulement une partie car la phrase cixousienne s'étend, se diffuse, se propage comme un feu de forêt) : "(...) ce n'est plus l'atroce représentation d'un événement qui me dévaste soudain, c'est une conversion généralisée de tout mon être, de mon attitude mentale, de mes positions de pensée, de mes figurations du temps, et pour résumer ce immense pernicieux déplacement, je vis tout en double je vois, pense, parle, veux, tout en double, chaque instant a sa doublure mélancolique (...)" [p. 180, c'est moi qui souligne]

Deux pages plus loin, nouveau paragraphe : "C'est un crime contre la nature de ne pas vivre toute sa vie et parfois on le commet dit ma mère [une affirmation dans la droite ligne de Rosset, soit dit en passant]. Elle s'assied dans le fauteuil de mon frère qui est le fauteuil métaphysique. Elle avoue : hier matin à huit heures par bêtise je me suis presque enterrée moi-même. Mon collier était introuvable, que je l'aie depuis cinquante ans était une aggravation." Cette perte de collier figure parmi ces micro-événements d'apparence triviale qui prennent chez Cixous une dimension hallucinante, la recherche du collier vire au cauchemar : " Je fais effort me disais-je je me mets à genoux je vais chercher partout jusqu'à l'humiliation je vais recommencer à chercher comme un chien (...) je regardai par terre et j'avais vu derrière la cuvette du cabinet un petit morceau de savon que par viéiillesse je n'ai pas ramassé. Et voilà que je retrouve ce collier allongé comme un serpent à côté de la cuvette qui me dit : le savon c'était moi, le collier. Là ! j'ai ressuscité dans mon estime. J'étais rampée dans la salle de bains avec une foule d'idées de bassesses et de viéiillesses j'avais dit ça y est la vieille a commencé tout de suite on est déjà comme un chien qui est tellement attaché à son collier qu'il en fait une maladie mortelle, pensant bêtement que c'est le collier qui fait le chien, on a détesté les chiens toute sa vie subitement on se déteste soi-même."

Hélène Cixous
Et soudain ce collier de chien me fait remonter en mémoire une image croisée ce même soir, à laquelle je n'avais pas accordé spécialement d'attention mais qui me frappe maintenant avec une sorte d'évidence : il s'agissait d'une image du film de Jean Becker, Le collier rouge, adapté du roman de Jean-Christophe Rufin paru en 2014. Film sorti le 28 mars.

Je ne connais pas l'histoire, je cherche sur le net, trouve un article parmi d'autres sur Culturebox, je lis : "Été 1919, dans une petite bourgade du Berry écrasée de soleil, un chien hurle devant les portes de l'ancienne caserne, transformée en prison pendant la guerre". Le Berry, fort bien (pas très étonnant à part ça, Rufin étant né à Bourges - d'ailleurs je découvre qu'il a participé à une émission d'Arte Invitation au voyage, diffusée le mardi 20 mars et consacrée au Berry).

Dans les premiers plans du film, le château de Sarzay.
 Je n'ai pas vu Le collier rouge, mais d'après ce que j'ai pu lire, c'est le chien qui a la clef du drame.

De Rocquet en Rosset, d'Huguenin à Rufin, le chien Jonas nous a-il conduit à la clef du drame de la vie ? Non bien sûr, mais il a peut-être réveillé des sensations, révélé des éblouissements, ouvert dans les halliers de la conscience des pistes rêveuses. J'ai replongé pour finir dans l'auberge des vagues et j'ai trouvé dans un texte qui se nomme Le coche de Babylone un passage qui fait étrangement écho au commentaire de Rémi mis en exergue :
" Comment Jules Verne se trouva-t-il à bord de l'arche ? Mystère. Fallait-il le rejeter à la mer ? Sem et Cham étaient plutôt de cet avis (mais Cham avait suggéré qu'on en régalât les fauves). Pourtant, dans la cambuse, Jules Verne eut avec Noé une longue conversation dont il sortit libre et serein. Bientôt, il fut clair pour tout le monde qu'il était le véritable chef de l'expédition."
Et puis je citerai aussi ceci, puisé un peu plus loin :
"Comme à la porte attend le chien
L'hiver quand on l'a mis dehors,
Ils attendent comme un remords
Que Dieu revienne sur la mort.
- Créatures, ne cédons pas !
Comme le chien attend son maître
Qui sur lui referma la porte,
O mes chers compagnons dans l'être !
Nous ne voulons pas disparaître."
Et ceci encore, pardonnez-moi, la dernière phrase du texte :
"Le premier fût pour l'ivresse de vivre."