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lundi 5 juin 2017

# 133/313 - Du Lycée au Louvre

Retour sur saint Génitour. Qui est l'aîné de la fratrie ? un certain Loup. Qui affronte le martyre avec la plus grande sérénité : « Je m'appelle Loup, dit-il, mais vous me trouverez prêt à mourir pour le Christ avec la douceur d'un agneau. »
Les saints Loup, ou saint Leu (forme ancienne de loup, qui perdure dans la langue avec la locution à la queue leu leu) sont nombreux, pas moins d'une dizaine recensés sur Wikipedia.
N'est-il pas étonnant que les seuls animaux qui donnent des prénoms de saints soient des animaux sauvages ? Saint Loup et saint Ours existent en plusieurs exemplaires, alors qu'on cherchera en vain un saint Chien, un saint Chat, une sainte Poule ou une sainte Vache... L'animal domestique ne cadre pas avec la sainteté. Comme si on ne saurait vénérer que ce qui échappe à notre maîtrise, nous procure de la crainte et même de l'effroi.



Du loup, il était beaucoup question au dernier Chapitre Nature, le festival qui a lieu au Blanc chaque mois de mai. J'ai eu la surprise d'y voir programmée au Moulin de la Filature une conférence de Baptiste Morizot, le jeune philosophe dont je venais de lire l'essai Les diplomates, évoqué ici plusieurs fois . J'ai donc fait le déplacement pour assister à cette conférence qui était suivie d'une table ronde sur le loup ("Ici comme ailleurs, des questions se posent : d'où vient le loup, comment et par où se déplace-t-il ? Quelles sont les routes de colonisation, notre région est-elle une zone, une voie de recolonisation ? Comment anticiper son retour et l'activité humaine ? Quelles alternatives à la régulation ?").

Le loup s'imposait donc à nouveau. D'autant plus qu'au même moment je retrouvai chez deux autres philosophes abordés ces dernières semaines, Augustin Berque et Michel Serres, mention explicite du Lycée, portant souvenir du loup et cité dans mon étude d'Arsène Lupin.

A dextre, dans Poétique de la terre (Belin, 2014), Augustin Berque, après avoir évoqué La Vallée-aux-Loups de Chateaubriand, poursuit ainsi :
"Autre fut le destin du Lukeion, lieu que longtemps fréquentèrent les loups (lukoi), situé au nord-est d'Athènes ; on y édifia plus tard un gymnase du même nom, ce qui en français a été rendu par Lycée. Aristote y forma les jeunes loups de la philosophie de son temps : Théophraste, Diodore de Tyr, Straton et bien d'autres. Quant à l'homologue latin de "lycée", lupanar, n'en parlons pas, sinon pour rappeler que lupa (louve) avait aussi l'acception de "prostituée". Du reste, l'école d'Aristote était dite aussi péripatéticienne (de peripatein, "se promener", le Stagirite aimant donner en marchant ses cours du soir, pour le grand public)." (p. 23)
A senestre, Michel Serres, dans Écrivains, savants et philosophes font le tour du monde (Le Pommier, 2015), livre acheté le 13 mai, déclare ceci :
"Les loups nous avaient aussi enseigné comment enseigner nos enfants : Romulus et Remus tétaient sous la louve ; lupa, dit-on, désignait aussi la putain, qui jouissait ainsi elle-même d'un totem ! Le Lycée d'Athènes et ceux, si nombreux en France, rappellent, comme Tite-Live ou Le Livre de la jungle le firent, la pédagogie géniale, connue des chasseurs comme des éthologues, qui organisait l'élevage et l'apprentissage de la chasse dans les meutes. Qui ne se souvient, en effet, que lycée traduit en français le loup grec ? La France rêva lycéens ses petits, comme Baden-Powell, colonialiste sud-africain, admirateur de Kipling, quant à lui pseudo-hindou, voulut les siens louveteaux. L'enseignement fit de moi, comme de beaucoup de mes concitoyens louveteaux et lycéens, un totémisé Loup par deux fois." (p. 18)
Un peu plus loin, il écrit : "Notre culture, historique et politique, va du Lycée au Louvre ; quittons-nous jamais les loups ?"

Au soir de l'élection présidentielle, le 7 mai dernier, je ne pouvais m'empêcher de sourire en voyant Emmanuel Macron, pour ses premiers pas dans la fonction, choisir le Louvre.



vendredi 28 avril 2017

# 101/313 - Lupins et république lupine

"Très généralement, le loup craint l'homme. Il y a moins d'une centaine d'années, bien souvent, les bergères du Bas-Berry, lorsque le loup saisissait un mouton, retenaient la victime par une patte et mettaient l'agresseur en fuite à coups de trique ou de sabots. Un pistolet chargé seulement à poudre remplissait encore mieux cet office (Rollinat)."

Robert Hainard, Mammifères sauvages d'Europe, Delachaux et Niestlé, 1987.

En cherchant les gravures de Maurice Sand pour illustrer l'article précédent, j'en ai retrouvé une qui s'inscrit dans le droit fil de mon propos des derniers jours.

"Les lupins (ou lubins) sont des animaux fantastiques qui, la nuit, se tiennent debout le long des murs et hurlent à la lune. Ils sont très peureux, et si quelqu’un vient à passer, ils s’enfuient en criant : Robert est mort, Robert est mort !" (Maurice Sand).

L'Anthologie du loup propose aussi un texte de George Sand que je connaissais pas du tout, Voyage d'un moineau de Paris, paru chez Hetzel en 1842. Il s'agit d'un apologue où un moineau est choisi par ses congénères pour visiter le monde afin de déterminer quel est le meilleur régime politique. Ses voyages le conduisent à découvrir le système oligarchique des fourmis, la monarchie des abeilles et, enfin, la république des loups. 

Le moineau de Paris, illustration de Grandville, "On émit la proposition, approuvée à l’unanimité, d’envoyer un Moineau franc, impartial, observateur et instruit, à la recherche du Droit-Animal, et chargé de comparer les divers gouvernements. On me nomma. Malgré nos habitudes sédentaires, je partis en qualité de procureur général des Moineaux de Paris : que ne fait-on pas pour sa patrie !"
Vérification faite, George Sand a juste prêté sa signature à ce conte, car le véritable auteur en est Honoré de Balzac. Il ne s'agit nullement d'une usurpation. Paru en livraison de 1840 à 1842, puis en livre illustré en deux volumes de 1841 à 1842 dans l’ouvrage collectif : Scènes de la vie privée et publique des animaux, le texte "fut attribué à George Sand par décision de l’auteur qui le qualifia de charmant apologue de George Sand dans une lettre qu’il adressa à Hetzel et qui fut publiée au Charivari pour le lancement du tome I1. Balzac trouvait que sa signature apparaissait trop souvent dans ce tome I : George Sand accepta la supercherie avec d’autant plus d’amusement que le texte donne un rôle important à un de ses grands amis (Lamennais), défenseur du prolétaire sous le nom de Grand Friquet."(Wikipedia)

George Sand ou pas, le conte ne manque pas de saveur et d'humour. Voici le début du chapitre III :

De la République Lupienne.


Ô Moineaux de Paris, Oiseaux du monde, Animaux du globe, et vous, sublimes carcasses antédiluviennes, l’admiration vous saisirait tous, si, comme moi, vous aviez été visiter la noble république lupienne, la seule où l’on dompte la Faim ! Voilà qui élève l’âme d’un Animal ! Quand j’arrivai dans les magnifiques steppes qui s’étendent de l’Ukraine à la Tartarie, il faisait déjà froid, et je compris que le bonheur donné par la liberté pouvait seul faire habiter un tel pays. J’aperçus un Loup en sentinelle.

 Ce système social égalitaire est une métaphore de la République française.
"Les Loups s’obéissent tout aussi durement à eux-même que les Abeilles obéissaient à leur reines, et les Fourmis à leurs lois. La liberté rend esclave du devoir, les Fourmis sont esclaves de leur mœurs, et les Abeilles de leur reine. Ma foi ! s’il faut être esclave de quelque chose, il vaut mieux n’obéir qu’à la raison publique, et je suis pour les Loups. Évidemment, Lycurgue avait étudié leurs mœurs, comme son nom l’indique. L’union fait la force, là est la grande charte des Loups, qui peuvent, seuls entre les Animaux, attaquer et dévorer les Hommes, les Lions, et qui règnent par leur admirable égalité. Maintenant, je comprends la Louve mère de Rome !"
Au retour, le moineau est empli de doutes sur les vertus de cette République lupienne qui ne survit que de rapines, et de la guerre menée aux autres animaux.

"— Les rudes vertus d’une république ainsi faites, me disais-je, ne subsistent donc que par la guerre ? Sera-ce le meilleur gouvernement possible, celui qui ne vivra qu’à la condition de lutter, de souffrir, d’immoler sans cesse et les autres et soi-même ? Entre mourir de faim en ne faisant aucune œuvre durable, ou mourir de faim en coopérant, comme le Moineau de Paris, à une histoire perpétuelle, à la trame continue d’une étoffe brodée de fleurs, de monuments et de rébus, quel Animal ne choisirait le tout au rien, le plein au vide, l’œuvre au néant ? Nous sommes tous ici-bas pour faire quelque chose ! je me rappelai les Polypes de la mer des Indes, qui, fragment de matière mobile, réunion de quelques monades sans cœur, sans idée, uniquement douées de mouvement, s’occupent à faire des îles sans savoir ce qu’ils font. Je tombai donc dans d’horribles doutes sur la nature des gouvernements. Je vis que beaucoup apprendre, c’est amasser des doutes. Enfin, je trouvai ces Loups socialistes décidément trop carnassiers pour les temps où nous vivons. Peut-être pourrait-on leur enseigner à manger du pain, mais il faudrait alors que les Hommes consentissent à leur en donner.

Je devisais ainsi à tire-d’aile, arrangeant l’avenir au vol d’Oiseau, comme s’il ne dépendait pas des Hommes d’abattre les forêts et d’inventer les fusils, car je faillis être atteint par une de ces machines inexplicables ! J’arrivai fatigué. Hélas ! la mansarde est vide : mon philosophe est en prison pour avoir entretenu les riches des misères du peuple. Pauvres riches, quels torts vous font vos défenseurs ! J’allai voir mon ami dans sa prison, il me reconnut.
— D’où viens-tu, cher petit compagnon ? s’écria-t-il. Si tu as vu beaucoup de pays, tu as dû voir beaucoup de souffrances qui ne cesseront que par la promulgation du code de la Fraternité."
Ce philosophe est bien Lamennais, l'ami de George Sand, qui dès 1830, plaidait pour la liberté de l'enseignement et la séparation de l'Église et de l'État et réclamait la liberté de conscience, de presse et de religion.

Portrait de Hugues-Félicité-Robert de Lamennais.
Paulin Jean-Baptiste GUERIN (1783 - 1855)

jeudi 27 avril 2017

# 100/313 - Les meneux de loups

Hier, l'extrait de George Sand provenait d'un chapitre des Légendes rustiques consacré aux meneux de loups. Elle écrit plus loin que "les meneux de loups ne sont plus les capitaines de ces bandes de sorciers  qui se changeaient en loups pour dévorer les enfants ; ce sont des hommes savants et mystérieux, de vieux bûcherons ou de malins gardes-chasses, qui possèdent le secret pour charmer, soumettre, apprivoiser et conduire les loups véritables."

Adaptation BD par Bruno Forget
La question que je me pose est très simple : les meneurs de loups ont-ils vraiment existé ? George Sand n'en a pas observé elle-même et ne fait que transcrire  plusieurs histoires qu'on lui a racontées, comme celle-ci : "Je connais plusieurs personnes qui ont rencontré, aux premières clartés de la lune, au carroir de le Croix-Blanche, le père Soupison, surnommé Démonnet, s'en allant tout seul, à grands pas, et suivi de près de trente loups." Plus loin, elle reproduit un témoignage "de deux personnes riches, ayant reçu de l'éducation, gens de beaucoup de sens et d'habileté dans les affaires" (autrement dit pas des paysans crédules et superstitieux), eh bien ces deux quidams lui ont juré sur l'honneur avoir vu un vieux garde-forestier conduire treize loups à partir d'un carrefour écarté (c'est toujours dans les carrefours que se fomentent les diableries). En est-elle pour autant convaincue ? Elle a cette formulation curieuse : "Ceci me fut raconté si sérieusement que je déclare n'avoir pas d'opinion sur le fait."

Prenons acte : pas d'opinion sur le fait. Qu'en est-il maintenant de Daniel Bernard, historien qui a écrit plusieurs volumes sur la gent lupine ? Dans Le loup en Berry, il consacre trois doubles pages aux meneux de loups.

Le meneu' de loups, gravure de Maurice Sand
Lui aussi rapporte des témoignages, esquisse des hypothèses : "Inexplicable pour les paysans, cette mystérieuse faculté serait due à une sorte de magnétisme émanant de l'homme. Un don que les gardes-chasses, bûcherons ou pauvres hères vivant dans les bois savent développer à l'extrême." Mais il ne tranche pas vraiment, ne prend pas nettement position. Faits réels ou imaginaires, au fond on n'en sait rien.

Il est en revanche symptomatique que Baptiste Morizot, dans Les diplomates, ne touche pas un mot des meneurs de loups, même à titre anecdotique. Et pourtant, si les meneurs de loups existaient, ou avaient existé, ils seraient ou auraient été les plus grands diplomates qui soient, les meilleurs communicants qu'on puisse imaginer avec le monde lupin. Cette indifférence à la tradition orale n'est-elle pas une lacune dans cet essai au demeurant d'une grande richesse ?

Il me semble qu’Élise Rousseau est plus près de la vérité lorsqu'elle fait l'hypothèse dans son Anthologie du loup que les meneurs de loups étaient "sans doute en réalité de simples "éthologistes" avant l'heure, connaissant parfaitement les mœurs des loups et accompagnées de loups qu'ils avaient récupéré louveteaux à la tanière, puis élevés. Ce savoir leur donnait un prestige tel qu'on pensait qu'ils ne pouvaient qu'avoir fait pacte avec le Diable en personne."

mercredi 26 avril 2017

# 99/313 - Les vagabonds de la nuit

                                                     (...) 
                                                     ce pauvre loup

                                                    affamé me suit à la trace la peur la peur
                                                    les pierres, les oiseaux, et la terre qui

                                                   tourne éclairée par le soleil, cette vaste

                                                   solitude tout

                                                   ou rien (...)

Georges Oppen, "Poème politique", Primitif, 1978, in Poésie complète, José Corti, 2013

Monts du Lyonnais. Nous découvrons la maison de Bristena et Adrien, tout en haut du village de Chambost-Longessaigne. J'ai laissé les loups derrière moi (enfin, pas tout à fait, car j'ai emporté dans mes bagages l'essai de Baptiste Morizot dont il me reste quelques pages à finir, et Anthologie du loup, d’Élise Rousseau), mais je ne tarde pas à les retrouver, car nos hôtes nous proposent (alors qu'ils ne savent rien de mes dernières lubies) d'aller visiter samedi après-midi le parc de Courzieu. Et qu'y a-t-il au parc de Courzieu ? Des loups bien sûr. Une petite meute de loups importés de Yougoslavie. Pas aussi nombreux qu'à Chabrières dans les monts du Guérétois, mais on peut admirer aussi des rapaces (avec un beau spectacle mêlant buses, faucons, pygargues, milans et vautours), et des escargots... (mais nous sommes partis avant les exhibitions gastéropodiques).

Les loups gris de Courzieu au moment du repas
Après avoir rappelé dans son introduction que des centaines de lieux-dits portent en France le nom du loup, Élise Rousseau conclut en écrivant :"N'oublions pas de citer le personnage d'Arsène Lupin, créé par Maurice Leblanc, le voleur à pas de loups et connu comme le loup blanc, dont le nom évoque directement le prédateur."(p.19) Elle ne prolonge pas cette réflexion, mais elle avait vu ici ce que bien d'autres ont laissé passer.
Ce qui ne manque pas d'étonner dans cette anthologie, c'est la place qui tient le Berry. A la page 53, nous est donné un texte intitulé "Le loup-garou, superstition du Berry", extrait du tome III du Livre des conteurs de Paul Lacroix (1833) :
"Ménage et Saumaise ont cherché l'étymologie de loup-garou, qui dérive aussi logiquement de l'hébreu haraboth que du latin guarosus, signifiant tous deux vagabonds de la nuit : il faudrait peut-être mieux entendre garou, comme si l'on disait quelqu'un dont on se gare. Enfin, ces hommes anthropophages, qui errent la nuit, solitaires et enragés, ayant les signes caractéristiques de la nature louve, soit la tête, soit le poil, soit les pattes, soit la queue, se retrouvent encore dans plusieurs parties de la France, et le Berry conserve encore cette antique tradition dans toute sa vigueur, parce qu'elle se rattache particulièrement aux moutons qui font la richesse de cette province ignorante." [C'est moi qui souligne]
On appréciera la "province ignorante"... Toujours est-il que les étymologies proposées sont totalement fantaisistes : garou vient du francique *wariwulf ou *werwolf, qui veut dire "homme-loup", autrement dit "loup-garou" est un pléonasme, comme l'a signalé Henriette Walter (citée par Morizot). Quelqu'un comme George Sand ne l'ignorait d'ailleurs pas : dans Légendes rustiques (1858), elle écrit qu'en "Berry, où déjà les contes que l'on fait à nos petits-enfants ne sont plus aussi merveilleux ni aussi terribles que ceux que nous faisaient nos grands-mères, je ne me souviens pas que l'on m'ait jamais parlé des hommes-loups de l'Antiquité et du Moyen Age. Cependant on s'y sert encore du mot garou qui signifie bien, à lui tout seul, homme loup ; mais on a perdu le vrai sens."


mardi 25 avril 2017

# 98/313 - 813

« Le nom d’Arsène Lupin ? la création de ce personnage ? Je serais incapable de vous dire comment l’idée m’en est venue. Sans doute était-elle en moi, mais je l’ignorais […] En réalité, tout cela est né dans mon inconscient […] »

Maurice Leblanc

Doit-on croire Maurice Leblanc quand il affirme ne rien savoir de la genèse de Lupin ? En tant qu'écrivain, il n'ignore certainement pas le sens du mot lupin. En l'affichant aussi ostensiblement, ne  rejoue-t-il pas d'une certaine manière le coup de La Lettre volée, d'Edgar Poe ? Le gentleman-cambrioleur est un loup garou mais nul ne le voit car trop clairement affiché. Soit dit en passant, il a rendu hommage au poète américain : « Si j’ai été influencé par un romancier, c’est par Edgar Poe. », ajoutant ailleurs être redevable à Poe « à bien des égards [...] car il savait, lui, comme nul ne l'a jamais tenté depuis, créer autour de son sujet une atmosphère pathétique. »
En baptisant son héros Lupin, Maurice Leblanc faisait aussi d'une pierre deux coups : le détective logicien de La Lettre volée n'est autre qu'Auguste Dupin. A une lettre près...

Remarquons maintenant que Leblanc écrit à une époque où le loup vit ses dernières années dans le pays. Daniel Bernard, dans Le Loup en Berry (2017), déclare que les loups ont commencé à disparaître en Berry à la fin du XIXe siècle. Au début du XXe siècle, on ne signale plus guère que de  "rares animaux erratiques". La simplification des conditions de chasse, l'augmentation des primes, la modernisation des armes à feu ont provoqué le déclin puis la disparition de l'espèce. Le loup fléau immémorial est éradiqué. Difficile dans ses conditions de revendiquer explicitement la louvitude (si je puis risquer l'expression) du héros. Il est plus facile d'en appeler à l'inconscient...

Qu'il y ait de l'inconscient, je n'en doute pas, mais que rien de conscient ne soit au départ de la geste lupinesque, j'ai peine à le croire. 
Et je le crois encore moins après avoir lu ce que j'ai lu.
Dans la double page qu'il consacre à la louveterie, Daniel Bernard explique qu'en 813, Charlemagne réglemente la chasse au loup, chargeant ses comtes de désigner deux hommes, les luparii, responsables de la traque. Ce fameux capitulaire de Villis est le premier acte officiel d'un État contre canis lupus.

Capitulare secundum anni DCCCXIII
Cap. VIII - Ut Vicarii luparios habeant
Ut vicarii luparios habeant unusquique in suo ministerio duos. Et ipsi de hoste pergendi et de placito Comitis vel Vicarii ne custodiat, nisi clamor supereum veniat. Et ipsi vertare studeant de hoc ut perfetum exinde habeant et ipsae pelles luporum ad nostrum opus dentur. Et unus quisque de illis qui in illo ministerio placitum custodiunt, detur eis modium de annona.
Deuxième capitulaire de l’an 813
Chapitre VIII – Au sujet des propriétaires ruraux qui possèdent des chasseurs de loups (louvetiers)
Les propriétaires ruraux doivent avoir dans leur « ministère » deux chasseurs de loups (louvetiers). Et qu’ils ne s’occupent pas eux-mêmes du passage de l’ennemi ou du décret du Comte ou du propriétaire foncier s’ils ne reçoivent pas d’ordre à ce sujet. Et qu’ils doivent réfléchir à ce sujet qu’à l’avenir ils doivent avoir une ordonnance et que les peaux de loups soient remises à notre ministère. Et qu’à chacun qui dans ce ministère surveille la décision, soit donnée un « modus » (mesure romaine de volume) de la récolte de grains.


813. Mais c'est là aussi le titre de l'une des plus célèbres aventures de Lupin, parue en juin 1910. Est-ce un hasard ? Je ne possède pas le roman, mais il est disponible en ligne sur Wikisource. Le nombre 813 est au cœur de l'énigme. Sa signification reste longtemps obscure, jusqu'au chapitre 5 de la deuxième partie. Je ne veux pas spoiler l'histoire, aussi me contenterai-je d'indiquer que la résolution du mystère du 813 n'a rien à voir avec les loups ou bien avec Charlemagne.

Cependant, quel est le titre du chapitre précédent ? Rien moins que Charlemagne.

Titre bien étrange car il est bien peu question de Charlemagne dans ce chapitre. Il n'y est d'ailleurs cité qu'une seule et unique fois :
"Ils se turent tous les deux, et ce moment de répit n’était pas de ceux qui précèdent la lutte de deux adversaires prêts à combattre. L’étranger allait et venait, en maître qui a coutume de commander et d’être obéi. Lupin, immobile, n’avait plus son attitude ordinaire de provocation ni son sourire d’ironie. Il attendait, le visage grave. Mais, au fond de son être, ardemment, follement, il jouissait de la situation prodigieuse où il se trouvait, là, dans cette cellule de prisonnier, lui détenu, lui l’aventurier, lui l’escroc et le cambrioleur, lui, Arsène Lupin et, en face de lui, ce demi-dieu du monde moderne, entité formidable, héritier de César et de Charlemagne."
Ce demi-dieu est l'Empereur d'Allemagne, héritier donc de Charlemagne. Le premier empereur ennemi déclaré de la gent lupine. Tout est merveilleusement cohérent.
Soit Maurice Leblanc a magnifiquement orchestré tout cela, soit c'est l'attracteur étrange qui s'est chargé de l'opération.
Il ne s'est pas gêné en tout cas pour envoyer quelques signes : en reprenant la voiture ce matin, un des deux compteurs affichait 8133. Et une visite d'exposition à Issoudun au musée Saint-Roch, prolongée par une petite ballade en ville, nous conduisit jusqu'à la collégiale Saint-Cyr, où je fus à peine surpris, mais réjoui tout de même, de découvrir un vitrail représentant Charlemagne. Une brochure à l'entrée m'apprit ensuite qu'il aurait été le fondateur de l'édifice, car il avait une grande dévotion pour saint Cyr, enfant martyr qui l'aurait protégé d'un sanglier lors d'un songe.

lundi 24 avril 2017

# 97/313 - Isidore l'autre loup

M. Filleul le regarda droit dans les yeux, et sèchement :
– Assez de plaisanteries ! Votre nom ?
– Isidore Beautrelet.
– Votre profession ?
– Élève de rhétorique au lycée Janson-de-Sailly.
M. Filleul le regarda dans les yeux, et sèchement :
– Que me chantez-vous là ? Élève de rhétorique…
– Au lycée Janson, rue de la Pompe, numéro…
– Ah ça, mais, s’exclama M. Filleul, vous vous moquez de moi ! Il ne faudrait pas que ce petit jeu se prolongeât !
– Je vous avoue, Monsieur le juge d’instruction, que votre surprise m’étonne. Qu’est-ce qui s’oppose à ce que je sois élève au lycée Janson ? Ma barbe peut-être ? Rassurez-vous, ma barbe est fausse.
Isidore Beautrelet arracha les quelques boucles qui ornaient son menton, et son visage imberbe parut plus juvénile encore et plus rose, un vrai visage de lycéen. 

Maurice Leblanc, L'Aiguille creuse, ch. I

Le véritable adversaire de Lupin dans L'Aiguille creuse n'est autre qu'un lycéen de 17 ans, Isidore Beautrelet. Son intelligence logique dépasse de loin celle des autres protagonistes de l'histoire, inspecteur Ganimard et autre juge Filleul. On sent bien aussi que le nom a été mûrement réfléchi par Maurice Leblanc. En quelque sorte l'alter ego de Lupin, Isidore Beautrelet ne serait-il pas aussi un genre de loup-garou ?

Examinons attentivement ce Beautrelet, et convenons qu'en son centre l'autre gît. Autre let, qu'il est tentant de déformer légèrement en autre leu. Leu pour loup, bien sûr, leu forme ancienne encore vivante dans l'expression à la queue leu leu.

Pourquoi un lycéen maintenant ? Leblanc eût pu choisir un jeune engagé dans la vie active, artiste ou artisan, journaliste ou militaire, plus libre de ses mouvements d'une certaine manière. Non, un lycéen.
Rappelons que le Lycée est à l'origine le «gymnase situé au nord-est d'Athènes où enseignait Aristote" (Cnrtl). Or le Dictionnaire historique de la Langue française précise que "ce nom est emprunté au latin Lyceum, lui-même emprunté au grec Lukeon qui correspond au français Louvre au sens étymologique d'"endroit où il y a des loups": il est dérivé de lukos, "loup"(...)"

Le loup du Louvre, album d'Anne Letuffe


Le prénom Isidore est lui aussi issu du grec, où il signifie "cadeau d'Isis". Le plus vieil Isidore canonisé († 250), martyr à Alexandrie, fut brûlé vif dans une fournaise avec les saints Héron et... Arsène.

Isidore Beautrelet est le jeune loup qui défie le loup alpha Arsène Lupin. Pas étonnant aussi de retrouver dans la salle du trésor de l'Aiguille d'Etretat la "merveille des merveilles" du musée du Louvre, La Joconde de Léonard de Vinci. Pourchassé par Ganimard, Lupin délivre un dernier message où le Louvre est encore une fois à l'honneur :
"Il prit un morceau de craie rouge, approcha du mur un escabeau, et il inscrivit en grosses lettres :
Arsène Lupin lègue à la France tous les trésors de l’Aiguille creuse, à la seule condition que ces trésors soient installés au Musée du Louvre, dans des salles qui porteront le nom de « Salles Arsène Lupin »."
L'issue du roman est tragique. Raymonde de Saint-Véran, l'amour de Lupin, meurt en le protégeant du tir d'Herlock Sholmès :
"Lupin se dressa. Il écouta les voix monotones. Puis il considéra la ferme heureuse où il avait espéré vivre paisiblement auprès de Raymonde. Puis il la regarda, elle, la pauvre amoureuse, que l’amour avait tuée, et qui dormait, toute blanche, de l’éternel sommeil.
Les paysans approchaient cependant. Alors Lupin se pencha, saisit la morte dans ses bras puissants, la souleva d’un coup, et, ployé en deux, l’étendit sur son dos.
– Allons-nous-en, Victoire.
– Allons-nous-en, mon petit.
– Adieu, Beautrelet, dit-il.
Et, chargé du précieux et horrible fardeau, suivi de sa vieille servante, silencieux, farouche, il partit du côté de la mer, et s’enfonça dans l’ombre profonde..." [C'est moi qui souligne]
En cette ultime phrase, ne voyons-nous pas le loup qui disparaît dans la nuit ?

_________________________
* Ajout du 24 avril 

J'ouvre un lien que l'on me donne sur une carte de résultats des élections, et qu'est-ce que je vois : une tête de loup !

Le loup noir du Front National va-t-il dévorer la France macronienne ?
Notons qu'il n'a qu'un œil (rouge) comme le père Le Pen.
Et au sud, n'a-t-on pas quelque peu l'impression d'un loup renversé qu'on appelle passant en héraldique (avec ses deux oreilles sur la frontière italienne) ?

Blason de Saint-Loubès (Gironde)   


Il donne du pied dans la fourmilière mélenchonienne de Dordogne, et semble excréter la rouge Ariège. Fillon (en bleu) n'a plus que ses yeux pour pleurer.

samedi 22 avril 2017

# 96/313 - L'être-loup de Lupin

"L'humain est sur certains points plus près du prédateur lupin que du chimpanzé, qui est notre plus proche parent génétique ; car les comportements sont aussi contraints par les conditions écologiques d'existence, et créent des parallélismes locaux de forme de vie, comme deux trajectoires d'un "attracteur étrange" dans un espace de phase vont être parallèles et très proches sur une certaine distance, puis diverger soudain dans leurs courbes singulières."

Baptiste Morizot, Les diplomates, Wildproject, 2016, p. 59.

L'essai de Baptiste Morizot part d'un problème qu'il n'hésite pas à qualifier de géopolitique : le retour spontané du loup en France. Des deux loups italiens entrés en 1992, nous serions passés à plus de 300 loups en 2015. Les attaques récurrentes de troupeaux constituent le nœud du problème, montrant selon lui la mise en échec des deux modèles traditionnels de gestion écologique du sauvage. Celui de la régulation par la chasse, qui peut aller jusqu'à l'extermination des "nuisibles", modèle "caduque juridiquement, moralement et pratiquement." Et celui de la sanctuarisation du sauvage, "défendu par une partie des associations de protection de la nature, et qui consiste d'abord à instituer des réserves naturelles "(...) : vision inopérante car le loup ne demeure pas dans les réserves et les parcs naturels, "gouverné qu'il est biologiquement par une loi de dispersion qui assure sa pérennité évolutive en limitant les chances d'extinction, et qui consiste en une diffusion centrifuge, par une colonisation extensive de nouveaux territoires, explorés et conquis par de jeunes loups dits "dispersants"." C'est pour répondre à ce double échec que Baptiste Morizot propose un changement de tactique vitale et de carte mentale, et le recours à de nouvelles formes de "diplomatie". 

 
Mon propos d'aujourd'hui n'est pas d'entrer plus avant dans les théories de ce livre passionnant sur lequel je reviendrai certainement. Non, je veux juste faire part d'une idée qui s'est précipitée à sa lecture, et qui concerne encore une fois le territoire précis qui nous occupe.

***
D'où vient ce nom, Arsène Lupin?
J.D.
Maurice Leblanc a sans doute été influencé, inconsciemment, par un conseiller municipal de Paris qui s'appelait Arsène Lopin. La légende veut même que le premier nom du gentleman cambrioleur ait été Arsène Lopin et que, après protestation de l'intéressé, il se soit transformé en Lupin. Mais il faut insister sur ce fait: Leblanc ne s'attendait pas du tout au succès de Lupin; lorsqu'il écrit sa première aventure, il ignore qu'il en écrira d'autres. C'était une commande, rien de plus. (Entretien avec Jacques Derouard, biographe de Maurice Leblanc, Express du 01/09/2004)
Qu'un conseiller municipal s'appelait Arsène Lopin, c'est un fait, mais pourquoi Leblanc se serait-il emparé de ce nom-là plutôt que d'un autre ? Personne, à ma connaissance, ne répond vraiment à la question. Personne, surtout, ne fait la relation avec l'adjectif lupin, qui désigne bien ce qui est propre au loup (du latin lupinus, dérivé de lupus, loup). Comme s'il était impensable de comparer le gentleman cambrioleur à un animal. Pourtant, il suffit de faire le pas pour en constater l'évidence. Morizot décrit le loup comme "animal cryptique, invisible, disperseur, incroyablement mobile, et infatigable colonisateur de nouveaux territoires par surcroît."(p.89) N'est-ce pas là une merveilleuse définition pour le personnage d'Arsène Lupin ?

Prenons exemple dans L'Aiguille creuse. Page 56, Isidore Beautrelet s'interroge avec l'inspecteur Ganimard et le juge d'instruction Filleul sur une disparition énigmatique d'Arsène Lupin :
"(...) vos yeux se sont détournés du seul endroit où l’homme puisse être, de cet endroit mystérieux qu’il n’a pas quitté, qu’il n’a pas pu quitter depuis l’instant où, blessé par Mlle de Saint-Véran, il est parvenu à s’y glisser, comme une bête dans sa tanière.
– Mais où, sacrebleu ?…
– Dans les ruines de la vieille abbaye.
– Mais il n’y a plus de ruines ! Quelques pans de mur ! Quelques colonnes !
– C’est là qu’il s’est terré, Monsieur le juge d’instruction, cria Beautrelet avec force, c’est là qu’il faut borner vos recherches ! c’est là, et pas ailleurs, que vous trouverez Arsène Lupin.
– Arsène Lupin ! s’exclama M. Filleul en sautant sur ses jambes.
Il y eut un silence un peu solennel, où se prolongèrent les syllabes du nom fameux. Arsène Lupin, le grand aventurier, le roi des cambrioleurs, était-ce possible que ce fût lui l’adversaire vaincu, et cependant invisible, après lequel on s’acharnait en vain depuis plusieurs jours ?" [ C'est moi qui souligne]
Un peu plus loin : 
– Mais comment vit-il ? Pour vivre, il faut des aliments, de l’eau !
– Je ne puis rien dire… je ne sais rien… mais il est là, je vous le jure. Il est là parce qu’il ne peut pas ne pas y être. J’en suis sûr comme si je le voyais, comme si je le touchais. Il est là.
Le doigt tendu vers les ruines, il dessinait dans l’air un petit cercle qui diminuait peu à peu jusqu’à n’être plus qu’un point. Et ce point, les deux compagnons le cherchaient éperdument, tous deux penchés sur l’espace, tous deux émus de la même foi que Beautrelet et frissonnants de l’ardente conviction qu’il leur avait imposée. Oui, Arsène Lupin était là. En théorie comme en fait, il y était, ni l’un ni l’autre n’en pouvaient plus douter.
Et il y avait quelque chose d’impressionnant et de tragique à savoir que, dans quelque refuge ténébreux, gisait à même le sol, sans secours, fiévreux, épuisé, le célèbre aventurier.
Présent mais invisible, tel est le loup, tel est Arsène Lupin. Décrit un peu avant, sous les traits d'un pseudonyme, Etienne de Vaudreix, comme un grand voyageur : "il fait de longues absences, pendant lesquelles il va, dit-il, chasser le tigre au Bengale ou le renard bleu en Sibérie." Grand chasseur, grand prédateur.

Et à la fin du roman, il sera révélé que le compagnon de voyage à Crozant, le propriétaire du château de l'Aiguille, celui-là même auquel Isidore avait demandé secours contre Arsène Lupin, le courageux ami qui se nommait Louis Valméras n'était autre que Lupin lui-même ! Louis Valméras, dont le prénom renferme le loup.

On objectera peut-être qu'à animaliser Lupin, on lui retire son côté gentleman. Ce ne serait certainement pas l'avis du philosophe gallois Mark Rowlands, qui vécut plus d'une décennie avec un loup. Dans l'ouvrage qu'il écrivit sur cette expérience, Le Philosophe et le Loup (Belfond, 2010), il développe l'idée que le loup n'a pas l'intelligence machiavélienne des primates, habiles à repérer et à fomenter des tromperies. Le loup n'est pas animal politicien, mais animal aristocratique, qui " ne cherche pas constamment à savoir ce que l'autre pense, à agir en fonction de ce que l'autre croit qu'il croit, à tromper, à jouer sur les représentations des autres : il est une force qui va dans le monde, à partir de comportements loyaux assez francs, de mesure de force assez directs."
Difficile évidemment de soutenir que Lupin, aussi grand seigneur soit-il, est dépourvu d'intelligence "machiavélienne".  Il en est largement pourvu, bien sûr, mais il ne se réduit pas à cela, et sait faire preuve de noblesse et de générosité. Plus qu'un loup, Lupin est un loup-garou, un hybride d'homme et de loup.

Un dernier indice mérite d'être relevé dans l'entretien de Jacques Derouard. "Tout se passe, dit-il,  comme si Arsène Lupin avait réellement existé et Francis Lacassin a même réussi à dresser la biographie d'Arsène Lupin: on sait qu'il est né en 1874, à Blois."

Nous avons vu  à travers l'art des tailleurs de pierre, que Blois était en relation avec saint Blaise. Philippe Walter écrit qu'il "concentre sur son personnage une série de motifs mythiques essentiels pour comprendre le mythe de Carnaval. Si le nom de Blaise n'évoquait pas le nom breton du loup (bleizh), les relations étroites que le saint entretient avec les animaux ne mériteraient sans doute pas d'être soulignées. En fait, Blaise se présente comme un animal humanisé ou comme un homme animal."*

Notons encore que dans le blason de la ville de Blois un loup est bel et bien représenté :

"d'argent, à un écusson en abîme, d'azur, chargé d'une fleur de lys d'or, accosté à dextre d'un porc-épic, à senestre d'un loup de sable contrerampants et accolés, d'or".

Stéphane Gendron signale que "le rapport entre Blois et bleiz est en général refusé par les celtisants, et à juste titre. Mais il est curieux de constater, ajoute-t-il, que les habitants de Blois-sur-Seille (Loire) étaient autrefois appelés "Les Loups". L'importante communauté de Bretons établis à Blois dans le Loir-et-Cher, encore fortement présente au XIIIè siècle, n'est peut-être pas étrangère au choix de l'animal sur les armes de la ville. Cela dit, quelle est la véritable étymologie de Blois ? Un rapprochement avec la Blaise, affluent de l'Eure, n'est pas à exclure."**




Arsène Lupin, avatar de saint Blaise, avatar du loup. L'hypothèse en est du moins fortement posée.



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* Philippe Walter, Mythologie chrétienne, Fêtes, rites et mythes du Moyen Age, Imago, 2005.
** Stéphane Gendron, Noms de lieux du Centre, Editions Bonneton, 1998, p. 24.