Saint Pantaléon, saint "émigré" imposé par Charlemagne, signe l'église de Saint-Plantaire,
Ecclesia Sancti Panthaleonis cum Capella de Fer (1212), mais curieusement ne donne pas son nom au village. On ne semble pas le tenir en haute estime, comme en témoigne la légende de la Chapelle du Fer, où on l'a vu incapable de juguler l'épidémie frappant les bestiaux. Autre indice de cette mésestime, le festiaire du village, où n'apparaît que la fête communale de saint Jean et la fête patronale de
saint Fiacre. Or ce saint Fiacre n'est autre que le patron des jardiniers, traditionnellement représenté avec une bêche.
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| Saint Fiacre - Église saint André, Châteauroux. |
Plantaire, Fiacre, l'accent est mis nettement sur le végétal. Par ailleurs, Pantaléon est médecin et sans doute l'a-t-on fait venir pour recouvrir d'antiques usages médicinaux marqués de paganisme. Mais avec quoi soigne-t-on dans ces temps anciens, sinon avec des plantes ?
Le moment est venu de se reporter au précieux ouvrage de Guy Ducourthial,
Flore magique et astrologique de l'Antiquité
(Belin, 2003). Docteur du Muséum national d'Histoire naturelle, l'auteur a
ausculté avec patience et rigueur les textes grecs et latins non
seulement d'auteurs consacrés comme Dioscoride, Théophraste ou Pline
l'Ancien, mais aussi et surtout les vestiges de textes rares dont
certains n'avaient même pas été traduits jusqu'à ce jour. Il met ainsi à
jour une botanique zodiacale, planétaire, tout un système de
correspondances fascinant, qui mérite d'être envisagé maintenant à
l'aune de la géographie sacrée.
Au signe du Taureau, deux plantes très différentes sont attribuées par
les auteurs des notices astrologiques. Le texte concernant la première,
le
triphullion, est si court et fragmentaire qu'il
n'autorise pas, selon l'auteur, l'identification à une plante plutôt
qu'à une autre. Néanmoins sa lecture est éloquente :
« La plante du Taureau est le triphullion. Cueille-la quand
le signe domine, c'est-à-dire le Taureau. Elle a les propriétés
suivantes : mets son fruit et ses fleurs dans une peau de boeuf qui
n'est pas encore né [agennêtos bous : embryon (?) ou
animal mort-né]. Porte-la quand tu t'avances vers les rois, les chefs,
les archontes et tu seras traité avec de grands égards. Ses feuilles en
onction... [la suite du texte manque]. Son suc guérit les yeux et toutes
les douleurs oculaires. La racine portée en amulette écarte démons et
méchants génies (ageloudai)... [la suite manque] » (Catalogus Codicum Astrologicorum Graecorum, VIII, 2, 159-160)
Son suc guérit les yeux et toutes
les douleurs oculaires. Le même pouvoir ophtalmologique (Sainte Foy comme saint Pantaléon ont guéri des aveugles) se retrouve dans la notice beaucoup plus longue et plus précise de
la seconde plante du Taureau, le
peristereôn, que l'on peut identifier à la
verveine :
« (...)
on lui attribue des pouvoirs que tu ne peux pas imaginer. En
effet, elle met fin en trois jours aux affections oculaires qui
semblent désespérées, grâce à la qualité du remède. Pour les ophtalmies,
les œdèmes, les gonflements, tous les écoulements d' humeurs, emploie
ce collyre : safran : 14 drachmes (...). Les membranes qui se forment
sur la cornée (pterugia),
les tumeurs, les chalazions sur les
paupières et toutes sortes de maux semblables, elle les guérit en un
jour. Il n'y a pas lieu de louer une quelconque puissance divine, mais
chacun des pouvoirs de la plante. C'est l'expérience qui démontre sa
force. » (
C.C.A.G., VIII, 3, 141-142)
Guy Ducourthial se demande alors pour quelles raisons les astrologues
ont particulièrement insisté sur les vertus de la plante pour soigner
les affections oculaires «
alors que ni les mélothésies zodiacales [influences astrales sur le corps humain]
ni les mélothésies planétaires ne placent l’œil sous la domination du
Taureau ou de la planète qui y est domiciliée ? » (
op.cit. p. 396) Et il avance alors «
l'hypothèse que le choix des astrologues a pu être inspiré par la
croyance en l'existence de relations entre le nom donné à cette plante,
la colombe, la vue et Aphrodite. » Ce mot
peristereôn évoquait en effet la
colombe*, oiseau d'
Aphrodite,
la maîtresse du signe taurin, et l'on croyait dans l'Antiquité à son
pouvoir de guérison de la vue. Ainsi Celse, auteur latin contemporain de
Pline, note dans la partie de son encyclopédie médicale consacrée aux
ophtalmies, qu'une lésion de l’œil ne saurait être mieux soignée
qu'avec du sang de pigeon, de ramier ou d'hirondelle.
Or, l'histoire de sainte Foy
rapporte qu'attachée sur une grille de bronze sous laquelle brûle un feu de poix
et de charbons ardents, une colombe dépose sur la tête de la jeune fille une
couronne de gloire puis éteint le brasier d'un battement d'ailes
accompagné d'une rosée abondante.
Et nous avons vu que sur le vitrail de Chartres, une colombe descend du ciel tandis que Pantaléon prie avant le supplice final.
Guy Ducourthial signale encore que l'on croyait que certains oiseaux
utilisaient des plantes précises pour soigner les yeux crevés ou
arrachés de leurs petits. Le nom de ces plantes dérivait alors du nom de
l'oiseau qui en usait, ainsi l'hirondelle (
chelidôn) a-t-elle donné son nom à la
chélidoine. Je ne peux m'empêcher de rapprocher cette croyance du miracle le plus remarquable narré dans le
Livre des miracles de sainte Foy, à savoir qu'un certain Guibert ou Gerbert, énucléé par son maître en 980, aurait vu ses globes oculaires «
pousser à nouveau sous ses paupières vides. Recouvrant la vue, il
aurait manifesté sa joie en grimpant dans le clocher-porche pour
ébruiter aux sons des cloches l'heureuse intervention de sainte Foy. Et
le bruit s'en répandit effectivement. » (Marie Renout, Renaud Dengrevill
e, Conques, Editions du Rouergue. p. 28)
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| Chelidonium Majus - Franz Eugen Köhler, Köhler's Medizinal-Pflanzen — |
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* En grec, le mot peristera désigne aussi bien le pigeon que la colombe et peristerion le jeune pigeon ou la jeune colombe.