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mardi 23 juillet 2019

La trilogie des prénoms : II - Yves

Dans une excellente chronique du cinéma de Fernand Deligny, parue en 2008 sur le site de DVDClassik, Olivier Bitoun, après avoir longuement parlé du Moindre geste, évoque Ce gamin-là, l'autre film important que le pédagogue-poète a réalisé avec un certain Renaud Victor. Documentaire sur les enfants autistes du réseau de Deligny, et en particulier Jean-Marie J., dit Janmari, que nous avons déjà rencontré. Le tournage démarre en 1973 et durera dix-huit mois. Les Films du Carrosse, la société de François Truffaut, co-produit le film avec les soutiens financiers de Véra Belmont, Claude Berri, Jacques Perrin et... Yves Robert. Oui, Yves Robert lui-même.
Est-ce cette information qui a influencé Olivier Bitoun ? En tout cas, celui-ci commet au début de son article une erreur, il est vrai sans grande importance, mais qui, dans le cadre de mon enquête, sonne étrangement. Exposant l'intrigue sommaire du Moindre geste, il parle de deux enfants, Yves et Robert, qui s'échappent de l'asile où il sont enfermés.


Il récidive un peu plus tard :
"Le Moindre geste se fait, mais avec les moyens du bord. Le tournage dure neuf mois, avec une équipe minuscule. Du côté des acteurs il y a Robert, Any et Yves Guignard, vingt ans, le héros du film, adolescent autiste que Deligny a recueilli quatre ans auparavant. Le générique précise « Yves est Yves dans le film, Robert est Robert, Any est Any (Any Durand, également scripte), les Cévennes sont les Cévennes... »
Or, il n'y a pas de Robert dans le film, mais un Richard, joué par un jeune acteur qui se nomme Richard Brougère. Deligny garde les vrais prénoms, donc Richard sera Richard.
Richard, Robert, deux prénoms commençant par R et finissant par le son [r].
La confusion dure depuis 2008 et n'a donc jamais été rectifiée (on se demande si les lecteurs de la chronique ont vu le film).

Tout se passe comme si l'intrication Angles-Deligny était si forte qu'elle détermine même des erreurs factuelles chez ceux qui s'emparent du sujet.

Yves Guignard (Le Moindre Geste)


Il y a donc ce prénom : Yves, que partagent Yves Guignard et Yves Robert.

Mais puisqu'il est question de cinéma, il y a une actualité de ce prénom Yves. Et c'est le film de Benoît Forgeard, sorti le 26 juin dernier.


Voici le résumé qu'on trouve sur tous les sites : "Jérem s’installe dans la maison de sa mémé pour y composer son premier disque. Il y fait la rencontre de So, mystérieuse enquêtrice pour le compte de la start-up Digital Cool. Elle le persuade de prendre à l’essai Yves, un réfrigérateur intelligent, censé lui simplifier la vie…"

Je suis donc allé voir ce film, que j'ai bien aimé, même si tout n'y fonctionne pas (l'intrigue sentimentale, par exemple, me semble ratée et superflue). Mais, plutôt que de distribuer bons et mauvais points, il m'intéresse plus de me demander pourquoi ce prénom, Yves, pour désigner un fleuron de la technologie moderne hyperconnectée. Yves, prénom classique qui n'est quasiment plus donné aujourd'hui (38 naissances en 2009, environ 6 500 en 1947). Yves, comme un archaïsme revendiqué, un oxymore high-tech-low-culture.

Dans Alexandre le bienheureux, la technologie intervenait déjà avec les talkie-walkie qui permettaient à Françoise Brion de traquer un mari qui ne rêvait que de billard et d'observation des oiseaux. Jérem (William Lebghil) marche sur les traces de Noiret : celui-ci se faisait livrer ses courses par son chien, là c'est le frigo qui se charge de la besogne. Par ailleurs, notons qu'il y a aussi un clebs dans le film, Scritch, seul compagnon du rapper loser au début du film. Un Scritch qui ne respire pas l'intelligence, à l'image de son maître, et qui est donc aux antipodes de l'extraordinaire Kaly d'Alexandre.

Yves (Jerem et Scritch)
Alexandre le Bienheureux avec Kaly
Pour boucler sur les prénoms, lisons ce passage de la critique (plutôt louangeuse) de Clarisse Fabre dans Le Monde du 26 juin 2019 :
"Yves prolonge cette critique du capitalisme comptable, où le succès d’une œuvre musicale se mesure au nombre de « vues » sur Internet – et celui d’un film au nombre d’entrées en salle ? Le concepteur du « fribot », pétri de philanthropie marchande, Roger Philéa (Darius), est persuadé que le réfrigérateur a permis le « décollage » du rappeur. L’artiste ne peut plus rien tout seul ; en face, So, la manageuse qui lui a livré l’engin, a le blues de celle qui, n’ayant aucune vocation, a échoué dans l’entreprise. Chacun porte un prénom inachevé (Jérem et So), signe d’une existence inaccomplie."
Contracter les prénoms est une coutume si répandue qu'il me semble réducteur et un peu facile d'y voir l'indice d'un appauvrissement d'existence. Cependant, il faut bien voir que Jérem et So cachent deux prénoms superbes, Jérémie et Sophie, qui allient, par l'étymologie et l'histoire, sagesse et prophétie. L'ironie de Forgeard les fait se retrouver in fine in front of the fridge. Ils font l'amour et Yves éjacule des glaçons.

lundi 12 février 2018

Un vieux truc polack

Je me sentais bien dans cet appartement  au cœur de la ville. Et je n'avais pas très envie de ressortir dans la nuit et le froid. Bon, j'ai voulu fermer les volets, ou descendre les stores, mais il n'y avait ni stores ni volets. Ce n'était pas une particularité de l'immeuble mais, je m'en avisai par la suite, un trait commun aux habitations polonaises. Il y avait juste le rideau, loin d'être opaque, mais comme il n'y avait pas vraiment de vis-à-vis, ce n'était pas dérangeant.
Je n'avais qu'un paquet de gâteaux amené de France, il me fallait tout de même faire des courses. J'aurais pu aller au restaurant, mais je ne me sentais pas le courage ce soir-là de pénétrer seul dans un établissement étranger. La vieille timidité de l'enfance remontait en surface. La timidité est comme le bégaiement, on n'en guérit jamais totalement : on peut la dominer, l'avoir domptée à force de théâtre et de contacts avec le public, avoir réussi à la rendre à peu près imperceptible (et je pense que certaines personnes seront étonnées de cet aveu de timidité), mais elle demeure tapie dans les recoins de la psyché, n'attendant qu'un environnement moins familier pour vous paralyser ou du moins réfréner vos mouvements, doper votre anxiété. Ce soir-là, je me limitai donc à pénétrer dans une de ces supérettes Rossmann que j'avais repérée sur le chemin. J'y achetai du shampoing (le mien n'avait pas passé la barrière de sécurité à l'aéroport), une part de pizza, une pâtisserie ronde au chocolat dont j'ai oublié le nom, et une bouteille d'eau minérale. Pas tout à fait la grande sobriété, mais presque.

Juste à côté de l'appartement, 10 rue Miodowa, un palais chopinesque (avec une inscription en français, c'est rare).
Ce n'est pas un 19 décembre, mais deux jours plus tôt, le 17 décembre, que j'avais noté sur le cahier bleu (mais cela je l'ai remarqué seulement au retour)  deux références très laconiques à la Pologne et à la Suède dans Le chardonneret de Donna Tartt :
p. 540 → "Un vieux truc polack"
Suède → p. 542
Replongeons donc dans l'ouvrage qui m'a tant occupé à la fin de 2017, et qui ne finit donc pas de m'inspirer. La page 540 nous place au moment où Theo Decker, le personnage principal, retrouve de façon inattendue à Manhattan son ami de Las Vegas, Boris. Qui lui donne rendez-vous un peu plus tard :
"Me jetant un coup d’œil, Myriam a dit quelque chose en ukrainien. Il y a eu un bref échange. Puis elle a glissé son bras sous le mien d'une manière curieusement intime et m'a emmené plus loin dans la rue.
"Là." Elle a tendu un doigt. "Tu descends par là, quatre-cinq rues. Il y a un bar, sur la 2ème Avenue. Un vieux truc polack. C'est là qu'il te retrouvera."
V

Près de trois heures plus tard, j'étais toujours assis sur une banquette en vinyle rouge chez le Polack, avec des illuminations de Noël qui clignotaient, un mélange énervant de punk rock et de musique de Noël genre polka qui beuglait dans le juke-box, j'en avais marre d'attendre et je me demandais s'il allait venir ou pas, ou si peut-être je devais rentrer chez moi."
Boris finit tout de même par le rejoindre. Il est très content de retrouver Theo, lui raconte qu'il est marié avec Astrid, une suédoise dont il a deux enfants, des jumeaux qu'il voit peu. "Astrid et les enfants vivent à Stockholm la plupart du temps. Parfois elle vient skier à Aspen  pour le hiver... Elle était championne de ski, qualifiée pour les jeux Olympiques à dix-neuf ans..."
Theo est incrédule, les enfants sont à ses yeux "bien trop blonds et aimables pour avoir un quelconque rapport avec Boris".
"Oui, oui, a enchaîné ce dernier, l'air très sérieux en hochant la tête avec vigueur. Elle a besoin d'être à un endroit où on peut skier et, tu me connais, moi je déteste la putain de neige, ha ! Son père était très très à droite... un nazi, en fait. Je pense... pas étonnant qu'Astrid a des problèmes de dépression avec père comme lui ! Quel vieux connard haineux ! Mais ce sont des gens très malheureux, tous, ces Suédois. Une minute ils rient et ils boivent et la minute d'après... les ténèbres, pas un mot. Dziekuje", a-t-il lancé au serveur qui avait réapparu avec un plateau de petites assiettes : du pain noir, une salade de pommes de terre, deux sortes de harengs, des concombres à la crème aigre, du chou farci et des oeufs marinés." [C'est moi qui souligne]
Comment ne pas penser en lisant ces lignes à Ingvar Kamprad, le fondateur d'Ikea, et à Per Engdahl, le chef de file des nazis suédois ?
Comment ne pas voir aussi dans ce fragment de phrase les ténèbres, pas un mot, un écho à Persona, le film de Bergman, alors que j'ai découvert sur mon mur ce statut posté par Stéphanie renvoyant à un article de Frédéric Strauss dans Télérama  ?


Pas un mot ne peut que résonner avec l'argument même du film : une actrice, Elisabet Vogler, qui soudainement perd la voix lors d'une représentation d'Electre. Mutisme qui perdurera et la conduira à l'hôpital puis dans sa résidence sur l'île de Fårö, en compagnie d'Alma, son infirmière (Bibi Andersson). Fårö qui se trouve en mer Baltique (sous-titre de l'article : Miracle sur la Baltique), la mer intérieure qui relie (ou sépare) les deux pays que sont la Suède et la Pologne. Fårö, "territoire mental où la raison s’échappe, écrit Olivier Bitoun, où la folie peut à tout instant contaminer chaque chose. Un espace à la réalité mouvante qui épouse les circonvolutions des rêves et des fantasmes. Un monde-cerveau, comme on dit à propos des œuvres de Kubrick. Un monde replié sur lui-même, cerné par la mer, une émanation de la psyché d’Elisabet Vogler et des barrières qu’elle s’est construites."
Ailleurs, le même parle de l'enfant qui "caresse le visage de sa mère projeté sur un écran géant, deux visages se confondent et ne font plus qu’un."Et c'est le motif de la mère et du fils, entrevu avec Audeguy, Handke, Barthes, Perec, mais aussi chez Donna Tartt dans Le chardonneret, qui resurgit également.


Motif de la relation mère-fils que je retrouve enfin dans l'ouvrage d'Aharon Appelfeld, que j'ai emporté ici à Varsovie. La chambre de Mariana. Mon seul viatique littéraire, trouvé dans la boîte à livres installé par le Lion's Club à l'entrée du parc Balsan. A mon premier passage, j'en avais profité pour l'abonder de quelques livres dont je voulais me séparer, en échange de quoi j'avais récupéré Courlande de Jean-Paul Kauffmann (dont j'aurai à reparler). Le livre d'Appelfeld était déjà présent, mais je l'avais délaissé. Ce n'est patiquement qu'au moment de partir que s'est imposée à moi l'idée que c'était très précisément ce livre que je devais emporter avec moi en Pologne, que c'est dans ce pays que je devais le lire. Bien qu'il ne parle pas de la Pologne, que d'ailleurs l'action n'y est pas clairement située dans l'espace (mais on sait que Mariana, la prostituée qui recueille le jeune juif Hugo, confié par sa mère, dans un réduit de la maison close où elle travaille, est une paysanne ukrainienne.)
Aharon Appelfeld est né en 1932 à Czernowitz en Bucovine : la même ville natale que Paul Celan.
Alors oui, j'ai commencé le livre ce soir-là, 12 rue Miodowa. Et je le terminai la troisième et dernière nuit.



samedi 23 décembre 2017

# 306/313 - Une mère

Souvent le premier roman d'un écrivain est autobiographique. Mais pas toujours. Quand La théorie des nuages de Stéphane Audeguy paraît en 2005, on y cherchera vainement une référence au passé de l'auteur. Et les livres qui suivront seront de la même eau. Et puis, en septembre 2017, ce livre bref de 148 pages, écrit en un mois, qu'on lit en un jour. Une mère. Pas La mère, Maman, Ma mère, Ma mère avait raison, que sais-je, non, Une mère. Pas exceptionnelle, mais unique. Une mère morte dans la nuit du samedi 2 au dimanche 3 juillet, douze jours avant son soixante-dix-neuvième anniversaire. "Je sais bien que la plupart des gens pleurent à la mort de leur mère. Moi, j'écris des livres."
C'est dire qu'il n'y aura pas de pathos dans ce qui va s'écrire. Ce n'est d'ailleurs pas un livre sur la mort, mais sur la vie, la vie de quelqu'un qui a eu de la peine à bien la vivre, cette vie, mais qui n'a jamais renoncé. Fille de réfugié polonais, Sabine Sobczak  ne partait pas avec tous les atouts dans sa manche : "Elle n'avait pas trois ans quand le pays d'origine de ses parents disparut de la carte de l'Europe."


Petit arrêt sur image : il faut que je fasse une confidence. Je dois normalement partir fin janvier 2018 en Pologne, à Varsovie. Quatre jours. Dans le cadre de mon travail. C'est du sérieux, croyez bien. Je ne suis jamais allé en Pologne, et cette perspective de voyage me captive. Alors quand Audeguy parle de ses ascendances polonaises, je suis plus que jamais à l'écoute, antennes dressées, enregistreur mémoriel en charge.
Autre élément familier, la ville de Tours. Sabine est née à Tours, c'est à Fondettes, près de Tours, que Josefa, sa mère, la grand-mère de Stéphane Audeguy, est morte de la tuberculose en 1944. Elle n'avait que trente-six ans.
C'est à Tours que la fiction 1967 a commencé, et c'est à Tours qu'elle s'est pour ainsi dire terminée (il me reste un épisode à écrire, mais il sera extérieur à l'histoire elle-même). Et puis tiens, en le relisant, je réalise qu'il y est question là aussi d'une mère qui meurt (elle se jette dans un précipice pyrénéen, ce n'est pas le cas chez Audeguy). Mais bon, passons.
Sabine Sobczak est une bonne élève, la directrice de l'école entend qu'elle poursuive ses études, mais Édouard Sobczak refuse : "Il n'imaginait pas pour une fille d'autre destinée qu'un mariage ; dans cette attente, elle pouvait à la rigueur exercer un métier ; en aucun cas faire des études." Ce n'était pas un cas isolé : ma propre mère, née en 1939, deux ans après Sabine, n'est pas allée au-delà du certificat d'études malgré son bon parcours scolaire. Le grand-père Julien venait, je crois, d'acheter la ferme où je naquis. Ma mère y est restée travailler jusqu'à son mariage. Sabine, elle, a au moins suivi des cours dans une école Pigier. "Elle me montrait souvent l'endroit, écrit Audeguy, sur une place mélancolique et exiguë de Tours, à l'ombre de la petite église Saint-Etienne. Elle demeura toujours très fière de sa vitesse de frappe, et de sa rapidité à prendre des notes en sténo. Dans Bande à part, de Jean-Luc Godard (1964), il me semble que l'on voit Anna Karina, qui est à peu près de l'âge de ma mère, s'ennuyer dans un cours de ce genre."

Bande à part, j'ai consacré à ce film le treizième article de cette série. Treize encore, et encore une Anna. Mais bon, passons encore, je souscris totalement à ce que Audéguy écrit ensuite :
" Je ne peux m'empêcher de songer que pour s'enfuir de là, comme son personnage le fait, il faut une puissance d'arrachement que ma mère alors n'avait pas ; et ne pouvait avoir, pour des raisons de classe (le mot a disparu du vocabulaire courant, mais la société de classes existe toujours) et de génération. Je remarque durant sa vie entière, en dehors d'une brève incursion en banlieue de Tours et d'un séjour de deux ans à Paris, ma mère a évolué dans un quadrilatère de quatre kilomètres sur deux, autour de la partie centrale de la sempiternelle avenue de Grammont, principal axe nord-sud de la ville, avant l'âge des rocades du moins ; chose assurément commune parmi les femmes de sa génération ; mais qui en dit long, aussi, sur les lois de la pesanteur sociale."
Semblablement, ma mère, hormis un intermède de cinq ans dans le département voisin du Cher, a déployé sa vie dans trois communes adjacentes, ce qui la place nettement au-dessus de ma grand-mère paternelle qui n'a, je pense, jamais vécu en dehors de sa commune natale.

Stéphane Audeguy a un père aussi, qu'il désigne comme "le premier mari de ma mère". Jamais il n’emploiera l'expression "mon père". Il écrit simplement qu'il ne l'a quasiment pas revu, passé dix-huit ans. Il écrit aussi qu'il ne les a jamais connus que désunis. Plus loin encore, il en parle comme d'un "bourreau domestique à tiers-temps, détaché à certains égards, mais pas au point , tout de même, d'abandonner le confort de sa première vie, où le gîte, le couvert et le lit lui étaient offerts, ainsi que les joies mauvaises de la tyrannie domestique. De ce sinistre individu, je ne sais pas grand chose d'autre. Je crus comprendre qu'il avait une maîtresse lorsqu'il ramena chez nous - j'avais treize ans - un trente-trois tours de Joan Baez, chanteuse folk pacifiste et de gauche qui formait avec son tempérament et ses habitudes un contraste effarant et comique (...)." [C'est moi qui souligne]

Et oui je souligne, parce que je retrouve cette fameuse expression "j'avais treize ans" au moment même de l'évocation de la cruauté paternelle. Chaque fois, nous l'avons vu, le père est absent : celui de Werner Herzog est toujours en vadrouille, "vivant une existence de vagabond débrouillard", précise Olivier Bitoun ; celui de Richard Brautigan ne vit que deux fois son fils durant sa jeunesse ; celui de Georges Perec est mort au front ; celui de Theo Decker a abandonné le foyer (seul celui de Ta-Nehisi Coates est bien présent, mais il se comporte bien souvent en tyran domestique lui aussi, usant volontiers de la ceinture en cuir pour punir ses enfants, animé, il est vrai, du violent désir de les voir survivre dans le milieu dangereux de West Baltimore où ils habitaient).

Voilà. Ces coïncidences ne sont qu'amusettes si l'on ne voit pas cet arrière-plan plus grave qu'elles mettent pour ainsi dire en relief. Il y aurait encore bien des choses à dire sur ce petit livre, qui n'est petit que par le format, mais je n'ai pas vocation ni le coeur à être exhaustif. Il finit sur la Pologne, une histoire de bouteille  avec un message à l'intérieur, retrouvée à proximité du camp de concentration d'Auschwitz. L'un des rédacteurs du papier était un parent de Stéphane et Sabine, Waclaw Sobczak.

Mon grand-père Lucien aura connu avant moi la Pologne. Prisonnier de guerre en Silésie, il ne revint qu'à la fin de 1945. Il ne m'en parla jamais.
_______________________________
PS (20/12 au matin) : Après avoir rédigé ce billet, je découvre sur mon fil Twitter (que je consulte mais où je ne poste jamais rien) cette information : 

Je rappelle que Stéphane Audeguy a publié en 2005 La théorie des nuages.


jeudi 3 août 2017

# 184/313 - Kaspar/Gascar

Juste avant de consacrer à Sebald les trois dernières chroniques, je traçais un parallèle entre les deux écrivains français Harang et Gascar. Des deux lascars, c'est le second qui, au fur et à mesure où je relisais le premier récit des Émigrants,  me semblait  de plus en plus proche du Dr Henry Selwyn. Au-delà des différences évidentes de nationalité, d'ethnie et de profession, plusieurs détails me frappèrent, me donnant à penser que ces deux personnes, sans s'être jamais connues, étaient porteuses d'une même vision du monde, induite par des parcours de vie moins dissemblables qu'ils ne le furent en apparence.

J'ai déjà dit que Selwyn avait été boursier, grâce à sa belle institutrice, qui l'inscrivit "à l'examen d'entrée de la Merchant Taylor's School, car apparemment c'était déjà pour elle chose entendue que j'obtiendrais l'une des rares bourses attribuées chaque année aux élèves ne disposant que de faibles ressources."Pierre Gascar fut de même boursier, à cette époque d'avant-guerre où c'était encore chose rare :
"Il n'y avait pas d'autre boursier dans ma classe, s'il s'en trouvait peut-être dans l'ensemble de l'effectif du collège. Il était entendu, parmi la plupart des enseignants, que les boursiers devaient bien travailler, et même un peu mieux que les autres, puisque l'Etat assurait en grande partie leur entretien. [...] Je montrais peu de dispositions en mathématiques ; l'arithmétique de l'école primaire, que j'avais aisément dominée, ne s'y apparentait nullement. Vite découragé, je ne faisais guère d'efforts dans cette matière et le professeur, un homme acariâtre, m'avait menacé en classe de me faire retirer ma bourse si je ne manifestais pas plus de bonne volonté. Je m'étais mis à pleurer, non sous l'effet de la menace, mais sous l'effet de l'injustice qu'elle constituait. Quelques-uns de mes camarades travaillaient aussi mal que moi ; on ne leur disait pas qu'on allait les mettre à la porte : eux, ils payaient. En vérité, seul le sentiment de ne pas être semblable aux autres, de me trouver plus exposé, plus vulnérable, me faisait me sentir proche de mes camarades indochinois. Pour le reste, ils avaient des parents aisés, de gros commerçants saïgonnais. Ah, si j'avais pu, moi, n'être victime que de la couleur de ma peau !" (Gascar, p. 168)
Dans ce passage, se laisse bien voir la solitude morale de Gascar. Celle vécue au collège ne fait que redoubler celle qu'il vécut comme pensionnaire dans sa famille du Sud-Ouest, orphelin de sa mère, éloigné de son père resté travailler à Paris. S'il ne fut pas maltraité, il ne reçut pas l'affection et la tendresse dont tout enfant a besoin. Son intérêt pour le monde naturel semble prendre naissance dans cet abandon :
"Je ne sais si j’y cherchais de quoi combler le vide que je ressentais dans mon existence ou si l’intérêt que je trouvais dans sa nouveauté était étranger au besoin de réparer mes pertes et si ne s’opérait pas là plus une substitution qu’une compensation ; en un mot, la nature était peut-être venue prendre la place de mes procréateurs, me faisant naître ainsi une seconde fois."(Gascar, p.45-46)
Pour Gascar, la quête affective, faute d'être satisfaite, "laisse place à une disponibilité à l'égard de tous les éléments du monde qui se pressent autour de lui pour combler le vide, et qu'il n'aurait pu aussi bien accueillir si sa sensibilité avait été requise en grande partie par des rapports humains. En un mot, conclut-il, ma solitude morale m'ouvrait le monde et, en quelque sorte, me libérait." (Gascar, p.105)

Le même mouvement vers le monde naturel s'observe chez Henry Selwyn, même si c'est plus tardivement (mais après tout, nous ne savons rien de son rapport à la nature dans son enfance et son âge mûr ; son amitié et ses excursions avec le botaniste et entomologiste Edward Ellis est même plutôt l'indice d'un intérêt ancien) : "En 1960, quand je dus abandonner mon cabinet et mes clients, je rompis les derniers liens avec ce que j'appelle le monde réel. Depuis les plantes et les animaux sont presque mes seuls interlocuteurs." [C'est moi qui souligne]


Bruno S. dans L'énigme de Kaspar Hauser de Werner Herzog
Une même tendance ne s'observe-t-elle pas chez le Kaspar Hauser de Werner Herzog ? Le retour dans le monde des hommes lui est une chute plus qu'une résurrection. C'est dans le jardin de Daumer, son protecteur, que Kaspar trouve le plus de joie et de sérénité. "Kaspar, écrit Olivier Bitoun,  n’a que faire des savants, d’un Dieu ou des grands de ce monde. Pour lui ne comptent que les scintillements du soleil, la feuille d’un arbre qui frémit au vent, la musique. C’est ainsi que Kaspar fuit la soirée donnée en son honneur par Lord Stahope pour se mettre à tricoter, ou qu’il s’échappe d’une église en hurlant : « Le chant des fidèles me semble être un cri répugnant et lorsqu’ils s’arrêtent, c’est le pasteur qui se met à crier ». Dans ces moments de colère, Kaspar laisse éclater son dégoût pour la société des hommes, montre qu’il est incapable de s’intégrer et que de toute manière il n’en a aucune envie."

Son unique compagnon de captivité fut un cheval, un jouet qu'il s'amuse à faire rouler. Cheval est aussi le seul mot qu'il sait dire, que son geôlier lui fait répéter sans relâche pour une raison que nous ne connaîtrons pas. Et bien sûr je ne peux pas ne pas penser aux chevaux blancs de Selwyn, sauvés de l'équarrissage.
Olivier Bitoun : "Kaspar naît au monde sans rien en connaître, sans même pouvoir nommer ce qu’il voit. Il découvre un réel pur, vierge de toute trace humaine. Au fur et à mesure qu’il va apprendre à parler, l’univers autour de lui semble se rétrécir et il ne retrouve plus l’extase des premiers instants. La langue tourne autour de considérations purement humaines, considérations dont Kaspar ne fait que peu cas. La découverte du langage est pour lui une joie, mais c’est aussi une malédiction dont peu à peu il prend conscience. Mais, arrivé aussi tardivement au monde des hommes, Kaspar garde en lui une étincelle de cette pureté originelle, un joyau qui n’appartient qu’à lui et que, malgré ses efforts, la bonne société ne pourra lui arracher. La diction si particulière de Bruno S., qui semble parler l’allemand comme une langue étrangère, fait office de barrière : il semble dire à cet entourage qui veut à tout prix le normer qu’il sera toujours Kaspar. Un illuminé, un sot, un fou… qu’importe : il restera Kaspar et gardera ancré en lui cette vision extatique du réel." [C'est moi qui souligne]
On retrouve cette conscience d'une perte chez Pierre Gascar qui, découvrant la culture livresque du collège, la voie du savoir utile, lié à un certain conformisme social, sent bien qu'il s'éloigne d'une autre forme de connaissance ou de conscience :
"Ce n'est pas le vieux thème du paradis perdu ; il n'y avait pas eu de paradis, d'enchantements dans mon enfance, et si, plus haut, j'ai employé le mot rêve, c'est en regrettant l'idée d'évasion dans une aimable irréalité qui s'y trouve généralement attachée. Je savais obscurément qu'il y avait un langage du monde et que je l'avais parfois perçu. Le reste, bien qu'indispensable, sans doute, me semblait ne pas pouvoir suffire. Ce regret, que je ne m'avouais pas, ce sentiment confus de laisser, en grandissant, l'essentiel derrière moi expliquait ma "vocation littéraire". En écrivant, j'essayais de me rattraper, d'intégrer à ma vie présente un peu du don de perception que je possédais ou croyais avoir possédé dans mon enfance. Mais je mesurais mal l'incompatibilité de ces deux façons d'aborder le réel. Je ne me doutais pas que ce serait là un des tourments de mon existence." (Gascar, p. 160, c'est moi qui souligne)
Kaspar Hauser à l'écoute et à l'observation du monde



mardi 1 août 2017

# 182/313 - L'énigme de Kaspar Hauser

Je suis venu, calme orphelin,
Riche de mes seuls yeux tranquilles,
Vers les hommes des grandes villes :
Ils ne m’ont pas trouvé malin. 

Paul Verlaine (La Chanson de Gaspard Hauser)

Dr Henry Selwyn (suite).
Sebald et sa compagne emménagent donc deux jours plus tard dans un appartement de la maison nommée Prior's Gate. Hedi, la femme du Dr Selwyn, véritable propriétaire des lieux, s'absente souvent pour de longs voyages et seule une certaine Aileen, sorte de servante, étrange et plutôt mutique, que Sebald ne désigne jamais comme telle, y vit aussi en permanence. Le Dr Selwyn préférant l'extérieur ou bien "un petit ermitage de meulière au fin fond du jardin, qu'il appelait sa folly", ne recevant qu'une seule fois de la visite, un ami qu'il présenta comme Edward Ellis, botaniste et entomologiste de renom. A la fin du repas, Selwyn évoque comment, à l'été 1913, après avoir terminé ses études de médecin généraliste à Cambridge, il se rendit à Berne pour poursuivre sa formation mais délaissa celle-ci pour l'escalade, qui devint une passion de plus en plus dévorante. Il avait rencontré un guide âgé alors de soixante-cinq ans, Johannes Naegeli, qu'il accompagna partout dans l'Oberland, et jamais, affirmait-il, "de sa vie, ni avant ni après, il ne s'était senti aussi bien qu'en compagnie de cet homme. Lorsque la guerre a éclaté et que je suis retourné en Angleterre pour y être incorporé, rien ne m'a été plus difficile que de prendre congé de Johannes Naegeli." Ils ne se sont plus jamais revus, et Selwyn apprit, peu après la mobilisation générale, que le guide avait disparu quelque part entre l'Oberaarhütte et Oberaar., ce qui le plongea dans une grave dépression.
Après avoir conté cette vieille histoire, les convives passèrent dans une autre pièce, le drawing room, pour visionner un diaporama du dernier voyage en Crète des deux vieux amis, remontant à dix ans exactement.

Le plateau de Lasithi

"La dernière [photographie] présentait le plateau de Lasithi, pris en plongée du haut d'un des cols du Nord. Le cliché avait sans doute été réalisé à l'heure de midi, car les rayons du soleil venaient frapper le spectateur. La montagne de Spathi, qui s'élève à plus de deux mille mètres et domine la plaine au sud, faisait l'effet d'un mirage derrière le flot de lumière. Sur la vaste surface de la vallée, les champs de pomme de terre et de légumes, les vergers, les bosquets d'arbres et les terres non cultivées composaient un camaïeu de verdure ponctué par les centaines de voiles blanches des pompes à eaux. Devant cette diapositive aussi, nous restâmes longtemps silencieux, si longtemps même que pour finir le verre se fendit dans son cadre et qu'une fêlure noire courut sur l'écran. Le spectacle si prolongé, maintenu jusqu'à l'éclatement, du haut plateau de Lasithi s'est à l'époque profondément gravé dans mon esprit ; et pourtant je l'avais oublié pendant une longue période. Il n'est remonté que lorsque quelques années plus tard, le jour où je vis, dans un cinéma londonien, la scène de la conversation sur le rêve entre Caspar Hauser et son maître Daumer dans la potager de ce dernier, où Caspar, à la joie de son mentor, distingue pour la première fois onirisme et réalité en introduisant le récit qu'il fait par ces mots : Oui, j'ai été rêvé - Et moi, le Caucase m'a visité en rêve. La caméra se déplace alors de droite à gauche en parcourant un large arc de cercle et nous montre l'étendue d'un haut plateau d'aspect très indien, entouré de chaînes montagneuses, où se dressent, entre le vert des arbustes et des bois, des tours et des temples aux toitures en pagode, avec d'étranges façades triangulaires, dont l'image incessamment occultée par les pulsations de la lumière me remémore en surexposition les pompes à eau de Lasithi qu'en réalité je n'ai encore jamais vues." [C'est moi qui souligne]
Sebald ne le précise pas, mais le film qu'il évoque est L'énigme de Kaspar Hauser, de Werner Herzog, sorti en 1974. Il se trouve que l'application Mubi, qui propose une rétrospective de l’œuvre de Herzog, présente ce film en ce moment même. Je ne l'avais pas encore regardé et je me suis donc empressé de le faire, avec d'autant plus d'intérêt que ce film est un chef d'oeuvre, pour beaucoup, le plus grand film de Werner Herzog. “C’est à ce point une somme, écrit Emmanuel Carrère, que le commentaire de l’œuvre du cinéaste toute entière pourrait, en exagérant à peine, se réduire au commentaire de ce film. Ce n’est pas minimiser la valeur de ses autres films d’avancer qu’ils ne sont que les compléments de celui-là, esquisses ou post-scriptums. Herzog est de ces artistes qui ne racontent jamais qu’une histoire.” 
L'histoire, rappelons-la brièvement : 
"Un homme, dix-sept ou dix-huit ans, est retrouvé hagard, immobile et sale sur la place de Nuremberg le 26 mai 1828. Il sait à peine marcher, ne connaît qu’une poignée de mots, ne sait pas d’où il vient ni qui il est. Les habitants de Nuremberg, intrigués, finissent par reconstituer son histoire : Kaspar Hauser (c’est son nom) a jusqu’ici vécu enchaîné dans une cave sans fenêtre. Il n’a jamais vu le visage de son geôlier - qui lui jetait sa nourriture pendant son sommeil - et n’a eu aucun contact avec un humain. Après avoir été rendu au monde sans explication, il devient une énigme à déchiffrer. Les scientifiques, les aristocrates, les religieux, les philosophes s’intéressent à son cas. Cinq ans après sa libération, Kaspar Hauser est mystérieusement assassiné. Sur sa tombe est écrit : "Ici un inconnu fut tué par un inconnu"." (Olivier Bitoun, site dvdclassik.com)
J'ai retrouvé le passage décrit par Sebald :



Le sous-titrage ne correspond pas exactement aux propos rapportés par Sebald, mais, ignorant trop de la langue allemande, je ne saurais dire qui est fidèle au film. Ceci n'a d'ailleurs que peu d'importance.


Les plans du rêve caucasien ont été composés, selon Olivier Bitoun, de temples birmans filmés par le frère de Herzog lors d’un voyage : "Herzog retravaille ensuite ces images pour leur conférer cette étrange aura. Il les projette sur un écran et les réenregistre par transparence, plaçant sa caméra très près, jusqu’à saisir la trame de la toile. Outre la texture, la luminosité est également rendue étrange, Herzog jouant sur la variation de vitesse de défilement, ce qui a pour effet de provoquer cet effet de scintillement qui enrobe les images finales."

Cette mention comme en passant de Kaspar Hauser, par Sebald, sonne comme une rime interne au projet du livre, qui est de rendre compte de ces existences déplacées qui sont celles des émigrants. Kaspar est cet émigrant de l'intérieur, toujours en porte-à-faux avec la société des hommes, jamais à sa place, celui qu'on étudie, qu'on exhibe, qu'on veut civiliser et finalement qu'on assassine. 

lundi 11 juin 2012

Sois sage, ô ma Douleur

Peut-être est-il dangereux de côtoyer les sphinx ? Peu après avoir posté mon dernier billet, mardi dernier, j'ai été saisi d'une grande fatigue. Elle a duré jusqu'à dimanche, accompagnée de fièvre et de rêves délirants. Mon délire ne prend pas une forme psychédélique, il ne joue pas sur une profusion d'images plus ou moins fantastiques. Non, rien de plus abstrait et de plus desséché que le mouvement qui m'emprisonne l'esprit : ce sont raisonnements sans rationalité, bouclés sur eux-mêmes, infiniment ressassés, comme si les circuits neuronaux tournaient à vide. Le sommeil ne trouve nulle part où se loger. La volonté se recroqueville, il faut faire un intense effort sur soi pour seulement même rallumer la lumière et boire une gorgée d'eau. Et, à peine recouché, on retombe dans la spirale délirante.

Une nuit, n'en pouvant plus de ce chaos, de cette confusion, j'ai décidé de me remémorer un poème. Celui qui me vint spontanément, ce fut Recueillement de Baudelaire, Sois sage, ô ma Douleur et tiens-toi plus tranquille... Je l'avais appris par cœur voici quelques années, mais quelques vers me manquaient. Je me le redonnais dans la tête, patiemment, et petit à petit je recousus la totalité de l'admirable sonnet. Et force de la poésie, mon esprit tourmenté s'était apaisé au fil de ce travail de remembrance.

Bon allez, retour à Cavalier (je suis bien décidé à aller jusqu'au bout de sa série de conversations).


5 mai - Conversation avec Alain Cavalier à la... par lacinematheque

Dans cet opus, filmé une nouvelle fois dans sa chambre d'hôtel, Cavalier évoque ce qui fut un moment particulièrement fort de cette rétrospective, la projection de L'étrange voyage, tourné en 1980, avec Jean Rochefort et sa propre fille, Camille de Casabianca. Sur le film (que je n'ai jamais vu), on peut lire avec profit le bel article d'Olivier Bitoun sur Dvdclassik.

Pratiquement un seul plan dans cette conversation de 7' 32. La caméra est plantée devant le téléviseur de l'hôtel, branché sur CNN. Alain Cavalier fait allusion à cela à la fin du film : il se retient à peine de rigoler. C'est que cette cascade de reportages, au montage speedé, ébouriffant, est si manifestement à l'inverse de son cinéma que cela est bien sûr un effet de contraste voulu.

Le Blanc, août 2008