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samedi 30 mars 2024

Metavertigo


"Dans mes propriétés, tout est plat, rien ne bouge ; et s’il y a une forme ici ou là, d’où vient donc la lumière ? Nulle ombre.

Parfois, quand j’ai le temps, j’observe, retenant ma respiration ; à l’affût ; et si je vois quelque chose, je pars comme une balle et saute sur les lieux, mais la tête, car c’est le plus souvent une tête, rentre dans le marais ; je puise vivement, c’est de la boue, de la boue tout à fait ordinaire ou du sable, du sable…Ca ne s’ouvre pas non plus sur un beau ciel. Quoiqu’il n’y ait rien au dessus, semble-t-il, il faut y marcher courbé comme dans un tunnel bas.

Ces propriétés sont mes seules propriétés et j’y habite depuis mon enfance et je puis dire que bien peu en possèdent de plus pauvres."

Henri Michaux, Mes propriétés, J. Fourcade, 1929.

Dans sa réponse à la Lettre rouge d'Henri Pichette (évoquée dans Barque élevée dans les brumes immobiles), Max-Pol Fouchet cite ce recueil de Michaux, "un livre où se révèle, en pleine évidence, l'espace du dedans" (Mes Propriétés est justement repris dans L'espace du dedans, publié en 1944). "Voyez donc le langage de la poésie, poursuit-il : c'est, au regard du langage familier, séculier, un tissage d'impropriétés. Les plus valables métaphores, les plus saisissantes images, les plus exactes catachrèses, celles qui appellent à voix inouïe ce qu'il paraissait impossible d'appeler, qui proposent des rapports avec ce qui semblait de toute éternité sans rapport , elles ne sont jamais que l'impropriété à son comble, l'impropriété montée comme une tour dans le vide."



L'impropriété montée comme une tour dans le vide. L'image ne s'impose pas par son évidence ("évidence", un mot par ailleurs cher à Fouchet, comme en témoigne le titre de ce volume de nouvelles qu'il affectionnait particulièrement, Les évidences secrètes), son étrangeté me renvoie à ce tableau de Léon Spilliaert dont j'ai fait matière d'un article récent, La vie a commencé par un vertige. Vertige qui surgit précisément dans la phrase suivante : "Les supporterions-nous, en dépit des charmes, si nous ne consentions à ce qu'elles soient des signes de transposition, si l'affrontement du propre et de l'impropre ne se présentait comme l'équivalent visage de ce vertige qui nous occupe, lorsque nous mesurons d'où nous partîmes et où nous arrivons ?"



A Henri Pichette qui faisait le procès du poème, et qui écrivit à cette fin ce qu'il appela ses Apoèmes, Max-Pol Fouchet répond qu'il croit, lui, au poème. "Désespérément, sans doute, mais pleinement." Et dans la dernière page de sa réponse, nous retrouvons l'évidence : "L'évidence ne peut être contre le poème : il détient la seule évidence, il est la seule évidence. Notre faiblesse va de soi. Mais fussions-nous plus forts, nous ne vaincrions pas encore. Nous vaincrons parce que nous sommes éternels."

Le dernier paragraphe nous conduira du vestige au vertige. 

"Demeure, sans débat, l'oeuvre d'émonder, éclaircir, dégager, crémer,  - pour que le vestige se lustre dans la nudité, délivré de l'adventice. Regardons Breughel : Icare choit, dans l'indifférence, et de lui ne subsiste, proche d'un insensible voilier, qu'une jambe éperdue, mais le laboureur, au premier plan, butera du soc, à l'extrême du sillon, contre un crâne, - déjà, peut-être, celui du fils de Dédale."

Copie probable (vers 1595-1600), exposée au Musée royal d'art ancien à Bruxelles

Et il achève ainsi, par cette courte phrase : "Le vertige est notre Gloire".

*
Le 24 janvier, une soirée de lecture avait été organisée par Francis Labbaye au Chauffoir pour commémorer le centenaire de la naissance d'Henri Pichette. J'y lus, avec d'autres, quelques extraits de son oeuvre, dont un passage de l'un de ses fameux Apoèmes.

Dix jours plus tard, je trouvai à Arcanes un essai dont j'avais lu un peu plus tôt une courte recension critique sur Libération. Son titre aurait suffi à m'aimanter : Metavertigo, sous-titré Vertiges de l'humain augmenté de ses vies antérieures. L'auteur, Emmanuel Grimaud, est anthropologue et directeur de recherches au CNRS. Ce livre fascinant s'appuie sur une enquête menée à Calcutta, dans le cabinet de l’hypnothérapeute indienne Trupti Jayin, spécialiste de l’hypnose dite « régressive », technique thérapeutique visant à faire effectuer au patient un voyage mental dans le passé, y compris prénatal, afin de résoudre un problème présent. Une pratique qui connaît un grand succès en Inde depuis les années 1980.
L'essai s'ouvre sur l'évocation d'un colloque qui s'est déroulé en 2017 à Dharamsala, qui réunissait des moines bouddhistes, le Dalaï Lama et des ingénieurs américains de la Silicon Valley. "Certains ingénieurs,  raconte Emmanuel Grimaud dans un entretien avec Caroline Pernes,  rêvent d’un jour où l’on pourra faire se réincarner les individus de manière électronique, sous la forme de machines ou d’avatars… L’histoire nous montre que les grandes évolutions technologiques ne sont jamais dénuées de dimensions religieuses ou mystiques. Ainsi, la radio s’est inventée à un moment où de nombreux expérimentateurs cherchaient un moyen technologique de communiquer avec les morts. Les transhumanistes se tournent aujourd’hui vers des formes de néo-bouddhisme pour légitimer leurs expériences sur les technologies de l’immortalité. Mais le livre démontre que ces réappropriations prospèrent en réalité sur des malentendus."


L'enquête menée par Grimaud fut baptisée le trou noir de Kolkata (Calcutta), et a donné lieu au film (réalisé avec Arnaud Deshayes) Black Hole : Why I Have Never Been a Rose (disponible sur la plateforme Tënk). Il rappelle que le trou noir, avant de désigner les objets célestes, vrais "gouffres spatiotemporels'" de l'astrophysique d'aujourd'hui, "désigna d'abord une prison située à Kolkata, dans laquelle des Anglais furent enterrés vivants par le nawab du Bengale, le 19 mai 1756." Une atrocité qui servit à justifier la colonisation de l'Inde par les Britanniques, mais dont la véracité a été largement remise en cause par les historiens postcoloniaux (voir la notice de Wikipedia).

C'est en explicitant le lien entre cet événement et l'expérience qu'il mène avec l'hypnothérapeute Trupti Jayin qu'Emmanuel Grimaud en vient pour la première fois à parler de vertige : "Ce sont les vertus jubilatoires de cette forme expérimentale (ou artificielle) de métempsycose qu'il nous intéresse d'explorer et surtout la manière dont du vertige se produit en temps réel, faisant vaciller les frontières du corps, le rapport dialectique entre la vie et la mort et notre appréhension ordinaire du temps." (p. 23)

*
Quel rapport, me dira-t-on, entre la méditation sur le poème de Max-Pol Fouchet et l'enquête anthropologique d'Emmanuel Grimaud ? La seule notion de vertige permet-elle de rassembler sans artifice ces deux expériences du monde ? 
Je ne suis pas en mesure de répondre avec certitude à ces questions. J'avance dans une certaine pénombre, qui se dissipera peut-être dans les temps à venir. Je vais pour l'instant continuer à explorer la riche matière proposée par l'anthropologue en la croisant prochainement avec un des films les plus fascinants de cette année. Ce sera pour la prochaine livraison.

mardi 26 mars 2024

La vie a commencé par un vertige

J'avais feuilleté quelques pages du livre sur Léon Spilliaert surgi à la brocante des Marins dès le premier stand rencontré, et j'étais tombé sur Vertige, une oeuvre de 1908. Et ceci balaya le peu de doute qui me restait : on connaît ma fascination pour le champ magnétique qui entoure la notion de vertige, il fallait donc absolument que j'entre en possession du volume.

Vertige, 1908, lavis d'encre de Chine, aquarelle et craie de couleur sur papier. Ostende, 64 x 48 cm.

Anne Adriaens-Pannier évoque le peintre en homme du Nord, "accoutumé au spectacle des effets déformants qui transforment en vision hallucinantes les figures les plus innocentes. [...] Perchée au sommet d'un escalier qui semble circulaire et offrir peu de soutien, une femme, le voile battant au vent, entame une périlleuse descente. Que peut exprimer le titre Vertige, si ce n'est une expérience d'insécurité, de perte de confiance et d'images visionnaires présageant une fin violente." (p. 54) Je ne suis bien sûr pas le seul à éprouver une étrange attirance pour le vertige, c'est sans doute même une expérience plus commune qu'on ne peut croire. Le blog littéraire belge Le Carnet et les Instants, quand il chronique Le mystère Spilliaert, un roman de Kate Milie, intitule son article Vertige.

"Au départ, un vertige : l’autrice est envoûtée par « l’homme chancelant » qui transcende La nuit, un tableau exposé au musée d’Ixelles :

Un homme, vu de dos, vêtu d’une redingote, coiffé d’un haut-de-forme, erre la nuit, en bord de mer, le long des majestueuses Galeries royales d’Ostende. Il semble tituber, tend une main hagarde vers les imposantes colonnes. Qui est cet homme ? Un noctambule égaré sur la digue après la fermeture des cabarets ? Un promeneur perdu ? Un être dévasté venu confier une douleur intenable à la mer ? 

La passion s’élargit au créateur de l’œuvre : « Ma décision est prise, je vais écrire sur Léon Spilliaert. »
La Nuit, 1908, lavis d'encre de Chine et pastel bleu sur papier, Coll. de l'Etat belge, 48 x 63 cm.


"Chaque personnage du récit contemporain semble blasonné par une toile majeure du peintre." Ainsi un certain William se sent-il irrésistiblement relié à Vertige : "Une femme toute de noir vêtue, les vêtements et le foulard fouettés par le vent, assise au sommet d’une tour-escalier (ndlr : une ziggourat ?) dont les marches gigantesques rendent impossible toute échappée, regarde, impassible, l’horizon."


Autre motif d'étonnement : le chroniqueur du blog, Philippe Rémy-Wilkin, ne pouvait manquer d'être interpellé par le roman de Kate Milie, ayant été lui-même l'auteur d'une nouvelle, en 2019, intitulée Vertige !, chroniquée dans le même blog belge par Véronique Bergen : 

"Le récit Vertige ! est bâti à l’image du tableau Vertige, l’escalier magique de Spilliaert, qui figure en couverture. Avec brio, entre impossible anamnèse et démon de la logique, Philippe Remy-Wilkin campe une fiction aussi entêtante qu’un breuvage. Sur fond d’un questionnement sur le règne de Léopold II, sur les coulisses sanglantes de la colonisation du Congo, une machine infernale (au sens de Cocteau) se met en place : à l’occasion d’une mystérieuse invitation à se rendre au Musée de Tervueren, le narrateur se retrouve embarqué dans une tectonique des plaques touchant l’Histoire et son histoire familiale. Rythmée par la voix posthume de la mère, l’architecture du récit adopte un mouvement tout en spirale."

 


J'ai retrouvé La Nuit , reproduite dans le court essai que Stéphane Lambert a consacré à Léon Spilliaert, Etre moi toujours plus fort (Arléa, avril 2020), lu d'un trait le 15 mars dernier. L'écrivain se fond dans les pas du jeune Spilliaert arpentant  les digues solitaires à la faveur de la nuit, il semble que ce soit lui, le promeneur chancelant :

"Je n'ai pas d'identité arrêtée. Je devine un bateau traversant de gauche à droite le champ de la mer. Je voyage avec lui. Combien d'hommes à cette minute précise sur la mer, alors que d'autres dorment en paix ? En paix, vraiment ? Les lampadaires projettent de longues bandes lumineuses sur le sable alors que les cabines de bain s'alignent sagement le long de la Galerie royale. Et sous ce calme, gît un cri. Silhouette élancée d'un dandy se découpant dans le noir, cinglant la nuit." (p. 19)


On ne s'étonnera pas de retrouver une fois encore dans ce livre le vertige, car Stéphane Lambert en avait déjà fait un motif central dans l'étude qu'il a consacré à Nicolas de Staël, Le vertige et la foi. Il est ici présent dès les premières pages :

"Je suis un si mauvais interprète du rêve des autres : j'en ai trop moi-même. Je les pourchasse fiévreusement. Et je m'enfonce dans leur obscurité. Par où commencer ? Par un vertige. La vie a commencé par un vertige. J'ai cru que le bruit de la mer allait m'engloutir. Puis ce bruit est resté - et j'ai toujours eu peur. C'est là qu'on m'a fait naître. Au bout du monde, face à la mer - dans cette frontière poreuse entre le solide et le trouble." (p. 13-14, c'est moi qui souligne)

Léon Spilliaert - The Hofstraat in Ostend, 1908, collection particulière


dimanche 10 mars 2024

Marvin et les Marins

Dimanche dernier 3 mars, premier dimanche du mois, était donc le jour de la brocante des Marins, dont j'ai si souvent éprouvé la magie. Les deux derniers mois, je n'avais pu m'y rendre ou bien j'avais bêtement oublié le jour. Cette fois-ci j'étais fermement décidé à ne pas louper le coche. Garé rue des Belges, j'ai abordé l'affaire par le stand en face du café Le Longchamp. Et ce fut d'emblée la révélation : une femme au chapeau noir et au regard ténébreux me subjugua instantanément. La Buveuse d'absinthe du peintre flamand Léon Spilliaert (1907) faisait la couverture du catalogue de l'exposition qui eut lieu du 18 décembre 1997 au 28 février 1998 au Musée-galerie de la Seita (aujourd'hui disparu).


Je ne connaissais pas du tout ce peintre, né à Ostende en 1881, comme James Ensor, beaucoup plus célèbre. La force et l'étrangeté de ses oeuvres me saisissent, et je m'empare bien entendu de l'ouvrage. J'arpente ensuite l'avenue, des deux côtés, ubac et adret, sans plus de découverte. Et je repasse, bouclant la boucle, par ce stand initial où je finis par craquer sur un bel ouvrage d'Emmanuel Anati, L'art rupestre dans le monde, L'imaginaire de la préhistoire (Larousse, 1999). Ce sera tout pour cette fois, mais en somme j'ai fait le plein de rêves (ou de cauchemars, avec l'inquiétant Spilliaert).

Hier samedi, sous la pluie fine qui n'en finissait pas de pointiller les rues, je suis retourné à la médiathèque. Un livre en retard comme un sempiternel prétexte à recharger la besace. Et dans celle-ci, un autre livre d'Eric Poindron déjà aperçu la semaine précédente, Comme un bal de fantômes (Castor Astral, 2017). Il était toujours sur la table des nouveautés, personne n'avait encore jeté son dévolu sur lui (ô lectrices et lecteurs castelroussins, vous ne savez pas ce que vous perdez). J'ai commencé à le lire le soir-même, à petites foulées, à voix haute parfois. Et continué ce matin, tiens, par Toujours comme à Ostende, dédié à Jérôme Leroy.

"(...) Comme des souvenirs de vaisseaux barbares
Des fantômes d'écume et de bruine
Comme un hiver de rien au coeur d'un coeur de théâtre

"Si Dieu le veut, je retournerai à Ostende",
c'est Marvin Gaye qui chuchote en souvenir

Ostende Ostende
Où il écrivit "Sexual Healing"

Les masques de James Ensor 
Dansent encore en vitrine
Non loin de la mer (...)"

Ensor est présent, mais pas Spilliaert, et je suis presque un peu déçu. Alors je reprends l'album de la Seita et, l'ouvrant au hasard, tombe sur la double page 72-73. A droite, le Port d'Ostende (1909) :

Encre de Chine, aquarelle et crayons de couleur sur papier, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles

A gauche, le texte, commençant par ce paragraphe : "Comme Verhaeren, poète et grand admirateur du jeune artiste, qui dépeint si bien ce vent des Flandres, Spilliaert nous fait entendre une mer mythique. C'est de "La Traversée des apparences" qu'ils nous parlent tous les deux, à travers "Les mille éclats de l'insaisissable instant" décrits par Virginia Woolf dans Les Vagues."

Et c'est moi qui suis saisi une nouvelle fois. La veille, j'avais lu, toujours d'Eric Poindron, le poème Yügen & Enfances aux jardins, dont voici un extrait :

Souvenez- vous de cet instant Yügen, qui ne se raconte pas,
que vous n'avez jamais su décrire
Qui ne peut être en capture
Le rayon de soleil, l'amour qui musarde, la glace qui fond,
le frisson sans raison, un frémissement dans un arbre
comme une chanson ancienne,
l'extase devant le paysage.
Et pourtant il fallait en conserver le souvenir, la justesse,
l'incandescence, le magnifique, l'unicité
Oui, ce moment ainsi
Juste et inouï
Le vivre, s'en souvenir, et "se promettre de ne jamais 
l'oublier"

Comme Les Vagues de Virginia Woolf 

"Je m'oblige à fixer ce moment, ne serait-ce que 
dans une seule ligne d'un poème que je n'écrirai pas..." (p. 20)

Je suis d'autant plus saisi que j'avais déjà noté ce samedi ce que j'appelle une luciole, une petite bulle synchronique, une résonance qui semble ne pas faire réseau : Virginia Woolf était cité également dans un passage du livre de Sandrine Tolotti vu ce même jour. Le Japon du Yügen formait aussi le cadre de cette autre épopée minuscule ; l'autrice y évoquait une cabine téléphonique perchée sur une colline, en surplomb du petit port japonais d'Otsuchi, qui fut détruit à 90% par le tsunami de 2011. Itaru Sasaki l'avait repeinte en blanc, y avait installé un vieux téléphone à cadran à bakélite raccordé à rien, sinon à l'âme de son cousin, décédé d'un cancer, avec qui il voulait garder un contact. Trois mois plus tard, le tsunami a dévasté la ville, les gens se sont réfugiés sur les hauteurs et ont découvert la cabine. "Itaru Sasaki  a commencé à voir certaines personnes parler au téléphone, le soir. Et puis cela n'a plus cessé. A ce jour, plus de trente mille personnes sont allés parler avec leurs morts du haut de ce jardin. Pour prendre des nouvelles, pour en donner ou pour délivrer un dernier message composé de mots qu'on aurait voulu prononcer avant mais qu'on a tus ; parce qu'on n'a pas su ou parce qu'on n'a pas pu." (p. 204)

Un peu plus loin, Sandrine Tolotti écrit :

"Tous trouvent là une sorte de réconfort singulier. Peut-être parce qu'il instaure pour communiquer avec les morts un espace plus profane, plus personnel et plus matériel qu'un sanctuaire, mais aussi un espace plus spirituel, plus poétique, plus extraordinaire que l'environnement quotidien, le kaze no denwa* semble installé à la frontière du normal et de l'anormal, celle sans doute où il est plus facile pour beaucoup de nourrir "les illusions bénies qui nous font vivre" (Virginia Woolf)."



Marvin Gaye à Ostende.

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* Le téléphone du vent, baptisé ainsi par Itaru Sasaki.