Je me suis donc lancé dans la lecture du Dictionnaire amoureux de la Loire (pour ne pas répéter sans cesse ce titre, je vais abréger, je parlerai désormais du DAL). Pour l'instant, pas sûr que ça dure, je parcours sagement dans l'ordre alphabétique. J'en suis encore au A, c'est dire si la descente est lente.
Je suis donc arrivé sur la longue notice consacrée aux affluents de la Loire. Magnifique florilège de noms sur lesquels rêver : "le nom est la moitié du rêve", écrit justement Danièle Sallenave.
Là où elle est moins juste, hélas, c'est au moment où, dans la longue énumération des affluents de la Loire, elle en vient à parler de l'Indre.
"Le Cher, qui arrose Chenonceaux, la ville, et Chenonceau, sans x, le château. La Roumer, qui arrose Langeais. Puis l'Indre, où deux communes portent le nom de Pouligny et Pouligny Saint-Pierre. Le nom du second a été donné à un fromage en forme de pyramide tronquée, en souvenir, paraît-il, de la campagne d’Égypte, Napoléon en ayant sabré la pointe un soir où il était de mauvaise humeur. Un heureux écho avec la Bourgogne, car si on retire son "o" à ce fromage, on en fait un vin, le puligny, qui s'accorde très bien avec lui. Que tout cela est français ! Dans le meilleur sens du mot : fait de bric et de broc, nourri d'alluvions, sûr de soi, mais accueillant, ce qui va en général ensemble." (DAL, p. 23)
Reprenons, Madame Danièle Sallenave, de l'Académie française, ne l'oublions pas, qui aime bien sermonner à l'occasion (voir par exemple cette chronique du 9 mai sur France Culture où elle fustige sans nuance le "bazar" du numérique, Madame Danièle Sallenave (pour ne pas répéter sans cesse ce nom, je vais abréger, je parlerai désormais de DS, la déesse du fleuve), DS donc (oui, je vais la finir cette phrase) nous cause de deux Pouligny, Pouligny tout court et Pouligny Saint-Pierre. Les indriens rectifieront facilement, mais les autres ne relèveront sûrement pas l'erreur : il n'existe pas de Pouligny tout court, il existe Pouligny Saint-Pierre, oui, mais aussi Pouligny Notre-Dame et Pouligny Saint-Martin. Une petite vérification googlesque eut épargné à DS cette approximation sans conséquence certes, mais tout de même fâcheuse (mais bon le numérique, hein...).
Deuxième erreur : l'anecdote de Napoléon. Elle ne concerne absolument pas le Pouligny Saint-Pierre, dont la pyramide n'est pas tronquée ou à peine, elle concerne le Valençay.
Cela, la notice de Wikipédia vous l'apprenait en deux secondes (Mais bon Wikipédia, hein...).
Elle vous apprenait par la même occasion que la forme du fromage ne devait sans doute rien à l'escrimeur corse, mais tout à la forme du clocher de Levroux (ceci dit, cela reste à vérifier : sur d'autres sites on parle du clocher de l'église de Valençay, ou bien c'est Talleyrand qui aurait fait réduire le sommet de la pyramide pour ne pas rappeler de mauvais souvenirs au dictateur, bref il se raconte un peu n'importe quoi).
En tout cas, c'est le Valençay et non le Pouligny Saint-Pierre, lequel est en forme de pyramide plus pointue ; produit dans la plus petite zone
d’Appellation d’Origine fromagère, sa forme pyramidale serait
elle aussi inspirée du clocher de l’église du village.
La notice de Wikipédia (d'où j'extrais la photo) rapporte aussi la légende napoléonienne qui sert aussi pour le Valençay, ce qui est absurde, Napoléon n'étant jamais venu à Pouligny Saint-Pierre. Cela m'amuse aussi qu'on parle de légende alors que les faits ne remontent qu'au XIXème siècle...
De bric et de broc, je crois bien que c'est la documentation de DS qui est ainsi faite. Il est vrai qu'elle emploie aussi ce joli mot d'alluvions. Rien que pour ça, je suis prêt à lui pardonner (pour peu qu'elle rectifie ses erreurs dans la prochaine édition du DAL ou qu'elle m'envoie une caisse de l'excellent Puligny).
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dimanche 25 mai 2014
Pan sur le bec de l'académicienne
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lundi 19 mai 2014
De la Loire et du Périgord
Je l'avais vu cité dans un article, je ne sais plus où, et déjà l'envie de le découvrir s'était pointée, alors quand je l'ai croisé à la Maison de la Presse, je n'ai pu résister longtemps. A moi le Dictionnaire amoureux de la Loire, de Danièle Sallenave. Presque mille pages sur le Fleuve, presque autant que de kilomètres sur son parcours.
De la Loire, je suis l'enfant lointain. En contrebas de la ferme natale, dans les prés mouillés, coule un ruisseau discret. Le mot même de ruisseau est usurpé, disons plutôt un ruisselet, un ru, un riau, comme on dit en Berry. Un fil d'eau qu'on franchit d'un pas, qui se faufile entre les joncs sur quelques centaines de mètres avant de jeter ses eaux étroites dans le Périgord. Je dis bien le Périgord. Ce ruisseau n'est plus désigné ainsi sur la carte IGN au 25 000ème, et c'est bien dommage.
Il est devenu le ruisseau de Rateau qui, au sortir de l'étang de la Charcille, se jette lui-même dans la Vauvre.
Mais sur l'ancienne carte d'Etat-Major, nous trouvons bel et bien le Périgord.
Pourquoi le nom de la province a-t-il été donné à ce ruisseau ? Mystère qui ne sera sans doute jamais élucidé (et cela d'autant plus qu'un fonctionnaire briseur de songes a absurdement changé le nom sur la carte qui fait maintenant autorité). En tout cas, je puis dire que sa découverte pendant l'enfance fut un peu mon Lascaux personnel. Les parents nous en avaient parlé, il coulait au-delà des prés de la maison, il fallait descendre un chemin creux, une sorte de boyau abrupt où la roche affleurait ça et là ; son existence devint presque mythologique. Un beau jour, nantis d'une âme d'explorateur, nous y allâmes, bravant l'inconnu, et ce fut merveille : il épousait le chemin sur plus de vingt mètres avant de se perdre à nouveau dans la broussaille. Gué magnifique, dix centimètres d'eau maximum, à ce carrefour de chemins allant vers la Giloterie à droite et les Poux à gauche.
J'y revins souvent, en groupe ou bien seul, et parfois je descendis son cours, jusqu'à l'étang, bien encaissé au creux des vallons.
La Vauvre recueillait donc les eaux du Périgord. Guère plus large que lui, elle vient des hauteurs de la Forêt du Temple, sa source étant proche du hameau des Ouches-Moines. Doit-elle à ses nombreux méandres ce nom si évocateur de la vouivre médiévale ? Elle arrose Crozon, au nom finistérien, et va confluer avec l'Indre à Mers-sur-Indre. L'Indre étant affluent de la Loire, il y a donc un peu d'eau du Périgord qui s'en va rejoindre le grand fleuve. Et c'est ainsi que je me sens ligérien par une extrémité de mon être-là.
D'un autre côté, je me sens appartenir à ce Massif central dont les terres natales sont dites placées sur les contreforts. En somme, nous étions à la lisière de deux mondes, ligérien par l'eau, montagnard par la roche. Berrichon par le sud, Marchois par le nord.
Si ce site s'appelle Alluvions, ce n'est pas par hasard. Nul plus qu'un fleuve ne produit des alluvions. Le mot se retrouve dès la troisième entrée du dictionnaire, juste après les ablettes, avec le nom Acolin (ou Accolin) qui désigne un affluent de la rive gauche de la Loire, un peu en aval de Decize. "Mais c'est aussi, en Haute-Loire, précise Danièle Sallenave, entre les grèves et les chemins parallèles au fleuve, une bande de terrain chargée de sable et d'alluvions. Il est presque impossible d'y établir des chemins de halage pour les chevaux et les hommes, tant ces terrains sont mouvants, inondables, et régulièrement inondés."
Et elle ajoute : "L'origine de ce mot est inconnue, tout comme son étymologie. Libre à nous d'y entendre le grec akolouthos, l'acolyte, le compagnon de la route et des jours. Et d'en faire l'emblème de ce livre qui, tel un "acolin de la Loire", ne quitte jamais ses rives, sa vallée ou la vallée de ses affluents. Sans craindre parfois de s'enliser ou de se mouiller les pieds."
Je me propose aussi d'accompagner la lecture de ce livre, et d'égrener ici même au fil des pages quelques remarques rêveuses.
De la Loire, je suis l'enfant lointain. En contrebas de la ferme natale, dans les prés mouillés, coule un ruisseau discret. Le mot même de ruisseau est usurpé, disons plutôt un ruisselet, un ru, un riau, comme on dit en Berry. Un fil d'eau qu'on franchit d'un pas, qui se faufile entre les joncs sur quelques centaines de mètres avant de jeter ses eaux étroites dans le Périgord. Je dis bien le Périgord. Ce ruisseau n'est plus désigné ainsi sur la carte IGN au 25 000ème, et c'est bien dommage.
Il est devenu le ruisseau de Rateau qui, au sortir de l'étang de la Charcille, se jette lui-même dans la Vauvre.
Mais sur l'ancienne carte d'Etat-Major, nous trouvons bel et bien le Périgord.
Pourquoi le nom de la province a-t-il été donné à ce ruisseau ? Mystère qui ne sera sans doute jamais élucidé (et cela d'autant plus qu'un fonctionnaire briseur de songes a absurdement changé le nom sur la carte qui fait maintenant autorité). En tout cas, je puis dire que sa découverte pendant l'enfance fut un peu mon Lascaux personnel. Les parents nous en avaient parlé, il coulait au-delà des prés de la maison, il fallait descendre un chemin creux, une sorte de boyau abrupt où la roche affleurait ça et là ; son existence devint presque mythologique. Un beau jour, nantis d'une âme d'explorateur, nous y allâmes, bravant l'inconnu, et ce fut merveille : il épousait le chemin sur plus de vingt mètres avant de se perdre à nouveau dans la broussaille. Gué magnifique, dix centimètres d'eau maximum, à ce carrefour de chemins allant vers la Giloterie à droite et les Poux à gauche.
J'y revins souvent, en groupe ou bien seul, et parfois je descendis son cours, jusqu'à l'étang, bien encaissé au creux des vallons.
La Vauvre recueillait donc les eaux du Périgord. Guère plus large que lui, elle vient des hauteurs de la Forêt du Temple, sa source étant proche du hameau des Ouches-Moines. Doit-elle à ses nombreux méandres ce nom si évocateur de la vouivre médiévale ? Elle arrose Crozon, au nom finistérien, et va confluer avec l'Indre à Mers-sur-Indre. L'Indre étant affluent de la Loire, il y a donc un peu d'eau du Périgord qui s'en va rejoindre le grand fleuve. Et c'est ainsi que je me sens ligérien par une extrémité de mon être-là.
D'un autre côté, je me sens appartenir à ce Massif central dont les terres natales sont dites placées sur les contreforts. En somme, nous étions à la lisière de deux mondes, ligérien par l'eau, montagnard par la roche. Berrichon par le sud, Marchois par le nord.
Si ce site s'appelle Alluvions, ce n'est pas par hasard. Nul plus qu'un fleuve ne produit des alluvions. Le mot se retrouve dès la troisième entrée du dictionnaire, juste après les ablettes, avec le nom Acolin (ou Accolin) qui désigne un affluent de la rive gauche de la Loire, un peu en aval de Decize. "Mais c'est aussi, en Haute-Loire, précise Danièle Sallenave, entre les grèves et les chemins parallèles au fleuve, une bande de terrain chargée de sable et d'alluvions. Il est presque impossible d'y établir des chemins de halage pour les chevaux et les hommes, tant ces terrains sont mouvants, inondables, et régulièrement inondés."
Et elle ajoute : "L'origine de ce mot est inconnue, tout comme son étymologie. Libre à nous d'y entendre le grec akolouthos, l'acolyte, le compagnon de la route et des jours. Et d'en faire l'emblème de ce livre qui, tel un "acolin de la Loire", ne quitte jamais ses rives, sa vallée ou la vallée de ses affluents. Sans craindre parfois de s'enliser ou de se mouiller les pieds."
Je me propose aussi d'accompagner la lecture de ce livre, et d'égrener ici même au fil des pages quelques remarques rêveuses.
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