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dimanche 9 août 2026

Petit chien sans ficelle

"Au centre se tenait celui qui m’attendait sans m’attendre, celui qui, absent ou présent, m'accompagnait - anxieux - dans ce tunnel où en novembre 1977 j'ai voulu m'engager pour savoir qui j'étais - celui que j'ai épousé le 27 juin 1978."

Maria Casarès, Résidente privilégiée, Fayard, 1980, p. 420. 

Cet homme que la grande comédienne Maria Casarès épouse en 1978, c'est André Schlesser, comédien et chanteur. Quand, en 1960, Albert Camus se tue dans un accident de voiture, elle reste dévastée par la perte du grand amour de sa vie. Cette même année, elle gagne beaucoup plus d'argent que d'habitude grâce au succès du spectacle Cher menteur qu’elle joue en duo avec Pierre Brasseur.  Ce sont ses amis proches, parmi lesquels, déjà, André Schlesser, qui l’ont alors, semble-t-il, incitée à acheter, en 1961, le Domaine de la Vergne, à Alloue, pour la détourner de son profond chagrin. « Et c’est ainsi que nous sommes venus en Charente et avons pris l’allée qui conduit à La Vergne », écrit-elle dans son autobiographie Résidente privilégiée. « Je crois qu’il est inutile d’aller plus loin. Le chemin creux, juste assez large pour laisser passer une voiture, crevé de fondrières, embroussaillé, qui serpentait ses bosses entre deux rangées de noyers et de pommiers eût suffi à nous retenir. » Ce manoir bordé par la Charente avec ces cinq hectares de terre seront son havre de paix loin du « bûcher théâtral » parisien. 

 

Le 31 juillet dernier, de passage à Bourges une nouvelle fois (mon amie E. exposait ses dernières créations à la galerie des Éphémères, rue Mirebeau), je ne manquai pas de faire un tour à la belle librairie Bifurcations. J'avais déjà fait mon choix lorsque j'ai aperçu (il n'était pas tout à fait en évidence, placé qu'il était sur un rayonnage inférieur) un livre à la couverture blanche, coup de cœur des libraires, avec le nom d'André Schlesser.

 

A la vérité, d'André Schlesser, je ne connaissais pas grand chose. C'est peu dire qu'il est moins connu qu'Albert Camus.  Chansonnier interprète, et comédien ami de Jean Vilar (mais sans avoir jamais eu de grand rôle),  il n'était pas écrivain. D'où la surprise de ce livre, qui a connu un destin singulier : en fait, André Schlesser, dit Dadé, ne l'a pas écrit, il est le fruit d'un enregistrement datant de 1978. Gilles Schlesser collecte sur un magnétophone les souvenirs d'enfance de son père, dans les locaux d'une agence de publicité le temps d'un week-end. Il en tire ensuite deux tapuscrits après la mort d'André Schlesser en 1985. Il égare le sien, sans doute au gré de déménagements (ceci est raconté en avant-propos par Thomas Schlesser, le petit-fils, et auteur du best-seller Les Yeux de Mona). "Fort heureusement, poursuit-il, il en avait envoyé une copie à l'artiste Jean-Baptiste Thierrée, grand ami de Dadé qui, de son côté l'avait conservé précieusement."

Ce livre sauvé in extremis de l'oubli (les bandes magnétiques sont quant à elles effacées) n'a été édité qu'en 2024 aux éditions des Cendres. Il eût été bien triste qu'il ne le fût pas. Car c'est un vrai bonheur de lecture que ces pages inspirées. André Schlesser était réputé comme un grand conteur, et nous ne pouvons que le croire. J'ai été cueilli dès l'incipit :

J'avais neuf ans. Ou dix. Je savais lire les chiffres, le visage des hommes, les signes dans le ciel. Et je savais l'histoire, une histoire à trois sous qui me servait de passeport. Les hommes disaient toujours que ma mère n'avait pas quinze ans à ma naissance et que je ne devais pas être bien lourd dans ce bout de chiffon, porté à bout de bras. L'histoire commence là, comme ça. Mes tantes alors pouffaient, secouaient leurs longs cheveux, poursuivaient le récit en poussant des petits cris.

Né en 1914 de père inconnu, d'une mère, Anna Di Mascio, qui mourra très jeune, recueilli par un certain Joseph Schlesser qu'il n'a guère aimé, pratiquement absent de ces mémoires, il vivra la vie d'un petit Gitan, d'un gamin des rues de dix ans qui doit se débrouiller pour survivre dans les quartiers nord-est de la capitale. Ses descendants conviennent qu'il doit exister une bonne part de fiction dans ces souvenirs rassemblés plus de cinquante ans après les faits, mais ceci est de peu d'importance devant la vivacité du récit, ses bonheurs d'expression et sa poésie âpre.

Juste un  petit extrait :

Chez Eugène, on parlait souvent politique. Et leur politique, c'était la Sociale. La Sociale je ne connaissais pas. [...]
- Quoi tu ne connais pas la Sociale ?
Et il m'expliqua :
- La Sociale, c'est contre les gros.
Je trouvais ça curieux d'être contre les gros.
- Mais non, couillon ! Les gros plein de fric, pas les gros plein de soupe !
Lucien se leva et réclamat le silence. Comme s'il avait l'idée du siècle.
- Et si on l'emmenait ?
Aussitôt dit, aussitôt décidé. Les frères m'expliquèrent que le lendemain c'était le 1er mai, c'était un jour spécial pour la Sociale, que ça allait chier et qu'on allait voir ce qu'on allait voir.
Maria Casarès évoque sa mémoire avec beaucoup de tendresse dans Résidence privilégiée, le comparant au personnage d'Ariel dans La Tempête de Shakespeare. Dadé était au TNP, dit-elle, le porte-bonheur, l'amulette. Elle rapporte cette anecdote singulière qui se déroule un peu après la mort de Camus :
 
De la reprise du Songe d'une nuit d'été, ce soir de janvier 1960 qui a suivi un événement qui nous a tous frappé, et moi en particulier, je ne me souviens de rien d'autre que du visage décomposé de Vilar - et de lui. Vilar, défait, les mâchoires affreusement contractées et le visage en bois, se dressait devant moi, raidi, dans les lumières crues de Chaillot, Obéron détrôné figé dans son somptueux pelage d'oiseau vert qui, du coup, lui donnait des airs de faux perroquet. C'était pour un dialogue qui nous réunissait tous deux , seuls, en scène ; et je regardais sur sa face la grimace de l'effort insoutenable que je faisais pour parler. Je le regardais - je ne l'ai jamais tant aimé -, refoulant un rire fou que sa vue éveillait en moi avec une irrésistible envie de pleurer, et je me demandais  qui de nous deux allait lâcher le premier. Au centre du plateau, un personnage blanc, intrus insolite, restait là entre nous deux, comme s'il avait oublié de nous quitter ou comme s'il s’apprêtait à changer de décor si besoin était. C'était le serviteur des lieux. Jusqu'à la fin de la scène, il resta là à veiller. Personne en coulisses ou dans la salle ne s'aperçut de cette "anomalie". Il n'y eut, je crois, pour le voir que Vilar et moi - mais c'est certainement grâce à lui que nous avons pu continuer. (p. 428)
Maria Casarès, Le Songe d'une nuit d'été, 1959. Photographie Bela Bernand © Collection Armelle et Marc Enguerand

En juin 2022, je passai quelques jours à Confolens, au camping des Ribières, en une sorte de pèlerinage dans ce pays où ma sœur Marie avait vécu ses dernières années. C'est elle qui m'avait fait découvrir la Maison du Comédien (aujourd'hui Maison Maria Casarès), à la Vergne (Maria Casarès avait fait don à sa mort de son domaine à la commune d'Alloue). Le 15 juin, j'y allai avec un vélo du camping, bien mauvaise monture. Extrait du journal du jour :

A neuf heures et demie, je suis parti pour Alloue et la maison de Maria Casarès. Changement de vélo, mais je tombe de Charybde en Scylla. Selle trop basse impossible à rectifier, marque Cobra, aussi inamicale que le reptile en question, freins couinant et peu efficaces, dérailleur indocile, chaîne qui saute. J’ai rarement eu aussi peu de plaisir à rouler en bicyclette. Alloue n’est qu’à quinze kilomètres, mais qu’est-ce que je les ai trouvés longs ces kilomètres…

Je suis passé par Ansac-sur-Vienne pour ne pas me retaper la côte de l’Intermarché. Petite route ensuite jusqu’à Alloue. Le paysage change, le Limousin s’estompe, les premières vignes timides apparaissent. A Alloue, je m’arrête au cimetière qui est à l’entrée du village. Je cherche les tombes de Maria Casarès et d’André Schlesser, et si je peine un peu à les trouver, c’est qu’elles ne sont pas monumentales. Non, deux banquettes de pierre identiques surmontées d’une croix. Rien à voir avec les tombeaux de marbre lisse et froid qui, ici comme ailleurs, composent le décor funéraire moderne. Entre les deux tombes poussent librement des rosiers roses et rouges.

 


André Schlesser est enterré ici mais c'est près de Saint-Paul-de-Vence qu'il s'est éteint le , chez  son ami Hubert Ballay, l'amour de Barbara qui écrivit pour lui Dis, quand reviendras-tu ? ».

 

Barbara qui viendra souvent, raconte Gilles Schlesser, à La Vergne au début des années soixante. Elle aurait même envisagé d'y acheter un presbytère.

                                                         Cimetière d'Alloue, juin 2022

 

mardi 27 mai 2025

De la rue Bourbonnoux à la place Gordaine

 La vie et l'écriture. L'amour et l'écriture. L'ailleurs et l'écriture.
Pas d'ambition. Pas de concessions. Peu d'argent. Beaucoup d'amour. Beaucoup d'amis. Pas de calculs.
Refus des gloires enviées. Des itinéraires préparés. Des chemins publics. Des compromissions. Des institutions.
Écrire seulement pour être. Pour s'engager. Vers les autres. Avec les autres. Écrire pour dériver de l'homme ancien. Écrire pour dériver vers l'homme à naître. Rien d'autre.

Jacques Lacarrière, Sourates, 1990.

 

Après Trouy, la rue Bourbonnoux, au cœur du vieux Bourges. Créée au XIIe siècle à l'extérieur du rempart gallo-romain, c'est l'une des plus belles de la ville, avec de nombreuses maisons à colombages. Une association de quartier y organisait donc ce samedi 24 mai un marché aux puces, où j'eus le plaisir de retrouver la céramiste Isabelle Renault, dont la magnifique cave à double niveau fut l'un des sites phares de la nuit du Polar, en mars 2024. Ce fut aussi l'occasion d'une nouvelle razzia de livres, mais je ne m'étendrai pas sur les détails.


Je voudrais juste consacrer un peu de temps à l'un d'entre eux trouvé ce jour-là, le Chemins d'écriture de Jacques Lacarrière, publié en 1991 dans la collection Terre Humaine. J'aime beaucoup cet écrivain, aujourd'hui disparu (1925-2005), et dont je m'étonne même qu'il apparaisse si peu dans Alluvions. Dans Chemins d'écriture, il retrace son itinéraire à travers ses voyages et ses livres, affirmant qu'errance et écriture ont été pour lui les deux voies essentiels de la rencontre avec les autres et de la connaissance de soi : "Si errer, c'est d'une certaine façon s'enraciner dans l'éphémère, écrire c'est essayer de capturer cet éphémère pour l'enfermer dans la durée, c'est devenir oiseleur du Temps." Aucune forfanterie dans ce récit personnel, et pourtant si peu narcissique, et l'on se dit qu'on aurait bien aimé partager un verre de Bourgogne avec cet homme que l'on n'imagine pas autrement que modeste et affable.

Et puis c'est lui qui commence le chapitre 5 en écrivant que le hasard a joué un rôle essentiel dans sa vie. Mais qu'est-ce que le hasard ? L'idée qu'il en a recoupe si fortement la mienne que je ne peux faire autrement que d'en redonner ici le paragraphe décisif :

Si l'on voulait analyser minutieusement les successions d'événements, même mineurs, qui constituent une existence, comme on analyse en physique les chocs et les interactions de particules, je suis sûr qu'on découvrirait des réseaux de rencontres et relations privilégiées qui interdiraient d'attribuer systématiquement au hasard tout ce qui nous arrive. Je sais que je navigue là en eaux dangereuses - celles où l'on se crée des ennemis définitifs - et que je ne peux m'étendre là-dessus dans le cadre très restreint de ce livre. Mais enfin voilà ce que je pense : entre un hasard pur où l'on serait sa vie durant ballotté comme un bouchon sur l'océan des contingences et une nécessité inexplicable faisant de vous l'instrument de quelque volonté extraterrestre, entre la condition de Ballotté et celle d'Envoyé, il doit bien exister un moyen terme qui définisse ce que sans cesse j'ai rencontré : un hasard qui va très souvent au-devant de vos désirs, un fortuit qui survient  presque toujours au moment opportun. Autrement dit, un hasard objectif au sens où les surréalistes l'entendaient. C'est dans ce hasard-là que je retrouve le mieux les hasards de ma vie. (p. 78, je souligne)

Il reprendra plusieurs fois l'expression de hasard objectif dans la suite de l'ouvrage. C'est qu'André Breton fut l'une de ses grandes sources d'inspiration, sans que cela ne le conduise à une position de disciple. Bien au contraire. Car André Breton, précise Lacarrière, abhorrait la Grèce et les humanités, ce qui ne le dissuada aucunement de lire Eschyle et Hésiode, Sophocle et Hérodote, de partir en Grèce dès 1947 avec le Groupe de Théâtre antique de la Sorbonne, d'adapter et de mettre en scène Ajax, Oedipe-Roi et Oedipe à Colone, de Sophocle.

La Grèce va prendre une importance de plus en plus grande dans la vie de Jacques Lacarrière. Son premier livre sera Mont Athos, montagne sainte, publié par Pierre Seghers en 1954. Et il connaîtra le grand succès public avec L'été grec, dans la collection Terre Humaine (1976). Écrivant que "la civilisation grecque est un fleuve continu augmenté d'affluents divers au cours des âges - romains, francs, vénitiens, ottomans, anglais, italiens, bavarois - mais dont la source est restée grecque", il remarque que Simone Weil *publia jadis un remarquable essai intitulé La Source grecque où figuraient entre autres un texte sur Antigone  où elle disait notamment :

Il y a près de deux mille cinq cents ans, on écrivait en Grèce de bien beaux poèmes. Ils ne sont plus guère lus que par des gens qui se spécialisent dans cette étude, et c’est bien dommage. Car ces vieux poèmes sont tellement humains qu’ils sont encore très proches de nous et peuvent intéresser tout le monde. Ils seraient même bien plus émouvants pour le commun des hommes, ceux qui savent ce que c’est que lutter et souffrir, que pour les gens qui ont passé leur vie entre les quatre murs d’une bibliothèque.

Jacques Lacarrière précise que ce texte date de 1936 et fut écrit pour présenter Antigone dans une petite revue d'usine intitulée Entre nous, chronique de Rosières.

Or, après avoir descendu la rue Bourbonnoux, E. et moi avions choisi de déjeuner place Gordaine, cette même place où Simone Weil avait loué un appartement au numéro 7 (une plaque en témoigne encore), quand elle avait été nommé professeur de philosophie au Lycée de jeunes filles de Bourges en 1935**. L'année précédente, ayant obtenu un congé de l’Éducation nationale, elle avait travaillé successivement chez Alsthom, aux établissements J.J. Carnaud et Forges de Basse-Indre à Boulogne Billancourt et enfin chez Renault (comme fraiseuse) - expériences de vie ouvrière qui aboutirent au texte La Condition ouvrière, publié en 1951. Une fois à Bourges, elle continue de s'intéresser à cette vie de prolétaire : elle visite une usine à Vierzon le 28 novembre, grâce à Mme Angrand, la professeure d'anglais qui l'avait hébergée à son arrivée à Bourges. Et elle visite les fonderies de Rosières en décembre. Elle y rencontre Victor Bernard, le directeur technique, avec lequel elle s'entretient et propose plus tard d'écrire dans le bulletin destiné au personnel. Dans une lettre qu'elle lui adresse, elle s'explique sur le dessein de son article : 

Je me demandais avec inquiétude comment j’arriverais à prendre sur moi d’écrire en me soumettant à des limites imposées, car il s’agit évidemment de vous faire de la prose bien sage, autant que j’en suis capable… Heureusement il m’est revenu à la mémoire un vieux projet qui me tient vivement au cœur, celui de rendre les chefs-d’œuvre de la poésie grecque (que j’aime passionnément) accessibles aux masses populaires. J’ai senti, l’an dernier, que la grande poésie grecque serait cent fois plus proche du peuple, s’il pouvait la connaître, que la littérature française classique et moderne. J’ai commencé par Antigone. Si j’ai réussi dans mon dessein, cela doit pouvoir intéresser et toucher tout le monde — depuis le directeur jusqu’au dernier manœuvre ; et celui-ci doit pouvoir pénétrer là-dedans presque de plain-pied, et cependant sans avoir jamais l’impression d’aucune condescendance, d’aucun effort accompli pour se mettre à sa portée. C’est ainsi que je comprends la vulgarisation. Mais j’ignore si j’ai réussi. 

 

Si Jacques Lacarrière cite ce texte avec plaisir, il n'en goûte pas pour autant tous les mots. Ainsi n'aime-t-il pas ce terme de vulgarisation. Évoquant sa collaboration avec Jean Vilar,*** fondateur du Théâtre national populaire (TNP), directeur du Festival d'Avignon, il écrit que "vulgariser est un verbe horrible qui n'eut jamais cours au T.N.P.. On ne vulgarise pas la connaissance, on la partage. [...] Au cours des expériences faites en ces années-là, de 1960 à 1968, je fus sidéré par la maladresse et, très souvent, la prétention de cux qui passent pour des détenteurs de culture. Vilar me le confia un jour, après une conférence que je venais de faire au Verger, "Vous voyez, me dit-il, il n'y a qu'une façon de s'adresser aux autres : c'est de dire le plus simplement qu'on peut ce qui est difficile et non l'inverse, comme le font la plupart des universitaires qui disent de façon compliquée des choses élémentaires, sous prétexte qu'ils s'adressent à un public non lettré !"

 J'ai encore quelques petites choses à dire sur ce livre lumineux, mais ce sera pour la prochaine fois.

 

 Jacques Lacarrière, septembre 1985

____________________

* Petite précision, il n'est pas juste de dire "Simone Weil publia" car cet essai parut en 1953 chez Gallimard, dix ans après la mort de Simone Weil.

** Ne voilà-t-il pas un autre exemple de hasard objectif ?

*** C'est Jean Vilar qui demanda à Lacarrière de présenter Antigone et Sophocle au Foyer des travailleurs des usines Renault à Billancourt (un bien bel écho, là encore, à Simone Weil). C'était là sa première conférence en public : "Je me souviens d'avoir eu, ce jour-là, un trac intense. Tout se passa très bien, heureusement, et je sortis de cette rencontre avec le sentiment, la conviction même, qu'Antigone et Sophocle étaient moins que jamais des fantômes littéraires." (p. 90)