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lundi 20 avril 2026

Je n'avais encore pris que des chimères

"Je quittai l'Angleterre quelques mois après que Napoléon eut quitté l’Égypte ; nous revînmes en France presque en même temps, lui de Memphis, moi de Londres ; il avait saisi des villes et des royaumes ; ses mains étaient pleines de puissantes réalités ; je n'avais encore pris que des chimères."

Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe 

Je veux voir une autre manifestation de l’attracteur étrange dans le soudain revival d'un article ancien, #77/313 Le reliquaire de Vivant Denon, publié le 31 mars 2017, parvenu dans le top 5 des articles les plus consultés, alors que je n'ai opéré aucun lien avec icelui dans les derniers articles. Il partage cependant un point commun avec eux, à savoir qu'il évoque Napoléon à travers le peintre Antoine-Jean Gros. Je devais à l'époque cette découverte à Jean-Paul Kauffmann, dont je venais de lire Outre-Terre, récit de son voyage à Eylau en février 2007, pour le deux centième anniversaire de cette bataille qui fut pour Napoléon, soit dit en passant, une victoire à la Pyrrhus, car il passa très près de la catastrophe totale. Kauffmann commente dans ce livre le grand tableau de commande d'Antoine-Jean Gros, Napoléon 1er sur le champ de bataille d'Eylau, 9 février 1907.

 

Ce tableau, réalisé dans l'hiver 1808 après que le baron Gros ait gagné le concours organisé par Vivant Denon, est exposé précisément dans l'aile Denon, salle 77 (salle Mollien). "Malgré le blanc de la neige, écrit Jean-Paul Kauffmann, - ou plutôt à cause de ce blanc - cette peinture est noire. Gros, en voilà un qui n'a pas transigé avec le sujet qu'on lui a imposé. Sa peinture suscite le malaise comme d'ailleurs tout ce qui touche à Eylau" (Outre-Terre, p. 29). La notice du Louvre  précise que les espions de la police suspectèrent ce tableau de rendre la guerre impopulaire : "Toutefois, Napoléon apprécia l’œuvre et lors de la distribution des récompenses aux artistes, il remit sa propre croix de la Légion d'honneur au peintre."

Je rappelle dans l'article que Vivant Denon avait bien précisé l'anecdote à illustrer : " Le moment est celui où Sa Majesté visitant le champ de bataille d'Eylau pour faire distribuer des secours aux blessés, un jeune hussard lituanien [l'homme à la natte], auquel un boulet avait emporté le genou, se soulève à la vue de l'Empereur et lui dit : César, tu veux que je vive, eh bien ! qu'on me guérisse, je te servirai fidèlement comme j'ai servi Alexandre." 

 

Je rapporte ensuite que Kauffmann écrit que son ami, le peintre Édouard Trémeau, "compare le geste du bras de Napoléon  à la main levée de Dieu allant vers celle d'Adam, sur le mur de la chapelle Sixtine, pour lui donner vie". "La veille, poursuit-il, l'église était une position stratégique. Dans le tableau elle est devenue le reliquaire de la bataille, la châsse où est enfermé ce qui n'appartient plus au monde sensible mais à un principe supérieur, spirituel, l'âme d'Eylau."

Il me semble aujourd'hui que, bien plus que la main de Dieu dans la Sixtine, c'est le rite royal du toucher des écrouelles que le geste de Napoléon veut suggérer. D'ailleurs n'est-il pas question de guérir dans la supplique du hussard lituanien ? L'historien Jean-Philippe Chimot, dans ce même article déjà signalé, La vérité sur le mensonge, écrit lui-même : "L’autre grand succès esthétique de Gros, Napoléon visitant le champ de bataille d’Eylau joue sur le même spectre que Jaffa : montrer que le chef, au-delà de la guerre, de la mort, de la souffrance, pense à soigner les plaies… qu’il a ouvertes !"

Il n'est peut-être pas inutile de relire la fin de cet article de 2017. J'y écrivais donc que Jean-Paul Kauffmann cherchera pendant tout son séjour à pénétrer dans cette église d'Eylau, mais que celle-ci, reconvertie en usine, est inaccessible à la visite. Il essaiera tout de même de passer outre et, profitant que les esprits soient occupés par la reconstitution de la bataille, s'introduit par l'arrière. Mais il n'en accèdera pas pour autant au clocher, malgré le bakchich donné à une vieille femme qui gardait l'entrée. Il apprendra juste ce qui est fabriqué dans cette église-usine : des vitrines frigorifiques... 

Poursuivons : "Il y a bien sûr un aspect de dérision dans cette information qui conclut d'ailleurs l'ouvrage, mais après tout n'est-ce pas d'une certaine façon cohérent avec la fonction de reliquaire qu'il attribue un peu plus haut à l'église ? la vitrine conserve les produits des magasins comme le reliquaire abrite les restes des saints. Et je m'amuse de voir ce mot reliquaire suivre de peu celui de Vivant Denon, lui-même créateur d'un reliquaire des plus étranges, conservé, peu de gens le savent, au Musée-Hôtel Bertrand à Châteauroux, la ville où j'ai l'heur de vivre."

 

Et je terminai ainsi : "J'ai consacré en 2016 plusieurs articles à ce reliquaire et à son curieux propriétaire, véritable fondateur du musée de Louvre. Il était au cœur d'un autre attracteur étrange dont j'ai cherché à surprendre et répertorier les ramifications pendant plusieurs mois. Je ne vais pas y revenir maintenant, mais je vous livre tout de même la description par Arnauld Le Brusq du contenu de ce reliquaire :

"C’est un fait avéré que les nouvelles religions se glissent dans le costume des précédentes : en recyclage de l’adoration des saints chrétiens, Vivant Denon transforma un reliquaire du XVe siècle en une petite machine d’immortalité profane, maintenant conservée à Châteauroux, en y plaçant 1 os de Chimène + 1 os du Cid, 1 os d’Héloïse + 1 os d’Abélard, 1 mèche de cheveux d’Inès de Castro + 1 mèche de cheveux d’Agnès Sorel, mais aussi 1 morceau de la moustache d’Henri IV, 1 fragment du linceul du vicomte de Turenne, 1 os de Molière, 1 morceau de dent de Voltaire, quelques cheveux de Desaix, et encore la signature de Napoléon Ier + 1 morceau de chemise qu’il portait au moment de sa mort + 1 mèche de ses cheveux + 1 feuille du saule de l’île de Sainte Hélène sous lequel l’empereur reposa un temps = accumulation parente de celle que l’artiste hanovrien Kurt Schwitters plaça au cœur de son Merzbau afin de chercher lui aussi à coincer le présent."[C'est moi qui souligne] Arnauld Le Brusq, Monuments, L'insulaire, 2006, p. 44 "

Par curiosité, je me reporte aujourd'hui, en 2026, à ce beau livre d'Arnauld Le Brusq, déniché dans un obscur recoin de Noz dix ans plus tôt, en mai 2016. Relisant ce chapitre d'où j'ai extrait la citation au-dessus, Traversée de la grande galerie du Louvre, je tombe sur ce passage :

Le long du tunnel maintenant à ciel ouvert sous sa verrière,
la Grande Galerie autrefois lieu de passage le long de la Seine
dans la demeure des rois, désormais dévolue à la religion de
l’art depuis que les rois ne sont plus, un miracle chasse l’autre,
ici ils touchèrent les écrouelles, Le Roi te touche, Dieu te gué-
rit,
l’un après l’autre, la succession des rois de France qui
s’avance, tout équipés de l’attirail sorti de la nuit des temps,
tout couverts des fleurs de lys tombées du ciel, coiffés de la
couronne, l’épée au côté, le sceptre doré en main, oints de
l’huile coulée de la sainte ampoule et précédés de la statue de
la Vierge à la main d’ivoire bénissante pour exécuter cette
cérémonie magique, le toucher des écrouelles, sise au gré des
pérégrinations royales, entre deux chevauchées, après chasse
ou guerre, ici ou là, en tout lieu transitoire, chapelle reculée,
jardin d’église ou bien ici même dans la Grande Galerie où
défilait devant eux la longue colonne des scrofuleux venus des
quatre coins du monde d’alors, Italiens de Pérouse et de
Lombardie, d’Urbin et de Bologne, Albigeois et Toulousains
du Pays d’Oc ou du Haut-Adour, Portugais, Flamands,
Suisses et Espagnols et même Bretons de Guingamp, tous
dans l’attente de la guérison, Le Roi te touche, suivant cette
même espérance qui lançait les pèlerins sur les chemins des
grands sanctuaires, Dieu te guérit, poussés vers le Capétien, la
foule gourmeuse dans l’attente de la guérison. Nettoyée de ses
péchés. Régénérée dans le délire du toucher comme dans la
folie du voir. Miracle.
Puis, c’était un peu plus tard : le 2 avril 1810, le cortège
du mariage de Napoléon Ier (le mâle) et de Marie-Louise de
Habsbourg (la femelle) parcourut toute la longueur de la
Grande Galerie entre temps devenue musée, défila devant la
double haie des chefs d’œuvre de la peinture alors rangés par
écoles pour déboucher au Salon Carré où fut donnée la béné-
diction sous le voile, dans un frôlement de la religion de l’art
et de la religion tout court sous les auspices de l’éternelle pro-
création, ce bourdonnement d’insectes accolés le temps d’un
vol nuptial, Marie-Louise, fade nymphe tout de même après
les gracieux papillonnements de Joséphine, déjà lourde du
héros guerrier attendu comme devant sortir d’elle, l’héritier,
là pour ça, pondeuse, un œuf, pour attendrir la victoire et
tempérer l’éclat des armes par la douce majesté d’une reine et
d’une mère, tandis que le fécondateur, l’initiateur de la race,
portait déjà son regard au-delà, ailleurs, plus loin, lui qui
mimait sur le mode emphatique le doux délire royal du tou-
cher des écrouelles en tendant son doigt guérisseur vers les
pestiférés de Jaffa.
Redite. Depuis lors il n’y eut plus de main
assez vertueuse pour guérir les écrouelles ni de sainte ampoule
assez salutaire pour rendre les rois inviolables
. [C'est moi qui souligne]

 

« Louis XIV touchant les malades des écrouelles », tableau de Jean-Baptiste Jouvenet, peint vers 1690


vendredi 19 mars 2021

Le régime souhaite la chute du peuple

 18 août

"[...] L'inflation qui, lentement, sournoisement, augmentait durant les mois précédents, nous explose maintenant à la figure. Pour ceux qui reconstruisent ou restaurent leurs maisons à leurs frais aussi bien que pour les innombrables associations qui aident les plus démunis à le faire grâce au soutien international, c'est très compliqué. L'ennemi est innombrable, et à sa tête l'oligarchie au pouvoir, ses intérêts, ses calculs et son redoutable instinct de conservation. Elle n'a pas changé d'un iota ses manières d'agir après le désastre, elle fait toujours main basse sur un État moribond et n'est nullement pressé de former un nouveau gouvernement. Nous sommes assiégés, mais de l'intérieur. "Le régime souhaite la chute du peuple." "

Charif Majdalani, Beyrouth 2020, Journal d'un effondrement, Actes Sud, 2020, p. 145.

Sept mois plus tard, le terrible constat de l'écrivain libanais Charif Majdalani est plus que jamais d'actualité. Dans Le Monde daté du 19 mars, on apprend que "le gouvernement que Saad Hariri avait été chargé de former le 22 octobre 2020, dans le but de sortir le Liban de la pire crise économique de son histoire, se fait toujours attendre". Une hyperinflation vertigineuse risque de faire plonger un taux de pauvreté qui avait déjà atteint 50 % à l'été 2020 : "la chute de la monnaie nationale, qui a décroché du taux officiel de 1500 livres libanaises pour 1 dollar à l’automne 2019, s’est subitement accélérée ces dernières  semaines. Le billet vert, qui s’échangeait en octobre 2020, au moment de la nomination de Saad Hariri, à 8 000 livres sur le marché noir, est passé à 10 000 livres début mars, avant de s’envoler à 15 000 livres en début de semaine." Beyrouth, encore traumatisée par la gigantesque explosion des 2750 tonnes de nitrate d'ammonium stockées sans précaution dans deux hangars du port, faisant 200 morts, 150 disparus et 6 000 blessés, est régulièrement privée d'électricité et menacée de multiples pénuries.


Je ne sais plus où j'avais lu une brève chronique de ce Journal implacable, qui ne cède portant pas au désespoir car réconforté par le souffle d'une jeunesse qui veut encore croire à une vie possible, à une reconstruction malgré l’État corrompu au tréfonds. Je ne sais plus, mais quand j'ai vu le volume sur le rayon des nouveautés à la médiathèque, je n'ai pas hésité une seconde. Je l'ai lu le soir-même, porté par une sorte d'urgence. C'était loin des fils que je tirais au moment, qu'avais-je à faire en somme avec le Liban ? mais en même temps, il en était tout près : la mort y avait hélas plus que sa place, et puis un détail vint percuter un motif récurrent de manière assez inouïe. Voici comment.

Au chapitre 61, Majdalini raconte que ses enfants, voulant absolument s'associer au mouvement de bénévoles qui s'était formé à toute allure dans la ville, avaient été sollicités pour déblayer le cabinet d'un médecin. Ils en avaient ramené des photos d'objets désuets qui les avaient fait rire. En fait, c'était le cabinet d'un vieux praticien, mort depuis longtemps, mais que ses enfants avaient gardé comme tel depuis. L'écrivain continue ainsi :

"Ce cabinet médical conservé durant des décennies hors de la marche du monde m'a évidemment fait penser à la maison d'Iver Grove que décrit W.G. Sebald dans Austerlitz. Mais contrairement à ce qui se passe à Iver Grove, où le présent entre précautionneusement en contact avec ce qui est demeuré en suspens pendant quarante ans, le temps maintenu à l'écart a afflué ici très brutalement. Il l'a fait avec la même violence dans de nombreux autres endroits de la ville où le passé était contenu différemment, comprimé et presque embaumé avec l'avare jalousie des traditions familiales aristocratiques et de leur généalogie. Dans de nombreuses demeures historiques des quartiers ravagés de Beyrouth, les décors et les mobiliers anciens ne sont plus que poussière, ruines et gravats. La lente et méticuleuse sédimentation du temps a été balayée en un clin d’œil par le souffle d'un présent vengeur et incompréhensiblement cruel." (pp. 126-127)

J'étais abasourdi. Je n'avais pas choisi ce livre bien évidemment parce qu'il aurait été en rapport avec Austerlitz, sur lequel je travaille depuis des semaines. Le Liban semblait bien à l'écart de Paris, de l'Allemagne et des campagnes galloises où Austerliz passa son enfance. Et voici que j'y revenais par l'entremise de ce vieux cabinet médical soufflé par la déflagration. Majdalani parlait d'Iver Grove, mais ma lecture d'Austerlitz remontant à plusieurs années, et m'étant concentré uniquement sur la fin, je n'avais pas souvenir de ce passage. Je résolus donc, n'ayant pas ce soir-là le livre sous la main, de faire une recherche sur le net. Iver Grove + Austerlitz. Beaucoup de références anglo-saxonnes apparurent, aussi rajoutai-je un mot français, je ne sais plus lequel, et parmi les résultats émergea alors un écrit qui ne m'était pas inconnu : la thèse de Vincent Toubert, intitulée Entre le livre et la lampe, représentations et usages de l’érudition chez Pierre Michon, W.G. Sebald et Antonio Tabucchi.

Une recherche du nom Iver Grove à l'intérieur du document  me conduisit à la page 70, où il est question de la relation quasi-filiale qui lie Austerlitz à André Hilary, "le seul professeur auquel Jacques Austerlitz confie sa double identité et son double nom." C'est un peu plus loin qu'il est question d'Iver Grove (la seule occurrence par ailleurs sur les 447 pages de la thèse), mais c'est surtout ce qui suit et qui n'a pas de rapport direct avec Iver Grove qui me frappa particulièrement :

"André Hilary reçoit Austerlitz « comme si enfin la providence lui avait envoyé l’élève qu’il avait toujours appelé de ses vœux». Austerlitz est un excellent élève, qui rend en particulier une copie mémorable ; à partir de ce moment, la relation entre le maître et l’élève semble permettre une solide transmission, non seulement dans l’ordre des savoirs,
mais aussi au niveau personnel. Jacques Austerlitz racontera plus tard l’épisode de la visite de la propriété d’Iver Grove, faite avec André Hilary, lors de laquelle le propriétaire des lieux, James Mallord Ashman, leur montre en particulier un observatoire et des cartes de la lune. La période de l’apprentissage d’Austerlitz aux côtés d’André Hilary forme dans le récit une totalité autonome, qui prend des accents encyclopédiques : « de l’astronomie à l’histoire de l’humanité en passant par la botanique et la zoologie, aucun domaine de l’univers ne manque
». Cet apprentissage se fait dans le cadre de cette relation personnelle entre Jacques et son professeur d’histoire, dont la transmission efficace est matérialisée par le présent d’une « relique », qui marque l’adieu du maître à son élève, une fois la transmission réalisée :

Pendant tout le temps qu’il me restait à passer à Stower Grange, Hilary m’a soutenu et encouragé de toutes les manières possibles et imaginables. En premier lieu je lui suis redevable, dit Austerlitz, d’avoir distancé largement le reste de ma promotion aux examens terminaux, dans les matières que sont l’histoire, le latin, l’allemand et le français, et d’avoir pu suivre librement ma voie, du moins en étais-je encore persuadé à l’époque, grâce à une bourse confortable. En adieu Hilary me remit un carton sombre à cadre doré sous le verre duquel étaient disposées trois feuilles de saule un peu fripées prélevées sur un arbre de l’île de Sainte-Hélène, et une usnée ressemblant à un petit rameau de corail pâle, qu’un des ancêtres d’Hilary, comme l’indiquait en bas l’inscription en lettres minuscules, avait détaché le 31 juillet 1830 de la lourde dalle de granit couvrant le tombeau du maréchal Ney. Ce souvenir, qui en soi n’a sans doute pas de valeur, se trouve jusqu’aujourd’hui en ma possession, dit Austerlitz. Il a plus d’importance pour moi que presque tout autre tableau, d’abord parce que les reliques qu’il renferme, l’usnée et les feuilles lancéolées complètement desséchées, sont restées intactes sur plus d’un siècle en dépit de leur fragilité, ensuite parce qu’elles me rappellent chaque jour Hilary, sans qui je n’aurais assurément pu quitter l’ombre du presbytère de Bala. C’est aussi Hilary qui, après la mort de mon père nourricier, survenue au début de 1954 à l’asile de Denbigh, s’est chargé de liquider la maigre succession et par la suite a entrepris les démarches pour ma naturalisation, ce qui n’allait pas sans multiples difficultés étant donné qu’Elias avait détruit toute trace de mes origines." [C'est moi qui souligne]
Ce cadeau de Hilary à Austerlitz - ces "reliques" napoléoniennes - me rappelait furieusement quelque chose de précis. Le même jour, j'avais terminé un article en mettant en regard un poème-objet d'André Breton avec le reliquaire de Vivant Denon, 
dont je rappelle qu'il est propriété du Musée-Hôtel Bertrand, descente des Cordeliers, à Châteauroux, la ville où j'ai l'heur de vivre. Or, que contient celui-ci, à côté des ossements divers que j'ai déjà évoqués ici et là ? Et bien rien moins qu'une feuille de saule de Sainte-Hélène, comme en témoigne la liste qu'en donne Philippe Sollers dans sa biographie de Denon, Le cavalier du Louvre :

«Reliquaire de forme hexagonale et de travail gothique, flanqué à ses angles de six tourillons attachés par des arcs-boutants à un couronnement composé d'un petit édifice surmonté de la croix: les deux faces principales de ce reliquaire sont divisées chacune en six compartiments, et contiennent les objets suivants.

‑ Fragments d'os du Cid et de Chimène trouvés dans leur sépulture, à Burgos.

‑ Fragments d'os d'Héloïse et d'Abélard, extraits de leurs tombeaux, au Paraclet.

‑ Cheveux d'Agnès Sorel, inhumée à Loches, et d'Inès de Castro, à Alcobaça.

‑ Partie de la moustache de Henri IV, roi de France, qui avait été trouvée tout entière lors de l'ex­humation des corps des rois à Saint‑Denis, en 1793.

- Fragment du linceul de Turenne.

- Fragments d'os de Molière et de La Fontaine.

- Cheveux du général Desaix. »

Deux des faces latérales du même objet sont remplies:
‑ L'une par la signature autographe de Napoléon.
‑ L'autre par un morceau ensanglanté de la chemise qu'il portait au moment de sa mort, une mèche de ses cheveux et une feuille du saule sous lequel il repose dans l'île de Sainte‑Hélène." [C'est moi qui souligne]


 

Feuille de saule, cheveux et signature de Napoléon,  Musée-Hôtel Bertrand (Châteauroux)

La coïncidence est fabuleuse : il m'a fallu passer par la lecture d'un livre libanais pour mettre en relation le même jour un élément du reliquaire de Denon avec un extrait d'Austerlitz de Sebald. Sebald qui parle explicitement de "reliques" au sujet de cette feuille de saule d'un arbre de Sainte-Hélène et de l'usnée prélevée sur le tombeau du maréchal Ney. 

 

La tombe du Maréchal telle qu’elle figure sur la planche V du Champ du Repos… par Roger Père et Fils (septembre 1816)

Usnée

Il semble peu vraisemblable qu'une telle usnée (variété de lichens*) ait pu se trouver sur la dalle du tombeau de Ney, en revanche une recherche associant usnée et tombeau m'a conduit vers un extrait du Dictionnaire pittoresque d'histoire naturelle et des phénomènes de la nature, de Félix-Édouard Guérin-Méneville (1839) : il y est dit que l'usnea monumenti croît en abondance sur les arbres qui entourent le tombeau du captif de Sainte-Hélène, autrement dit les saules.


  
Tombe de Napoléon à Sainte-Hélène  

Le docteur Antommarchi, dans son livre Les derniers moments de Napoléon (1825), rapporte ainsi la scène de l'enterrement du 9 mai : "Pendant que l'on achevait ces travaux, la foule se jetait sur les saules dont la présence de Napoléon en avait déjà fait un objet de vénération. Chacun voulait avoir des branches ou des feuillages de ces arbres, qui devaient ombrager la tombe de ce grand homme, et les garder comme un précieux souvenir de cette scène imposante de tristesse et de douleur. Hudson et l'amiral, que blesse cet élan, cherchent à l'arrêter: ils s'emportent, ils menacent. Les assaillants se hâtent d'autant plus, et les saules sont dépouillés jusqu'à la hauteur où la main peut atteindre. Hudson était pâle de colère ; mais les coupables étaient nombreux, de toutes les classes, il ne put sévir."

 ____________________________

* A propos de lichens, je suis tombé au cours de mes recherches sur le bel article du Flotoir de Florence Trocmé, daté du 7 mars 2021. Où l'on peut par exemple lire ceci (où il est question en passant des usnées) :

Nature et territoire du lichen
Étrange nature que celle du lichen, « l’organisme entier est une association symbiotique. Chacun des deux ou trois organismes apporte à l’autre ce qu’il n’a pas dans une relation de coexistence étroite : le champignon (mycobionte) apporte le support (la fixation et la croissance), l’eau et les minéraux à l’algue ; l’algue (photobionte) apporte une partie des sucres au champignon grâce à la photosynthèse. C’est ce fonctionnement atypique qui a permis au lichen de conquérir de très nombreux espaces et de s’implanter là où on ne trouve plus aucune plante (30) : la symbiose est un facteur d’endurance écologique. On estime que 8% de la surface terrestre est recouverte de lichen. Il est universel. » (31) Il est souvent un des derniers organismes que l’on peut rencontrer vers les pôles et en altitude, à la limite des glaces et des neiges. Il peut vivre (les usnées) à des températures allant de -60° à +70°. Et il offre aux rennes scandinaves et aux caribous canadiens jusqu’à 90% de leur alimentation hivernale. (33)
Il en devient ainsi, écrit Vincent Zonca, une figure d’éternité et de survie et nul doute qu’il aurait bien des leçons à nous apprendre. 


 

jeudi 18 mars 2021

La lumière unique de la coïncidence

"Je chante la lumière unique de la coïncidence."

André Breton

En finissant hier sur le reliquaire de Vivant Denon, je ne m'attendais pas à le retrouver quelques heures plus tard, par le truchement d'un livre qui n'avait par ailleurs rien à voir...

Mais ne brûlons pas les étapes. J'ai encore deux ou trois choses à dire au chapitre de la mort. Et tout d'abord revenir sur cette biographie d'André Breton par Georges Sebbag*. Il se trouve que j'en ai poursuivi la lecture en parallèle avec celle de L'entretien des muses, de Philippe Jaccottet, et qu'un sentiment d'agacement est monté petit à petit devant une certaine futilité de celui que l'on désigne souvent comme le pape du surréalisme. Prompt à excommunier, bannir, rejeter celui qu'il louait hier encore, passant d'un amour à l'autre avec véhémence et le plus souvent avec une parfaite bonne conscience, il paraît souvent jouer un jeu, ostentatoire en ses déclamations et manifestes, loin de la réserve et du doute que l'on observe chez Philippe Jaccottet. Moins flamboyant, celui-ci semble en revanche plus lucide dans ses jugements. Ceci ne doit pas minorer le talent et la puissance poétique de Breton, parfaitement  reconnus d'ailleurs par  Jaccottet dans sa petite étude - Un discours à crête de flamme :

"Il est certain que le mouvement dont André Breton n'a cessé d'être l'animateur véritable a ouvert les portes à des hordes piteuses de faux barbares, celles de la liberté à des hommes qui n'en étaient pas toujours dignes ; mais lui-même était à la hauteur de ce rêve contagieux. Même s'il paraît plus nécessaire aujourd'hui de dessiner de nouvelles limites que de s'épuiser à en rompre sans cesse d'autres, il a été de ceux dont la démesure est féconde et sans doute nécessaire. L'oubli de l'Illimité est aussi une mort." (p. 80) 

Mort que j'ai retrouvée samedi en lisant chez ma mère, à Aigurande, l'édition du jour de La Nouvelle République, à travers une interview de Delphine Horvilleur (dont je m'étonne presque de n'avoir pas encore parlé ici car je suis son action et son œuvre, encore jeune, depuis plusieurs années). Rabbin du Mouvement juif libéral de France à la synagogue de Beaugrenelle, à Paris, après des études de médecine et un travail de journaliste, elle vient de publier un nouvel essai, Vivre avec nos morts (Grasset).** Elle y présente onze histoires de deuil, personnelles et collectives, où elle exalte la puissance de vie que peut procurer le langage : "La capacité de parler du défunt et de sa vie, c'est le seul moyen que l'on a pour dire à la mort qu'elle n'aura pas le dernier mot."

Un autre entretien, donné au Monde des religions, abordant peu ou prou les mêmes thèmes, m'a particulièrement  retenu pour le passage suivant :

"Vous racontez dans votre livre la terreur qui s’est emparée de vous lorsque, à 10 ans, vous avez pris conscience de votre mortalité. Le fait de côtoyer si souvent la mort, en tant que rabbine, a-t-il permis de calmer cette angoisse ?

Cela n’a rien changé, si ce n’est que je regarde avec plus de lucidité et de tendresse la petite fille de 10 ans terrorisée, qui fait face à l’idée de la mort pour la première fois. Cette petite fille est toujours là. Mais j’ai compris avec les années que s’il y a un monde que la mort ne peut pas toucher, c’est celui des mots. Le propre de la mort est qu’elle ne se raconte pas. Ce qu’on peut raconter, c’est la vie. Quand quelqu’un meurt et qu’on sait raconter sa vie, on fait un sacré pied de nez à la mort. Le seul pouvoir dont je dispose face à cette obscurité qui se tenait devant la petite fille de 10 ans, c’est celui des mots."

Cela ne vous rappelle-t-il rien ? Une petite fille qui prend conscience soudain de la proximité de la mort ? Eh bien le texte de Sebald bien sûr, avec cette petite fille croisée au jardin du Luxembourg. Relisons-le une fois encore :

"Parmi les images qui me sont restées en mémoire, il y a celle d'une petite fille à la tignasse indisciplinée, aux yeux vert d'eau, qui en sautant à la corde sur une des aires de gravier blanc du Luxembourg s'était empêtrée dans le bas de son imperméable beaucoup trop long et égratigné le genou droit, une scène qui inspira à Marie une impression de déjà-vu, car il y avait plus de vingt ans, dit-elle, exactement au même endroit, il lui était arrivé la même chose, un petit malheur  qui lui était alors apparu honteux et lui avait fait entrevoir pour la première fois ce que pouvait être la mort." 

Belle lumière unique de la coïncidence : alors que je cherchais en vain des références à cette scène, c'est l'avenir et non le passé qui m'en offrit une.

Parmi toutes les paroles très sensées de Delphine Horvilleur dans ces deux entretiens, je retiendrais  le passage suivant pour conclure cette chronique, car il y est question encore de l'enfant :

Vous avez une approche très intellectuelle de la religion. Y a-t-il une place dans votre vie pour la pensée magique, les superstitions ?

Absolument. Je fais dialoguer en moi des moments de rationalité et des moments de pensée magique. Lorsque les pensées magiques se manifestent, c’est souvent l’enfant en nous qui parle. Je laisse cette enfant parler en moi en mettant au point des rituels qui me sont propres. Par exemple, je ne rentre jamais directement chez moi après être allée au cimetière ; il me faut un « sas » de décontamination de la mort, aller dans un café, un magasin…

Il a beaucoup été question, ces temps-ci, de la notion d’essentiel et de non-essentiel. Qu’est-ce qui est essentiel pour vous ? Ce qui est superficiel peut-il être essentiel ?

De la même manière que je fais dialoguer en moi rationalité et pensée magique, j’ai besoin dans ma vie que dialoguent la profondeur et la légèreté. Je suis quelqu’un qui place beaucoup de légèreté dans sa vie – j’ai une passion pour le karaoké, la danse. Pourquoi faudrait-il être cohérent dans la vie ? Il faut simplement laisser les différentes voix parler en soi.

Ce qui est essentiel, à mes yeux, c’est de voyager hors de soi, de trouver des ponts qui nous relient à plus grand que nous. C’est toujours, au fond, la question de la transcendance. Ce qui est essentiel, c’est de savoir qu’il y a plus grand que soi, plus grand que son histoire, que les temps de sa vie, que sa compréhension d’un mot, que notre croyance. La littérature nous fait toucher cela du doigt, parce qu’elle nous plonge dans le monde d’un autre qu’on ne comprend pas.

Cette rencontre de son monde et du mien est la condition du dialogue, un ressort d’empathie. D’où, pour moi, l’absurdité du débat actuel sur qui doit traduire la poétesse Amanda Gorman. Tout l’objet de la traduction, c’est précisément qu’elle doit être faite par quelqu’un qui n’est pas vous. C’est la rencontre entre son monde et le vôtre qui crée la possibilité d’un voyage entre deux univers."

Faire dialoguer rationalité et pensée magique, il me semble que je ne fais que cela... 

Et Denon alors, me direz-vous ? Le reliquaire ? Ce sera pour la revoyure, avec un retour vers un autre pan d'Austerlitz, par le biais qui fut pour moi complètement inattendu d'un auteur libanais contemporain.

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* Georges Sebbag, qui me frappe par sa proximité phonétique avec Winfried-Georg Sebald.

** La lecture d'un article de la revue littéraire en ligne Diacritik, consacré à la jeune maison d'édition Anamosa, m'a fait découvrir la revue, papier celle-ci, Sensibilités, dont le titre du dernier numéro semestriel (que j'ai pu me procurer à la librairie Arcanes) est tout à fait en rapport avec mon motif principal. 



mercredi 17 mars 2021

D'un judas de Port-Royal

Je me suis aperçu que, depuis le 26 février, je ne parlais guère que de la mort, ou du moins était-elle omniprésente : de la mort de Joseph Ponthus à celle de Philippe Jaccottet (survenues le même jour), des ossements de Cid et de Chimène dans Burgos mise à sac par les troupes de Napoléon jusqu'à l'épisode dans Austerlitz de la petite fille du jardin du Luxembourg qui rappelle à Marie de Verneuil sa première entrevision de la mort. Et avant-hier encore, c'était la mort encore qui clôturait l'excellent  film noir de Jules Dassin, Du rififi chez les hommes, vu sur Arte. On dira avec raison que cela n'a rien d'exceptionnel dans un film noir, mais il y a un détail qui, en renvoyant à une période malheureuse de l'Histoire, faisait sens pour moi.

Résumons brièvement le film : Tony le Stéphanois (admirable Jean Servais) sort de cinq ans de prison, tuberculeux et mélancolique. Avec son ami Jo le Suédois et deux autres comparses, il monte le cambriolage audacieux d'une bijouterie (reprenant le coup du parapluie de Marius Jacob*, l'Arsène Lupin anarchiste qui finira ses jours marchand forain dans l'Indre). Malgré le succès de l'opération, une autre bande, affranchie par une maladresse de César, l'Italien perceur de coffres (joué par Dassin lui-même), kidnappe Tonio le fils de Jo et exige le butin en échange. Tout cela finit très mal, dans une villa en construction de Saint-Rémy-lès-Chevreuse.

Au départ de cette séquence, il y a cette rencontre entre Tony et son ex-compagne Mado les Grands Bras, qui l'avait abandonné pour Pierre Grutter, le gérant de boîte de nuit qui a kidnappé le fils de Jo. Elle se fait pardonner en quelque sorte en fournissant à Tony le moyen de retrouver la villa où l'enfant est détenu. Cette retrouvaille se déroule devant la station de Port-Royal, sur la ligne de Sceaux, ainsi nommée car à proximité de l'abbaye de Port-Royal, laquelle fut fondée au XVIe siècle pour décongestionner la maison-mère située en l'abbaye de Port-Royal des Champs, au cœur de la vallée de Chevreuse.**

On se souvient peut-être que j'ai parlé ici de l'abbaye de Port-Royal à propos de L'or du temps, le récit de François Sureau. Retrouver ce fil janséniste m'a ému d'autant plus que je venais récemment de recevoir (et de lire dans la foulée) le petit opus de Pascal Quignard, Sur l'idée d'une communauté de solitaires, dont le premier texte s'intitule Les Ruines de Port-Royal, texte d'une conférence donnée deux fois en 2012, ponctuée de pièces musicales dont O Solitude, a ground, d'Henry Purcell :


"Le propre de Port-Royal pour moi, écrit Quignard, c'est l'invention passionnante - même si elle est difficilement concevable pour l'esprit - d'une communauté de solitaires."

"Le mot de "solitaire", au sens que leur donnaient les Jansénistes, est finalement aussi beau qu'il est énigmatique. Les "solitaires" désignaient des hommes de la société civile, aristocrates ou riches bourgeois, qui optaient pour les mœurs des couvents (ses abstinences, ses silences, ses austérités, ses veilles, ses tâches, ses lectures) mais qui refusaient de s'y lier par des voeux. [...] Ils quittaient la cour pour franchir vingt kilomètres et se retrouver dans un bois.
Ils ne se guidaient sur aucune règle extérieure, n'obéissaient à personne, jaloux seulement de leur retrait du monde. [...] Ils étudiaient. Ils ne tutoyaient personne. Ni Dieu, ni les enfants, ni les pauvres, ni les bêtes. Ils saluaient les corneilles, admiraient leurs becs durs et noirs et caressaient les chats.
En 1678 les derniers solitaires furent contraints de quitter la ferme des Granges sous peine d'incarcération ou de bûcher. En 1711 Port Royal fut rasée sur l'ordre du roi Louis XIV en sorte qu'il "n'y restât pas pierre sur pierre". Puis, à la fin de l'automne, alors que le froid était très vif, que la terre était couverte de neige, les tombes furent ouvertes. Les chiens affamés, les corbeaux, les corneilles, les souriceaux des champs dévoraient ce qui restait de chair sur les os des saints qui étaient morts. Ils dévorèrent Racine. Ils dévorèrent Monsieur Hamon qui avait été son maître."

Et c'est encore une histoire d'ossements qu'on transporte, qu'on profane, qui se déroule avec les os nus des Solitaires qu'on va jeter à la fosse commune de la paroisse voisine de Saint Lambert où Quignard  raconte qu'il enregistra, toute une nuit durant, avec Montserrat Figueras et Jordi Savall, la musique sur laquelle il avait composé un petit livre, et entre autres les Leçons de Ténèbres pour le mercredy de François Couperin.  


Port-Royal m'est aussi apparue à la fin de la biographie de George Sebbag consacrée à André Breton, André Breton, 1713-1966, Des siècles boules de neige. Sebbag raconte que Breton confectionna en 1941, à New York, un poème-objet intitulé Portrait de l’acteur A. B. dans son rôle mémorable de l’an de grâce 1713. :

"Ce tableau-collage, qui est composé d’objets, de phrases et d’images, forme un dispositif qui enserre des durées survenues en 1713. Le collagiste a projeté un faisceau de durées propres à l’histoire européenne. Tout spécialement, il retient des événements de 1713, la naissance de Diderot et de Vaucanson, le mariage du mathématicien aveugle Saunderson, inventeur d’une machine à calculer décrite par Diderot dans la Lettre sur les aveugles. Il évoque aussi la paix d’Utrecht et la bulle Unigenitus du pape Clément XI, qui consacre le triomphe des jésuites sur les jansénistes. L’abbaye de Port-Royal est détruite. Breton traite Clément XI de vieux chien car il a porté ombrage à Pascal et à Racine." (Georges Sebbag, site Philosophie et surréalisme)

Ce collage de Breton, que je découvre pour la première fois, m'évoque furieusement, avec ses différentes petites cases, le reliquaire de Vivant Denon. 


 Je n'en ai pas terminé avec la mort, j'en ai peur.

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* Marius Jacob, avec sa bande dite des "Travailleurs de la nuit" a pratiqué entre 150 et 500 cambriolages (la fourchette est conséquente) entre 1900 et 1903. "L'une de ces créations notoires, rapporte la notice de Wikipedia, est celle du « coup du parapluie » : un trou est pratiqué dans le plancher de l'appartement du dessus. Un parapluie fermé est ensuite glissé dans l’ouverture puis ouvert par un système de ficelles afin de récupérer les gravats lorsque ses complices agrandissent le passage. Évitant ainsi le bruit de leur chute. Il lui arriva de refermer les portes par un de ses mécanismes de ficelles et de morceaux de bois, de manière à faire croire qu'il était toujours à l'intérieur ; il assista une fois de la terrasse d'un café à un assaut en règle donné à une maison pillée dans la nuit." Il se suicida à Reuilly l'année même du tournage du Rififi chez les hommes.

Photographie d'identité judiciaire de Marius Jacob, 1903.

** Une autre scène a été tournée au carrefour de Port-Royal :


mardi 9 mars 2021

Conjuguer tous les temps du verbe : "J'assassine"

"L'un de mes amis s'inquiète encore : tu rêves, me dit-il ; regarde autour de toi, rien ne justifie pareil optimisme. je lui réponds que vouloir aller vers le Bien ne signifie pas que l'on soit optimiste. Je vois au contraire l'avenir en noir. Je pressens l'horreur à venir, pareille à celle que les armées de Napoléon ont répandu en Espagne."

Jean-François Billeter, Le propre du sujet, Allia, 2021, p. 42.

Je ne m'attendais certainement pas à entendre parler de Napoléon en lisant le dernier petit livre du sinologue Jean-François Billeter, que j'affectionne particulièrement. L'Empereur n'est pas au cœur de son sujet, mais il se trouve que cela entre en rapport avec ma thématique de l'heure. Il n'est que de lire les mémoires du général Thiébault, cinq tomes disponibles sur Gallica, et en particulier le volume quatre, pour  avoir une illustration sans fard des atrocités perpétrées par les armées françaises. En 1809, Thiébault entre à Burgos  qui est alors sous la coupe du général Darmagnac : " (...) il y avait soixante jours que ce Darmagnac commandait à Burgos, et depuis soixante jours le pillage et la dévastation duraient avec une frénésie dont il est impossible de se faire une idée. Le désespoir et la rage transportaient les habitants, et le manque de tout, voire même la disette, multipliaient les épidémies qui dévoraient nos troupes. La ville faisait horreur, les campagnes faisaient pitié. Au lieu de s'entendre, on se tuait, et paysans et soldats pouvaient conjuguer tous les temps du verbe : "J'assassine"." Thiébault lui-même est révolté, ainsi que ses aides de camp, et alors qu'il s'apprête à partir le lendemain matin, et à quitter cette ville, "théâtre de toutes les abominations", il reçoit un message l'informant à mots couverts qu'il est appelé à remplacer ce Darmagnac qui, écrit-il, "s'il laissait tout à faire sous le rapport du bien, avait tout consommé sous le rapport du mal." Il devient donc gouverneur de la Vieille-Castille.


Il parcourt alors la ville et constate l'horreur de la situation dans les rues, les prisons, les hôpitaux : "Près de cinq mille isolés, ou soi-disant convalescents, mais presque tous malades, croupissaient sous une position pire sous quelques rapports ; car, ce qui ne m'est arrivé que cette fois dans ma vie, à moi qui n'étais ni délicat ni facile à rebuter, le méphitisme d'un de ces dépôts, qu'en ma présence je fis vider en trois heures, était tel que, malgré tous mes efforts, il me fut impossible d'y pénétrer." Il n'aura de cesse de rétablir une administration rationnelle et de pourfendre tout acte de pillage et de corruption. Il rétablit la justice, fait distribuer de la soupe aux plus démunis et s'efforce par tous les moyens de gagner la confiance de la population. C'est ainsi qu'il est amené à se pencher sur le pillage du couvent qui abritait les restes du Cid et de Chimène : 

Il se rend lui-même au couvent profané et fait rassembler les restes épars dans un linceul, qu'il place "pour toute sûreté", sous son lit. "Un grand nombre désirèrent les voir, ajoute-t-il, ils ne furent montrés que par moi ; beaucoup m'en demandèrent des parcelles ; je n'en donnai qu'à ce bon M. Denon, qui, à cette époque, passa à Burgos, et l'exception fut complète à ce point que je n'en pris pas même un fragment pour moi." 

Il est assez étonnant de voir passer, comme par hasard, Vivant Denon à Burgos, juste au moment où Thiébault récupère les os du Cid et de Chimène. Thiébault ne parle pas davantage de Denon, et surtout il ne mentionne pas un moment spécifique où Denon aurait replacé les ossements du couple mythique dans un tombeau, ainsi que le représente Alexandre-Evariste Fragonard. Et l'on peut penser - Fragonard ayant été un protégé de Denon -, que ce tableau a été réalisé pour complaire à celui-ci.

Un autre peintre a aussi représenté le même événement : Adolphe Roehn.

Vivant Denon remettant dans leur tombeau les restes du Cid et de Chimène, 1809. (Musée du Loivre)

Adolphe Eugène Gabriel Roehn est né la même année que Alexandre-Evariste Fragonard, le à Paris. C'est une sorte de jumeau pictural. Dans son œuvre, largement consacrée à la geste napoléonienne, on retrouve un autre tableau en commun avec le fils de Jean-Honoré. Il s'agit de Boissy d'Anglas saluant la tête du député Féraud :

Alexandre-Evariste Fragonard, 1831, Musée du Louvre

Adolphe Roehn, 1830, Musée des Beaux-Arts de Tarbes

De fait, je découvre que de nombreux autres peintres ont donné leur version de cette scène violente, qui avait vu, le 1er prairial, 20 mai 1795, les ouvriers affamés des faubourgs envahir l’Assemblée et décapiter le député Féraud qui tentait de s’interposer. Ils forcèrent Boissy d’Anglas, président de la Convention, à saluer la tête de son collègue portée au bout d’une pique. 

Sans doute me suis-je beaucoup éloigné de Sebald, à l'origine de cette digression, mais en même temps ce détour nous ramène presque au point de départ, aux désastres de la guerre, à Napoléon dont on a vu qu'il était filigrané dans Austerlitz. Pour en terminer pour aujourd'hui, bouclons aussi la boucle sur la citation liminaire : pourquoi Jean-François Billeter, évoquant l'horreur qu'il pressent venir prend-il comme exemple Napoléon, et non, par exemple, un des génocides du XXème siècle ? "Je cite celle-là, dit-il, parce que Goya nous en a donné une idée." Encore une fois c'est la peinture qui va donner la mesure de la catastrophe :

"Ses eaux-fortes sont une expression plus puissante que tous les témoignages oraux ou écrits, photographiques ou filmés, que l'on puisse produire sur le malheur parce que chacune est une vision. Goya a mis sous chacune d'elles une légende - un mot ou une phrase. Elles sont de ce fait l'expression d'une intégration aboutie qui les rend vraies, et par là mémorables à un degré qu'aucun autre moyen ne permet d'atteindre. Elles sont en outre vraies parce qu'elles montrent les souffrances - ou les vertus - de personnes particulières. Mais je doute qu'un autre Goya, s'il doit y en avoir un, survive à la catastrophe qui menace et qu'il y ait encore quelqu'un pour voir ses œuvres."(p. 43)

Duel au bâton, 1820-1823, Francisco de Goya (Madrid, Museo del Prado).

 

lundi 8 mars 2021

Des ossements du Cid et de Chimène

Revenons sur cette erreur de Sebald qui confond dans Austerlitz l'anatomiste Honoré Fragonard et le peintre Alexandre-Evariste Fragonard, neveu du précédent, fils du célèbre Jean-Honoré Fragonard. Je m'interrogeai sur le caractère volontaire ou non de l'erreur (il faut toujours se méfier avec Sebald). Quoi qu'il en soit, je suis allé faire un tour sur la biographie de cet Alexandre-Evariste, et tout d'abord sur sa notice wikipédienne. J'y appris qu'il naquit à Grasse le 26 octobre 1780 (fête de saint Évariste, cinquième pape de Rome, d'où le prénom) et mourut le 11 novembre 1750 à Paris (jour de la très populaire fête de la saint Martin). Il étudie la peinture auprès de son père et de Jacques-Louis David, et atteint très vite un niveau de maîtrise impressionnant, aussi une exposition qui lui fut récemment consacrée au musée d'Angoulême, fut-elle sous-titrée le fils prodige. Sculpteur, dessinateur, peintre prolifique, il laissa plus de 400 tableaux et des milliers de dessins et croquis.


Et parmi toutes ces œuvres, dont certaines sont répertoriées par Wikipedia, je fus assez saisi de trouver celle-ci, Vivant Denon replaçant dans leur tombeau les restes du Cid et de Chimène, daté de 1809 et visible au Musée Antoine-Lécuyer de Saint-Quentin.


Cette image est extraite d'une conférence donnée à Angoulême par Rebecca Duffeix, commissaire de l'exposition. Elle a attiré mon attention à cause bien sûr du personnage qui est ici représenté, Vivant Denon, que j'ai été conduit à ré-évoquer récemment, le 19 février, dans la chronique L'avare a toujours peur des cadeaux, et le 14 février, dans Je cherche l'or du temps, avec cet étrange reliquaire - conservé ici à Châteauroux au Musée-Hôtel Bertrand -, que le fondateur du Louvre confectionna avec des reliques profanes, dont des fragments d'os du Cid et de Chimène (une côte et une omoplate) qui étaient à l'origine dans le mausolée du monastère de San Pedro de Cardeña. La légende du dessin est une escroquerie partielle, car Denon, s'il replaça peut-être quelques ossements du Cid et de Chimène, s'en garda une partie pour lui : la sépulture du héros avait été pillée par les troupes de Napoléon en 1808, ce qui reste encore en travers de la gorge de nos amis espagnols, comme en témoigne cet article du journal ABC du 7 juillet 2019, où nous trouvons d'ailleurs reproduit le dessin de Fragonard :

Heureusement un certain général Thiébault, grand admirateur du Cid, aurait fait rassembler les restes de Chimène et du Cid pour les transporter solennellement à Burgos, où les aurait accueilli un tombeau provisoire situé sur la Promenade de l'Espolón.  Roland Narboux, sur le site Encyclopédie-Bourges, avance l'idée qu'une partie des ossements a trouvé domicile en Berry, à Châteauroux et à Bourges. Il cite une lettre d'une habitante de Burgos, Ana Fernandez :

"Quant aux os contenus dans le reliquaire, d'après nos recherches il pourrait s'agir de fragments donnés par le Général Thiébault à Denon, comme il le dit dans ses mémoires, probablement en mars 1809. Le 1er mars 1809 le général s'est rendu au couvent de San Pedro de Cardeña" et a respectueusement recueilli les ossements du Cid et de Chimène qu'il avait retrouvés par terre, il les a mis dans un linceul et il les a transportés dans son logement, sous son lit, pour être sûr que personne n'y toucherait plus. Il dit " beaucoup m'en demandèrent des parcelles; je n'en donnai qu'à ce bon de Denon, qui, à cette époque passa par Burgos, et l'exception fut complète à ce point que je n'en pris pas même un fragment pour moi". Puis Thiébault a fait construire le monument au centre de la ville et y a enfermé les ossements."

 Bon, j'ai trouvé ces fameux Mémoires sur Gallica. J'y vais jeter un oeil.

vendredi 19 février 2021

L' avare a toujours peur des cadeaux

 "Si Dieu existait, il serait une bibliothèque" (Umberto Eco)

Les bibliothèques encore. Hier, j'ai cité Cixous annonçant que son séminaire allait faire "des haltes assez longues dans ce texte absolument extraordinaire qu'est Albertine disparue." Or, en regard de cette page 25, la page 24 évoque ce moment, déjà annoncé dans l'extrait de Tours promises (2004) reproduit dans l'article du 9 février, Les bibliothèques ne sont pas des lieux, ce sont des corps, où elle emporte à la Bibliothèque nationale une grande partie de ses archives personnelles :

"(...) pour des raisons anecdotiques, parce que je me suis trouvée dans le cas de porter mes paperasses vers la Bibliothèque nationale, s'est tout à coup passé chez moi quelque chose d'absolument anormal - je pourrais être balzacienne dans ce domaine et écrire un récit, qui serait terrifiant - et qui concerne les caisses mortes, ou plutôt dormantes et dormeuses, qui sont par exemple des caisses de vin ou des cartons quelconques, tout ce qu'il y a de plus banal ou quotidien, dans lesquelles j'ai pendant des années jeté des restes de tous ordres en provenance de la navette du vivant. Cela va du plus banal au plus intime : aussi bien des carnets de chèques que des traces de manuscrit, ou de la correspondance  telle qu'elle traverse notre existence (...). Du coup, ces cartons qui étaient inoffensifs et qui dormaient sont devenus très offensants et très offensifs, comme une maladie qui aurait été latente et qui se mettrait brusquement à s'animer, à se réactiver, à puruler. Ces choses avec lesquelles jamais je n'aurais dû être en contact de mon vivant sont revenues, ou plutôt viennent de force, car je ne peux pas les laisser partir sans y avoir jeté un coup d’œil, pour la bonne raison qu'il y a des choses là-dedans qui ne doivent pas, qui ne peuvent pas être livrées à une publication. Et donc, par un accident incroyable, je suis confrontée - et c'est une confrontation extrêmement violente - avec ce que j'avais oublié. Ce sont des caisses pleines d'oubli ; et si je les avais oubliées, c'est que j'avais mes raisons. L'oubli a une fonction de survie : si on n'oubliait pas, on mourrait. Je ne dis pas qu'il faut tout oublier, mais l'oubliement est une fonction vitale, salutaire ; on enfouit par besoin de vivre."

Cette violence éclate aussi dans le passage de Pascal Quignard, d'où était tiré le titre de la chronique du 9 février. J'ai retrouvé le texte complet dans le volume Folio des Petits traités I, acheté à La Châtre le 15 septembre 1997, et sans doute jamais vraiment lu, parcouru plutôt de façon erratique puisque je vois encore ici et là quelques soulignements. Il s'agit du XIe traité, intitulé justement La Bibliothèque, et qui se présente comme la version remaniée d'un entretien qui eut lieu le lundi 19 décembre 1977 entre Georges Perec, Benoît Anelisseau et Pascal Quignard, et parue dans L'Humidité, en mai 1978, aux côtés de Notes brèves sur l'art et la manière de ranger ses livres de Georges Perec (repris dans Penser/Classer, Hachette, 1985, pp. 31-42).

A l'affirmation liminale de Benoît Anelisseau - Ainsi vivez-vous dans la bibliothèque. Vous vivez d'elle. - Quignard répond immédiatement que son interlocuteur a tort et que s'il aime beaucoup lire, il aime très peu les bibliothèques : "Comment "vivre" en effet, proteste-t-il, dans  un lieu consacré à la conservation de la mort mais dont l'une des fonctions de nos jours de plus en plus souvent mise en avant consiste moins à nettoyer les tombes qu'à les ouvrir, consiste moins à ménager, à réserver la mort, à contenir ses effets, qu'à assurer sa contagion, sa communication ?" Il dit encore plus loin que l'on ne vit pas "dans " la bibliothèque de la façon convenue et secondaire où Anelisseau paraissait l'entendre, mais "d'une manière fondamentale, autant que nous parlons et que cette puissance de la langue en nous nous fonde, et qu'elle nous constitue." Et il poursuit ainsi, d'une manière qui n'est pas sans rappeler la machine de la Colonie pénitentiaire de Kafka, qui inscrivait la sentence sur la chair même du condamné : "Ce sont des corps vivants qui enregistrent ces marques. Les entrepôts ce sont nos chairs et nos boulimies de symptômes. Leur histoire : c'est cette écriture sur nous."

Violence encore à l’œuvre dans la genèse de ces bibliothèques, dont Quignard rappelle qu'elles "sont toujours nées de pillages, confiscations, transferts de trésors, d'hommes, de pouvoirs, de dominations, de narcissismes, de soupçons et de censures, d'apparats et de louanges, de gestes somptuaires et de proclamations d'interdits." Ce qui me rappelle aussi ce qu'écrivait Arnauld Le Brusq dans Monuments, (ce curieux livre échoué dans les bacs de Noz, et que j'avais acquis en premier lieu parce qu'il vagabondait à travers les tombes du Père Lachaise, dont j'avais rencontré peu de temps auparavant l'un des fidèles arpenteurs), au sujet du Louvre : " Vivant Denon voulut construire le plus beau musée de l’univers. Mais au fond du musée se cache toujours le butin de la horde. Il le vit fondre, le plus beau musée de l’univers le long de la Grande Galerie comme fondit la chair de la Grande Armée aux quatre coins de l’Europe. Aujourd’hui se retrouve encore parfois, dans le sable, du côté de Vilnius, les os blanchis de cette Grande Armée, irradiant de la beauté des vieilles choses guerrières à la manière d’un tableau de l’impossible peintre allemand Anselm Kiefer. Car le goût de l’immortalité ressemble au fond de la gorge à celui du pillage. Recommencer."


Je n'irai pas plus loin dans l'exploration du texte de Quignard, au demeurant ardu et complexe, et voudrais juste en pointer un autre extrait assez étonnant, car c'est l'art aussi de l'écrivain de soulever des pans insoupçonnés d'histoire de la langue, ainsi de l'évocation qu'il fait des "cadeaux". "Quels sont ces cadeaux ? "demande Anelisseau. Et Quignard de répondre :

"Des dons, c'est-à-dire des machines de guerre portées à détruire ceux qui les reçoivent. Cadeau n'a longtemps voulu dire que la lettre capitale ouvrant la page du manuscrit. C'est la lettre cadelée, c'est l'espace de l'enluminure. Nous nous sommes "offerts" à la langue. Notre corps est ce "cadeau" que les livres nous font. Il nous revient des livres : contre-don de l'échange de notre corps sacrifié à la langue. Aussi bien les lettres initiales des vieux manuscrits, ou plus récemment les lettres typographiques ou les vignettes ouvrant les chapitres des romans ont-elles enfermé bien souvent dans leur sein, d'une même façon, un corps, que la lettre mange, qu'elle torture pour le plier à ses fins, à sa "forme", à son "sens"."

En effet, le mot cadeau est emprunté (1416) à l'ancien provençal capdet "personnage placé en tête, capitaine", lui-même issu du latin capitellum qui signifie proprement "petite tête, extrémité" et qui a donné chapiteau, diminutif de caput "tête" (-> chef) . On est en droit de penser, nous dit le Dictionnaire historique de la langue française, qu'en ancien provençal, le mot désignait déjà une grande initiale ornementale (comprenant souvent une tête de personnage) placée en tête d'un alinéa.

Au XVIIème, le sens s'est déplacé : "d'après l'ornementation raffinée et luxueuse des lettres initiales, cadeau a désigné en langue classique une fête galante avec musique et banquet, offerte à une dame (1656) sens déjà décrit comme "vieilli" par Furetière en 1690. On est passé, selon Ménage, qui ne signale pas le sens de "don", des "paragraphes que font les Maîtres à écrire autour des exemples qu'ils donnent à leurs Écoliers" à faire des cadeaux "faire des choses spécieuses et inutiles". De là, par extension, le mot a pris son sens actuel de " ce qu'on offre à quelqu'un en hommage pour lui faire plaisir (1669, cadeau nuptial), entrant en concurrence avec don et présent dans le langage usuel."

 

Lettre cadelée sur un manuscrit latin (Wikipedia) 

Pour en revenir une dernière fois à Quignard, on voit bien ce qu'il doit, même s'il ne le cite pas, à l'Essai sur le don, de Marcel Mauss, qui montra pour la première fois la complexité du système d'échange de cadeaux dans les sociétés traditionnelles, les obligations de donner et de rendre, don et contre-don (en anglais, maussian gift), que l'anthropologue illustre dès l'épigraphe de son introduction à travers quelques strophes de l'Havamál, l'un des vieux poèmes de l'Edda scandinave :

44 Tu le sais, si tu as un ami
    en qui tu as confiance
    et si tu veux obtenir un bon résultat,
    il faut mêler ton âme à la sienne
    et échanger les cadeaux
    et lui rendre souvent visite.


44 Mais si tu en as un autre
    de qui tu te défies
    et si tu veux arriver à un bon résultat,
    il faut lui dire de belles paroles
    mais avoir des pensées fausses
    et rendre dol pour mensonge.
 

46 Il en est ainsi de celui
    en qui tu n'as pas confiance
    et dont tu suspectes les sentiments,
    il faut lui sourire
    mais parler contre cœur
    les cadeaux rendus doivent être semblables aux cadeaux reçus.

48 Les hommes généreux et valeureux
     ont la meilleure vie ;
    ils n'ont point de crainte.
    Mais un poltron a peur de tout ;
    l'avare a toujours peur des cadeaux.

 

 

dimanche 14 février 2021

Je cherche l'or du temps

Reprenons place au côté de Jacques Austerlitz, dans une des salles de la Bibliothèque nationale "emplie de légers bourdonnements, bruissements, toussotements", où il se demande s'il se trouve "sur l'île des Bienheureux ou au contraire dans une colonie pénitentiaire", une question, précise-t-il immédiatement, qui lui "trottait aussi par la tête en ce jour, qui m'est resté particulièrement en mémoire, où, de la place que j'occupais au première étage dans la salle des documents et manuscrits, j'ai contemplé pendant une heure peut-être la rangée des hautes fenêtres du bâtiment d'en face, où se reflétaient les ardoises noires du toit, les étroites cheminées de brique rouge, le bleu glacé du ciel étincelant et la girouette rutilante de fer-blanc découpée en forme d'hirondelle s’élançant bleue dans le ciel d'azur. Les reflets dans les vitres anciennes étaient légèrement déformées ou brouillés et, dit Austerlitz, je me rappelle qu'en les voyant, pour une raison que j'ignore, les larmes me vinrent aux yeux." (p. 355)

Cette contemplation interminable, ces larmes soudaines et inexpliquées, sont autant de symptômes de l'état dépressif du personnage. Précisons que les îles des Bienheureux (μακάρων νῆσοι / makárôn nễsoi ou îles Fortunées) sont, dans la mythologie grecque, un lieu des Enfers où les âmes vertueuses goûtaient un repos parfait après leur mort. Ptolémée, les plaçant dans sa Géographie à la limite ouest du monde habité (on les identifie classiquement aux îles Canaries ou aux îles du Cap Vert), y fait passer le méridien zéro. La contemplation est par ailleurs l'unique activité de ces heureux élus. Quant à la colonie pénitentiaire, elle ne peut manquer de nous évoquer  la nouvelle de Kafka, parue à l'octobre 1919, où un voyageur anonyme est invité à assister à une exécution publique, laquelle est réalisée avec une machine complexe, vrai engin de torture élaboré par le défunt commandant de l'île, dont l'une des fonctions est d'inscrire dans la chair même du condamné le motif de la punition. La colonie est également située sur une île tropicale éloignée. 

Jean-Claude Pardou, dessin pour « La colonie pénitentiaire » de Franz Kafka aux éditions du Bourdaric

Austerlitz signale ensuite que "c'est au demeurant ce jour-là" qu'une certaine Marie de Verneuil, qui travaillait comme lui au département des manuscrits, lui fait passer un petit papier où elle l'invite à venir boire un café. Il accepte aussitôt et la suit, "presque docilement", note-t-il, jusqu'au Palais-Royal, "où nous sommes longuement restés assis sous les arcades, tout près d'une vitrine où, se souvient-il, étaient exposés des centaines et des centaines de soldats de plomb en uniformes chamarrés de l'armée napoléonienne, disposés en ordre de marche et en formations pour la bataille."

Ce Palais-Royal est le lieu d'un hasard objectif. Il se trouve que la semaine dernière j'ai rapporté de la médiathèque, outre les albums de Marc-Antoine Mathieu, le récit de François Sureau, L'or du temps. J'avais apprécié naguère son Tract sur la défense de la liberté, sa verve d'avocat sur quelques plateaux télévisés, et le titre inspiré de l'épitaphe gravé sur la tombe d'André Breton, au cimetière des Batignolles : Je cherche l'or du temps, avait fini de me convaincre d'emprunter ce lourd volume de plus de huit cent pages. En vérité, la célèbre phrase est issue de la première page de l’Introduction au discours sur le peu de réalité, un texte écrit, de fin 1924 à janvier 1925, dans le prolongement direct du Manifeste du surréalisme.

Je dois dire ma perplexité vis-à-vis du livre de Sureau : auteur de pages éblouissantes, possesseur d'une érudition étourdissante*, il n'en reste pas moins que son livre profus vous reste un chouïa en travers de la gorge. Il n'a guère le souci du lecteur et vous accable de références dont beaucoup vous demeurent opaques. Pourtant j'avais aimé l'incipit, qui laissait penser à quelque vagabondage fluviatile où d'emblée s'imposait cette idée de secret que je ne cessais alors de croiser (et dont nous avons vu que la dernière occurrence était à la fin du commentaire du film de Resnais), : "La Seine est le fleuve sur le bord duquel j'aurai passé l'essentiel de ma vie. Je me suis aperçu très tard que cette mince coulée grise et verte formait le centre d'un territoire réel et imaginaire dont je n'avais jamais cessé de vouloir déchiffrer le secret."  Mais j'éprouvai ensuite une sorte de déception : la Seine n'était qu'un prétexte, on ne la voyait pas pour ainsi dire, et ce récit est donc à mille lieues des vrais voyages au long cours, où revivent marches, villes, villages et paysages, qu'il s'agisse du fabuleux Danube de Claudio Magris, ou, plus récemment, du Remonter la Marne de Jean-Paul Kauffmann ou d'Intervalles de Loire de Michel Jullien. Toute la place est donnée aux personnages historiques, et la géographie y est totalement secondaire**. 

S'ajoute à cela la présence d'un "étranger", Adam Bagramko, auteur d'un tableau, un triptyque soi-disant conservé au musée d'art de Seattle dans l’État de Washington, et dont le titre est Ma source la Seine. La partie gauche représente une île, "dessinée comme dans une carte de Stevenson, entourée non pas d'eau, mais d'une épaisse forêt. (...) Au centre de l'île on finit par distinguer une minuscule photographie. Elle représente une de ces plaques en ébonite qu'on voit sur certains immeubles parisiens. En haut, une main à l'index pointé pour indiquer une direction. Sous la main, on peut lire : "Qui ouvre la porte de ma chambre funéraire ? J'avais dit que personne n'entrât. Qui que vous soyez, éloignez-vous." Cette plaque est restée longtemps sous la voûte du 7 rue du Faubourg-Montmartre, avant la porte-tambour du bouillon Duval, au pied de la petite chambre où est mort, le 24 novembre 1870, Isidore Ducasse, comte de Lautréamont, qui figurait en bonne place dans le panthéon de Breton et des surréalistes. La plaque a disparu aujourd'hui, "en raison, indique le concierge, d'une décision de l'assemblée des copropriétaires." (p. 20)

Tarot de Marseille des surréalistes

"La partie droite, poursuit François Sureau, présente un caractère prémonitoire, puisque le tableau date de 1938. Dessinée à grands coups de pinceau bleu, la statue de la Liberté de l'île des Cygnes [encore une île, soit dit en passant] s'élève sur un fleuve jonché de feuilles mortes. Et tout autour du carré sont collés les tarots d'un jeu du XIXe siècle. Or, en juin 1940, Bagramko devait s'embarquer pour New York, après avoir attendu un bateau à Marseille où fut composé par Breton et quelques amis le jeu désormais célèbre des "Tarots de Marseille.***" C'est du Havre qu'il s'embarque pour finir."

Ce Bagramko, ainsi qu'un certain Grigoriev, ami du premier, on ne les cessera plus de les croiser tout au long du livre. Or, le doute s'installe petit à petit et l'on subodore que ces deux acolytes ne sont qu'invention de l'auteur, malgré le luxe de détails dont il agrémente ces descriptions. La recherche googlisante conduit vers Bagramko mais il est toujours associé à Sureau et à son récit. A Seattle, pas plus qu'au Musée d'Art de Vancouver qui aurait recueilli la majorité de son œuvre, on ne trouve trace de Bagramko. Cette gentille mystification, qui eût été délicieuse sur un écrit aux dimensions d'une nouvelle, devient franchement pesante - du moins l'ai-je éprouvé personnellement comme telle - sur la longueur d'un tel ouvrage. Et j'ai fini, je l'avoue, par parcourir à la vitesse d'un fleuve en crue les 400 dernières pages de L'or du temps.

Il reste que ce récit recèle quelques pépites, et qu'il n'a pas usurpé son titre bretonien, car il fut le lieu, je l'ai dit, de plusieurs de ces hasards objectifs chers au poète.  François Sureau, au cours de son évocation de l'abbaye de Port-Royal et de la persécution dont elle fût l'objet, parle d'une porte de forme ottomane percé dans le fond du mur de clôture. On y distribuait de la soupe et du pain, de l'argent aussi peut-être. Après avoir cité Racine, auteur de "l’Abrégé de l’histoire de Port-Royal", "le plus beau texte en prose du XVIIe siècle, assure-t-il, par son effacement, sa transparence inquiète et ferme, et la clarté intérieure qui s'en dégage", il écrit : "Dans ce "siècle des saints", on n'aura pas opposé la charité et la justice, se fiant à ce qu'en disait le maître de Nazareth : "Il y aura toujours des pauvres parmi vous.""

Or, ce 10 février, je venais tout juste de commencer à écouter la Passion Selon Saint Matthieu de Jean-Sébastien Bach, déniché dans le magasin Emmaüs. Et dans le récitatif, huitième pièce de la première partie de la Passion Selon Saint Matthieu, Jésus parle et dit : "Il y aura toujours des pauvres parmi vous, mais moi, vous ne m'aurez pas toujours." Cette parole christique, dont je ne me souvenais pas avoir eu connaissance avant cette date, s'était donc présentée par deux fois la même journée. 

Mais ce n'est qu'aujourd'hui que je m'avisai, comme pour étayer ma conviction intime, que sous la citation liminaire d'André Breton, il y avait un passage de l’Évangile selon Saint Matthieu :


Je ne me suis éloigné de Sebald qu'en apparence, et de Port-Royal je vais repasser au Palais-Royal où Austerlitz retrouve Marie de Verneuil. François Sureau décrit lui aussi le lieu à partir de sa page 265. La première phrase ne nous étonnera pas : Le Palais-Royal est une île.

"On peut s'y retirer  hors du pouvoir des heures, de l'illusion du temps. C'est une Atlantide et l'hôtel de la Valnéry, la demeure mystérieuse de Leblanc, perdue dans les années. Lorsqu'on entre dans ce jardin au silence épais que les cris des rares enfants font à peine vibrer, on peut craindre de ne jamais en sortir. Un jardin pour grandes personnes, disait Colette qui y vécut.

L'immobilité du Palais-Royal n'est pas celle, taurine, solaire, métaphysique, des places de Chirico. Elle ne suscite pas davantage de  rêveries funèbres. Malgré les jouets, les décorations militaires, les soldats de plomb et les lourdes pipes de hussard débordant de la vitrine de l'Orientale, elle n'exhale aucun parfum de Mitteleuropa."

Cette description du Palais-Royal (où l'on retrouve les soldats de plomb de Sebald) comme une sorte de domaine échappant à l'emprise du temps trouve une résonance dans l'histoire que Marie de Verneuil confie à Austerlitz dans le café des arcades :)

"[…] elle me parla d’un moulin à papier sur la Charente qu’elle avait récemment visité avec un sien cousin et qui, dit-elle, dit Austerlitz, comptait au nombre des lieux les plus mystérieux qu’il lui avait jamais été donné de voir. L’énorme bâtiment construit en lambourdes de chêne et gémissant parfois sous son propre poids est à moitié dissimulé sous les arbres et les fourrés dans la boucle d’une rivière vert sombre, dit Marie. Deux frères qui maîtrisent parfaitement chaque geste de leur métier, et dont l’un louche d’un œil tandis que l’autre a une épaule plus haute que l’autre, s’affairent à l’intérieur pour transformer la pâte mouillée d’une mixture de chiffons et de vieux papiers en feuilles propres et vierges qu’ils mettent ensuite à sécher dans une grande aire située à l’étage au-dessus. Là-bas, dit Marie, on est entouré d’une pénombre silencieuse, on voit au travers des fentes des volets la lumière du jour, on entend l’eau buire à voix basse en passant la retenue, la roue qui tourne lentement, et l’on en vient à ne plus se souhaiter que de jouir d’une paix éternelle."[C'est moi qui souligne]

Je me demandais pourquoi cette allusion à la Charente. Ce n'est qu'après avoir lu une étude de Chantal Massol, Austerlitz : la prose fictionnelle de W. G. Sebald au miroir du roman de Balzac,  que j'en découvris les ressorts. Marie de Verneuil elle-même est un personnage balzacien, inspirée de la Marie-Nathalie de Verneuil, héroïne des Chouans. Elle apparaît, vers le milieu du livre, dans un décor de brume montante tout droit issu du roman de Balzac, dans un « lambeau de souvenir » (p. 164) : 

"À l’extérieur [de l’église de Salle, Norfolk], la brume blanche avait monté des prairies et en silence nous la regardions tous deux ramper sous le seuil du portail, nuée qui roulait ses volutes au ras du sol, recouvrait peu à peu toutes les dalles de pierre, s’épaississait et gonflait tellement que nous n’en émergions plus qu’à demi [...] (p.189)

"Pareille brume, précise en note Chantal Massol, envahit, chez Balzac, le paysage qui s’offre aux yeux de Marie depuis les hauteurs de Fougères : « […] par un phénomène assez fréquent dans ces fraîches contrées, des vapeurs s’étendirent en nappes, comblèrent les vallées, montèrent jusqu’aux plus hautes collines, ensevelirent ce riche bassin sous un manteau de neige » (Les Chouans, VIII, p. 1093). "Selon toute vraisemblance, poursuit-elle, c’est la place inaugurale des Chouans dans La Comédie humaine qui vaut à leur héroïne d’être invitée dans la prose sebaldienne. C’est ce que semblent nous dire, en tout cas, les transformations que subit, dans cette migration, ce personnage. Dès sa première rencontre avec Jacques, dans Austerlitz, Marie de Verneuil lui livre son « âme » à travers une histoire qui frappe son esprit (...). 

Il s'agit de l'histoire du moulin à papier sur la Charente, dont Chantal Massol pense qu'il "puise ses éléments, en les mêlant à ceux d’un conte (sans doute des frères Grimm), dans un autre roman de Balzac encore, Illusions perdues : moulin à papier sur la Charente, frères, eau verte et sombre de la rivière..." 

Cette perspective balzacienne ouvre des horizons prodigieux, qui réclament des développements auxquels je ne puis pour l'instant sacrifier. Je préfère terminer sur cette image de la Charente qui me vint alors que je lisais son nom dans Austerlitz : c'était celle de la rivière étirant ses méandres dans le parc de la maison de Maria Casarès, à Alloue. **** Ce souvenir est indissociable de ma sœur Marie, qui me fit, avec son mari Emmanuel, connaître pour la première fois ce lieu magique. C'est à elle, trop tôt disparue, que je pense ce soir.

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* Érudition que je n'ai pris qu'une seule fois en défaut, lors de son évocation de Vivant Denon, l'écrivain et dessinateur qui accompagna Bonaparte en Egypte, et qui devint le maître d'oeuvre de la monumentale Description de l'Egypte. Sureau rapporte, page 770, que Denon, "qui fut un temps réputé être le possesseur de la tête naturalisée de Charlotte Corday, " aimait à composer d'étranges reliquaires. Il y rassemblait, écrit-il, les restes mortuaires, authentiques ou non, de personnages illustres, fragments d'os de la Fontaine, d'Héloïse, d'Abélard, du Cid et de Chimène, morceaux de la moustache d'Henri IV, mèches de Desaix, dent de Voltaire. Une description qui fait peur en est donnée par le catalogue de la vente posthume de ses biens en 1826. Je ne sais pas ce que le funeste objet est devenu." Disant cela, et parlant au singulier, il faut donc se résigner à ce qu'il n'existe qu'un seul étrange reliquaire. Or, cher François Sureau, ce reliquaire se trouve au Musée-Hôtel Bertrand de Châteauroux. J'ai consacré autrefois plusieurs articles à cet objet fascinant.

** Il faut dire que l'auteur lui-même écrit que "la Seine n'est rien, un fleuve assez provincial auquel ses berges, ses villes, ses écrivains et ses peintres tournent le plus souvent le dos, et qui n'apporte rien d'autre que l'occasion de rêver à de grands voyages ultramarins."(p. 18)

*** J'ai évoqué ce jeu de Tarot des surréalistes dans un article du 26 octobre 2018, Varian Fry et André Breton.

**** La grande comédienne avait acquis ce domaine agricole de La Vergne, autrefois fortifié, après la mort d'Albert Camus en 1960. À sa mort en 1996, elle lègue son domaine à la commune d’Alloue pour remercier la France d’avoir été une terre d’asile pour elle et sa famille. Véronique Charrier, ancienne directrice adjointe du festival d’Avignon, crée en 1999 l'Association « La maison du comédien Maria Casarès » présidée par le comédien François Marthouret. Les communs aujourd’hui réhabilités en studios sont habités par les résidents accueillis en création et l’ancienne grange a été transformée en salle de spectacle. Le parc s’étend sur cinq hectares de jardins comprenant deux îles.