Depuis 2018, sur le côté de mon frigo, une magnet de Monet retient l'affiche du film Fortuna, de Germinal Roaux. J'avais été enthousiasmé par ce film tourné dans un noir et blanc superbe, qui conte l'histoire de Fortuna, jeune Éthiopienne de 14 ans, accueillie en Suisse avec d’autres réfugiés dans un hospice à plus de 2000 m d’altitude pour passer l’hiver. Une communauté de moines catholiques les héberge en attendant que leur sort soit régularisé par les institutions. La jeune actrice éthiopienne, Kidist Siyum Beza, était étonnante de vérité en face de Bruno Ganz, qui interprétait Frère Jean, le chanoine supérieur du monastère.*
Et depuis 2018, rien, pas de nouveau film de Germinal Roaux, dont je savais si peu de chose que je croyais encore qu'il s'agissait d'une femme... Eh bien non, Germinal Roaux est un homme, né le 8 août 1975 à Lausanne, tout d'abord photographe, avant de réaliser en 2003 son premier film documentaire, Des tas de choses, un film de 28 minutes autour de Thomas, un serveur trisomique de 28 ans qui travaille dans une auberge communale à Satigny.
Pas de nouveau film donc jusqu'à ce Cosmos, que je vois soudain s'afficher dans le programme de la Maison de la Culture de Bourges. Pas question de le manquer.
Nous ne serons pas déçus : le film, long (2h28), est une merveille. Tourné loin des altitudes alpines de Fortuna, dans un noir et blanc toujours somptueux, en pays maya, au Yucatan, où Roaux a établi un lien profond avec une communauté autochtone dès 2009. Il déclare avoir compris que c'est en ce lieu qu'il devait créer son nouveau projet, un film qui lui permettrait de se réconcilier avec la peur de la mort.
La mort est en effet bien présente, dès l'ouverture du film, avec ce crâne placé sur un bâton devant la petite maison de Leon (Andrés Catzin), crâne qu'il rentre ensuite à l'intérieur et pose avec soin sur une étagère. Maison dont on apprend qu'elle doit être démolie pour laisser passer une route. Et Leon ne recevra aucune indemnité, étant incapable de produire un titre de propriété.
Mort dont la perspective terrifie Lina (Angela Molina), l'autre personnage principal du film, aussi riche que Leon est pauvre, intellectuelle qui s'est retirée dans son immense villa campagnarde pour fuir les hôpitaux et la maladie.
Comment ces deux êtres humains si différents par leur origine et leur fortune vont-ils se rencontrer ? Ne lisez pas plus loin si vous voulez garder la surprise (même si je pense que l'intérêt du film ne réside guère dans l'intrigue, finalement très simple).
La bande annonce le dévoile d'ailleurs sans plus de mystère : celui qui fera le lien entre eux, c'est le chien de Lina, Bruno, qu'elle égare lors d'une promenade et que Leon va recueillir. Quand la maison de Leon sera détruite, elle l'hébergera dans son palais, et il l'accompagnera jusqu'au bout de sa vie, l'aidant à affronter ses angoisses et sa finitude. Ceci avec une grande sobriété de discours (Leon n'a rien à voir le Don Juan de Carlos Castaneda, même si sa vision du monde est sans doute très proche). Ce qui touche chez Leon, c'est avant tout la douceur de ses gestes, l'attention qu'il prête à chacun des êtres, animaux ou humains, qui l'entourent, sa sollicitude infinie.
C'est un film de lumière et de vent, qui vous fait éprouver la beauté du monde, au-delà de la violence des rapports sociaux (oh la destruction de l'humble demeure de Leon par le bulldozer, la pauvre table fracassée de celui qui n'a presque rien et à qui tout est ôté).
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* Germinal Roaux : "Pour le rôle du chanoine supérieur, j’avais en tête Bruno Ganz dès l’écriture, car c’est la vision des Ailes du désir, de Wim Wenders, qui m’a donné envie de faire du cinéma quand j’étais adolescent."


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