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lundi 31 août 2020

Le dernier désir d'un mélèze

"Ce n'était pas ce qui intéressait Amélie : ce qu'elle aurait voulu savoir, c'était comment on vivait avant, quand dans les maternités il n'y avait pas de surprises et que tous les chats avaient quatre pattes : elle avait du mal à imaginer ce temps-là. Bien réglé, oui, mais peut-être un tantinet insipide, comment faire des comparaisons ?"

Primo Levi, Dyxphylaxie, in Lilith, Livre de poche Biblio, 1989, p. 104.

De Primo Levi je ne connaissais que le versant du témoignage de sa captivité à Auschwitz, avec Si c'est un homme, devenu un classique de la littérature sur les camps. C'est avec Lilith que j'ai découvert un autre aspect de son oeuvre : après la première partie encore consacrée à quelques figures de la déportation, il explore des voies complètement différentes, en touchant au conte, au fantastique, voire à la science-fiction. Ainsi des quelques huit pages de Dysphylaxie. Oui, huit pages seulement mais qui ouvre un monde vertigineux, où toutes les barrières entre espèces se retrouvent abolies : les défenses immunitaires qui empêchaient les croisements  devenues faibles ou inopérantes, "rien ne vous interdisait de vous faire implanter des yeux d'aigle ou un estomac d'autruche, ou même des branchies de thon pour faire de la plongée sous-marine, mais en contrepartie une semence quelconque, mise en contact par le vent, l'eau ou tout autre agent avec un ovule quelconque, avait de bonnes chances de produire un hybride."(p. 105) La grand-mère d'Amélie, le personnage principal, avait ainsi commis une imprudence lors d'une excursion et avait été fécondée par du pollen de mélèze : "n'importe qui pouvait se rendre compte qu'elle était dysphylactique : elle avait une peau foncée, rêche et écailleuse, et des cheveux verdâtres, qui viraient au jaune-doré en automne et tombaient en hiver, la laissant chauve ; par bonheur ils repoussaient rapidement au printemps."(p. 104)

Le récit, installé en quelques lignes, s'avère d'une efficacité redoutable, sans pour autant forcer sur le pathos. L'auteur fait bien ressentir le quotidien de ce monde nouveau, Amélie va passer un examen à l'Institut d'Histoire Moderne comme n'importe quel étudiant d'aujourd'hui, mais une petite notation suffit pour en quelque sorte inverser les perspectives, c'est le réel de notre époque qui se trouve soudainement en train d'imiter la fiction : "Par contraste avec l'éclat du soleil, le hall lui parut sombre : avant de voir les visages, elle distingua les masques de gaze antiseptique que tout le monde portait, blancs pour les garçons, multicolores pour les filles."(p. 106-107)

                                           Primo Levi dans les Alpes, le 31 juillet 1983.


Au retour de l'examen, sur un sentier à travers bois, Amélie se sent attirée par les fleurs, attirée d'une "manière étrange". "Même si cette manière de sentir, écrit-il, était commune à bien des hommes et des femmes, et qui n'avaient pas tous du sang de mélèze dans les veines. Elle y pensait, tout en continuant à marcher : ça devait être bien gris, bien ennuyeux le bon vieux temps, quand les hommes étaient seulement attirés par les femmes et les femmes par les hommes." (p. 109)

Alors, lisant cette nouvelle, me revint en mémoire une coïncidence qui m'avait troublé à la mi-août. Le 14 août précisément, j'avais relevé dans les statistiques du site que 4 personnes avaient consulté un article publié dix ans plus tôt jour pour jour, autour de La Sed, un poème écrit lui-même bien avant cette date.

 


Jamais jusque-là je n'avais enregistré de visites sur cet article. A l'ordinaire les articles les plus anciens, et qui plus est consacrés à la poésie, ne font guère recette. Attention, ce n'était pas la ruée, non, mais tout de même, quatre (la possibilité qu'il s'agît de bots arpentant le web n'est bien sûr pas à proscrire, mais même cette éventualité, à mon sens, n'évacue pas le mystère). Mais voyons le poème :

La Sed

Elle vient du fond des nuits pâles
elle sourd de la hanche des glaciers
elle a franchi tous les biefs

C'est le dernier désir d'un mélèze
le regret d'une anguille
le lit vivant de la fièvre

Elle arrive dans sa nuit d'obsidienne
sa fureur s'épanche au feu de nos reins
elle s'inondera au-delà de nos fiefs

C'est le quatrième vers, surtout, C'est le dernier désir d'un mélèze, qui entrait en résonance avec la nouvelle de Primo Levi, avec cette autre phrase encore suivant la dernière citée : "Maintenant, ils étaient nombreux à être comme elle : pas tous, bien sûr, mais beaucoup de jeunes, devant les fleurs, les plantes ou un animal quelconque, à leur vue, à leur odeur, au son de leur voix ou à leur seul frémissement, se sentaient envahis de désir."

La Sed, autrement dit la soif (en espagnol) est à lire avec le premier mot du poème, la Sed/elle, autrement dit la Sédelle, cette petite rivière creusoise qui, avant de se jeter dans la Creuse à Crozant-les-Ruines, prend des allures de torrent auvergnat. Un chemin la longe presque jusqu'au confluent, serpentant dans des gorges noyées d'une verdure luxuriante. Une des sources du poème, autant qu'il m'en souvienne, est un roman de George Sand, Le péché de Monsieur Antoine, évoqué par un auteur bien oublié, Louis Peygnaud, dans De la vallée de George Sand aux collines de Jean Giraudoux : De Nohant à Bellac (1949), un des rares livres que possédaient mes grands-parents maternels. Le roman est disponible sur Wikisource, et c'est là que je retrouve cette description de Crozant :

"Les premiers siècles de la féodalité ont vu construire peu de forteresses aussi bien assises que celle de Crozant. La montagne qui la porte tombe à pic de chaque côté, dans deux torrents, la Creuse et la Sédelle, qui se réunissent avec fracas à l’extrémité de la presqu’île, et y entretiennent, en bondissant sur d’énormes blocs de rochers, un mugissement continuel. Les flancs de la montagne sont bizarres et partout hérissés de longues roches grises qui se dressent du fond de l’abîme comme des géants, ou pendent comme des stalactites sur le torrent qu’elles surplombent. "
Crozant (Wikipedia)

Aujourd'hui, il n'est plus de torrents : la construction du barrage d'Eguzon a transformé ce site, et le lac remonte jusqu'au pied des ruines. C'est à cet endroit qu'Emile, le héros du roman, rencontre Gilberte de Châteaubrun et que l'amour, profitant de la sieste paternelle à l'ombre des vestiges du château, naît en remontant le cours de la Sedelle :

« Allons voir si mon père est réveillé. »

Mais elle tremblait ; une pâleur subite avait effacé les brillantes couleurs de ses joues ; son cœur était prêt à se rompre ; elle fléchit et s’appuya sur le rocher pour ne pas tomber. Émile était à ses pieds.

Que lui disait-il ? Il ne le savait pas lui-même, et les échos de Crozant n’ont pas gardé ses paroles. Gilberte ne les entendit pas distinctement ; elle avait le bruit du torrent dans les oreilles, mais centuplé par le battement de ses artères, et il lui semblait que la montagne, prise de convulsions, oscillait au-dessus de sa tête.

Elle n’avait plus de jambes pour fuir, et d’ailleurs elle n’y songeait point. On fuirait en vain l’amour ; quand il s’est insinué dans l’âme, il s’y attache et la suit partout. Gilberte ne savait pas qu’il y eût d’autre péril dans l’amour que celui de laisser surprendre son cœur, et il n’y en avait pas d’autres en effet pour elle auprès d’Émile. Celui-là était bien assez grand, et le vertige qu’il causait était plein d’irrésistibles délices."

 

Sédelle (Août 2013)

Le couple est rejoint par le père, le bon M. Antoine, qui convie Emile à partager leur périple. Et c'est ainsi qu'ils parviennent à Fresselines :

"Il faisait tout à fait sombre quand ils arrivèrent à Fresselines. Les arbres et les rochers ne présentaient plus que des masses noires d’où sortait le grondement majestueux et solennel de la rivière.

Une fatigue délicieuse et la fraîcheur de la nuit jetaient Émile et Gilberte dans une sorte d’assoupissement délicieux. Ils avaient devant eux tout le lendemain, tout un siècle de bonheur."

Or, Fresselines, où se situe le confluent de la Petite et de la Grande Creuse, et où Monet vint peindre au printemps 1889, à l'invitation de son ami, le poète Maurice Rollinat, j'y étais allé la veille même, avec ma fille Violette : du vieux pont de pierre, nous avions suivi la rivière jusqu'au confluent, et remonté jusqu'au village assoupi, une promenade que nous avions déjà faite tant de fois mais dont chaque été semble imposer le retour nécessaire. Et c'est une photo prise également en 2010, au confluent qui illustrait l'article de La Sed :

Il ne me plaît guère d'entrer dans l'explication d'un poème personnel, mais au fond je ne trahis pas grand chose si je précise que La Sed tente de traduire la course folle du désir, tel qu'il semble surgir d'un plus grand que soi, du coeur même du monde, du fond des nuits pâles. Tension cosmique et érotique qui nous ouvre l'inconnu, au-delà de nos fiefs.

La Sed était l'un des 63 poèmes d'un recueil resté inédit, mais dont je reprendrai le titre, Alluvions, pour nommer ce site. Un autre de ces poèmes, dont le titre était Il faut qu'une nudité soit caressée par une fougère, me revint aussi en mémoire avec le dernier paragraphe de la nouvelle de Primo Levi :

"Elle s'arrêta devant un cerisier en fleur : elle en caressa le tronc luisant où elle sentait monter la sève, en toucha légèrement les noeuds gommeux, puis, ayant jeté un coup d'oeil aux alentours, elle le serra étroitement contre elle, et il lui sembla que l'arbre lui répondait par une pluie de fleurs. Elle s'ébroua en riant : "Il ne manquerait plus qu'il m'arrive la même chose qu'à l'arrière-grand-mère !" Après tout, pourquoi pas ? Qui choisir ? Fabio ou le cerisier ? Fabio, sans aucun doute ; il ne faut pas céder aux impulsions du moment. Mais à ce moment précis, Amélie sut qu'elle désirait en quelque manière que le cerisier entre en elle, fructifie en elle. Elle gagna la clairière et s'étendit entre les fougères, fougère elle-même, seule, légère et flexible dans le vent."(p. 110-111)

In fine, c'est à un autre italien que je pensai en lisant ces lignes, le jeune philosophe Emmanuele Coccia, qui, dans La vie des plantes (2016), définit une véritable métaphysique du mélange, dont Dysphylaxie est en somme une géniale prémonition. Ainsi peut-il écrire que " La raison est une fleur : l'on pourrait exprimer cette équivalence que tout ce qui est rationnel est sexuel, tout ce qui est sexuel est rationnel. La rationalité est une question de formes, mais la forme est toujours le résultat d'un remuement, d'un mélange qui produit une variation, un changement. Inversement, la sexualité n'est plus la sphère morbide de l'infrarationnel, le lieu des affects troubles et nébuleux. Elle est la structure et l'ensemble des rencontres avec le monde qui permettent à toute chose de se laisser toucher par l'autre, de progresser dans son évolution, de se réinventer, de devenir autre dans le corps de la ressemblance. La sexualité n'est pas un fait purement biologique, un élan de la vie en tant que telle, mais un mouvement du cosmos dans sa totalité : elle n'est pas une technique améliorée de reproduction du vivant mais l'évidence que la vie n'est que le processus à travers lequel le monde peut prolonger et renouveler son existence uniquement en renouvelant et en inventant des nouvelles formes de mélange. Dans la sexualité, les vivants se font des agents de brassage cosmique, et le mélange devient un moyen de  renouvellement des êtres et des identités."(p. 137-138)

 





mardi 29 août 2017

# 206/313 - Stalker

Stalker. Le 12 août, je visionne le film. Éblouissement continu. C'est une œuvre d'art, et si peu de films me semblent mériter ce label. Je réalise, comme pour Le Miroir, presque une centaine de captures d'écran car chaque plan est singulier de justesse et de beauté. Et je me prends rapidement à rêver d'une adaptation théâtrale dans le cadre familier des ruines de Cluis-Dessous, où j'ai tant travaillé déjà. Oui, transporter la Zone dans la forteresse et ses abords, pas seulement sur le terre-plein central mais aussi dans les douves, sur les pentes, à l'intérieur des vestiges, peut-être même près de la rivière et de la carrière en contrebas. Définir un itinéraire où seraient conviés chaque soir quelques dizaines de spectateurs seulement. Éclairage ambulant, musique en direct. Qui maintenant pour interpréter ce passeur de mondes, ce stalker mélancolique et même désespéré ? Qui pour le Professeur ? Qui pour l’Écrivain ? Des figures se précisent. Pour le stalker, selon moi, il n'y a que B.


C'est juste une rêverie, qui ne sera sans doute jamais mise à l'épreuve du réel. Comment approcher sans ridicule la puissance évocatoire de ce chef d’œuvre ? Comment éviter la pâle copie ? Comment ne pas être à mille lieues en dessous de l'un des sommets de l'art cinématographique mondial ? Il n'importe, je poursuis ma divagation, j'imagine des trajets dans la nuit étoilée, entre les arbres et les remparts, dans l'affleurement des sources et le froissement des herbes.

Le lendemain, dimanche 13 août, je me rends à l'arboretum de la Sédelle, à Crozant. Festival de la Pente douce. Concert superbe de Piers Faccini et Vincent Segal. Devant moi, sans que nous nous soyons contactés, B. et sa compagne. On se retrouve à la fin, je ne lui parle pas du film mais, alors que nous remontons dans la nuit la fameuse pente douce de la prairie vers le parking, il me dit qu'il a lu mon article sur Anne Dufourmantelle. Le livre sur L'intelligence du rêve l'intéresse. Tout cela ne fait que confirmer mon choix : en lui cohabitent la force et l'inquiétude, la fragilité et la détermination. Un jour, peut-être, je lui parlerai de Stalker.

"Peut-être rêve-t-on à seule fin d'éprouver cela : être survivant, "écrivait Anne Dufourmantelle dans les premières pages de son livre.



samedi 15 avril 2017

# 90/313 - La croix de saint André

Cette croisée diagonale des chapelles et des châteaux n'est autre que la croix renversée, la croix en X dite croix de Saint-André, dont le nom vient du grec Andreios, homme. Selon Guy-René Doumayrou, cette croix est un « Rappel de l'«animal à figure d'homme aux quatre visages » d’Ézéchiel, elle évoque d'abord l'homme écartelé sur la roue, supplicié de l'injustice aveugle aux échafauds de la société, mais aussi, plus près des principes, l'être microcosmique divisé et réduit à ses quatre éléments, ou quatre membres, pour être reconstruit sur un niveau supérieur d'existence, comme l'image du sautoir déjà le suggérait. C'est ce qui vaut à l'apôtre André (traduisez du grec : le messager-homme) d'être le saint patron de tout vrai chevalier destiné, comme le martyr, à chercher sa liberté dans le sacrifice de sa propre intégrité. » (Géographie sidérale., p. 80)

La croix de Crozant signe en définitive l'union du temporel et du spirituel, la mission du seigneur s'engageant à être le héraut et le défenseur de l’Église, et qui met son épée et son courage au service de la Foi.
Crucifixion de saint André, Juan Correa de Vivar (1540-1545), musée du Prado.
Le chevalier est l'égal du martyr, écrit Doumayrou, et cela n'est pas anodin : les saints évoqués jusque-là sont tous des martyrs. Un vitrail de la cathédrale de Chartres consacré à saint Pantaléon est ainsi visible dans la chapelle du chœur dite des Martyrs.
"Saint Étienne occupe le centre de la chapelle (baie 13) en sa vertu de premier martyr. A sa droite se trouvent des martyrs célébrés dans la région chartraine: saint Chéron (baie 15), Saint Savinien et saint Potentien, considérés comme les évangélisateurs du diocèse. A sa gauche, trois saints d’origine orientale, liés par le caractère héroïque de leur résistance aux tortures et souvent associés à saint Étienne: saint Pantaléon (baie 11), saint Théodore et saint Vincent (baie 9). Pantaléon est un médecin, Théodore un militaire, Vincent un diacre, trois figures tutélaires donc, qui protègent contre la maladie, la guerre, le mal intérieur. De nombreux points communs lient saint Pantaléon à saint Vincent: tous deux subissent dans la légende le supplice de la croix de saint André, sont visités dans leur prison par un ange; leur corps est veillé par des animaux, puis jeté à la mer, une meule autour du cou. Le souvenir de saint Pantaléon est aussi lié à celui de Charlemagne: on rappelle au Moyen Age en effet que c’est l’empereur qui fit venir des morceaux de ses reliques d’Orient pour les répartir ensuite dans différents sanctuaires occidentaux." (Centre international du vitrail de Chartres) [C'est moi qui souligne]
Médaillon 10 - Pantaléon attaché par des cordes à une croix de saint André, torturé par deux bourreaux.

Médaillon 18 : le supplice de la roue

Le saint, dénudé, est attaché solidement par des cordes sur une roue verte munie de pointes d'acier : un dispositif qui n'est pas sans faire penser à la machine de La colonie pénitentiaire de Kafka. Dans le médaillon suivant, la roue vole en éclats et tue cinq cents païens.

Médaillon 28 : Dernière prière de Pantaléon
Après avoir échappé à la croix, au plomb fondu, à la noyade, à la dévoration par les bêtes sauvages et à la roue, Pantaléon est condamné in fine par Maximien à la décapitation. Alors qu'il prie au pied d'un olivier, une colombe lui apparaît, sous le regard médusé des deux soldats chargés de l’exécution et qui vont dès lors se convertir. Une colombe que nous allons bientôt retrouver dans le prochain épisode de cette quête pantaléonienne.

vendredi 14 avril 2017

# 89/313 - La chanson de santa Fe

Encore une fois c'est le château de Crozant qui va se trouver au centre d'une nouvelle configuration symbolique. Il se situe en effet presque exactement au point médian d'une ligne unissant la Chapelle du Fer que nous venons de découvrir et La Chapelle-Baloue, village creusois, mais qui, comme Saint-Plantaire, relevait de l'abbaye de Déols. Pour bien confirmer sa vocation symbolique, cet alignement prend aussi dans sa course le hameau de Saint-Jallet et le manoir des Places (comportant également une chapelle), et passe près du hameau nommé Chapelle Sainte-Foy.

Il est particulièrement intéressant de retrouver ici la trace de la sainte qui fit les beaux jours de la célèbre abbatiale de Conques. Relatons brièvement l'histoire. Foy, jeune chrétienne de douze ans, convertie par saint Caprais, l'évêque de la ville d'Agen, fut victime des persécutions de Dacien en refusant de sacrifier aux dieux païens. Fouettée, placée sur un gril, elle fut enfin décapitée en compagnie de saint Caprais et d'un jeune païen récemment converti du nom de Prime. La chanson de sainte Foy, écrite en occitan à la fin du XIème siècle (Cançon de santa Fe), place ce martyre le 6 octobre 303, ce qui donne lieu à une procession annuelle le dimanche suivant ce 6 octobre.

Sur le coin inférieur gauche du tympan de l'abbatiale de Conques, Foy est représentée prosternée. Derrière elle, pendent les fers des prisonniers libérés par son intercession.
Il se trouve qu'en cette même année 303 eut lieu le martyre de saint Pantaléon à Nicomédie, en Asie Mineure. Saint Pantaléon, titulaire de l'église de saint Plantaire, lui aussi condamné à la décollation (représenté par un tableau du 18ème siècle encore présent dans l'édifice). Décollation infligée également, on l'a vu,  à saint Jean-Baptiste. Certes, le châtiment était courant, mais l'accumulation et la concordance de dates sont tout de même surprenantes.


Décollation de saint Pantaléon (Troyes)
La chapelle des Places est elle aussi le but d'un pèlerinage, récent celui-ci puisqu'il ne remonterait qu'au 18ème; mais il pourrait bien être l'écho assourdi de la tradition dont nous avons suivi les traces jusqu'ici. L'histoire qui en est le prétexte offre bien des points de comparaison avec les légendes que j'ai évoquées. Elle met en scène Gabriel-François de Foucauld, comte de Crozant :

« A l'occasion d'une promenade qu'il effectuait dans la région de Crozant, Gabriel-François avait remarqué une jeune paysanne. Voulut-elle lui échapper, où à ses sbires ? La jeune fille se jeta à l'eau et se noya. Repentant, Gabriel-François aurait fait construire cette chapelle, où il a demandé à être inhumé aux côtés de sa jeune victime. Ainsi l'honneur d'une virginité et le repentir d'un grand seigneur ont-ils donné naissance au culte et au pouvoir miraculeux de la Vierge des Places. » (Gilles Rossignol, Le Guide de la Creuse, La Manufacture, 1988, p. 72)


Enfin, cette ligne des chapelles est contrebalancée par une ligne des châteaux qui lui est perpendiculaire. Châteaux de Clavière, du Faisceau et surtout de Chazelet. L'église de cette paroisse est précisément dédiée à saint Jean-Baptiste. Elle renferme le tombeau de Guillaume d'Aubusson (16ème) provenant de l'ancienne chapelle de Chassingrimont, où les vestiges d'un château-fort sont encore visibles.

Comment interpréter maintenant cette croisée diagonale, qui n'est pas bien sûr sans faire penser à la croisée de l'alignement Cuzion-Gargilesse avec l'alignement Le Trimoulet-Eguzon-Saint-Plantaire ?

jeudi 13 avril 2017

# 88/313 - La chapelle Saint-Jean aux Fers

Carte de Cassini - En haut, Saint-Plantaire, en bas à gauche la chapelle Saint-Jean aux Fers
Sur le bord d'une petite route entre Saint-Plantaire et Crozant s'élève la Chapelle du Fer, mentionnée sur les cartes de Cassini sous le nom de Chapelle Saint-Jean-aux-Fers. Elle est « le but d'un pèlerinage, écrit André Simon en 1910, qu'accomplissent, dans l'intérêt de leur conservation, tous les bestiaux de l'extrémité méridionale du Bas-Berry (...). Le pèlerinage a lieu la veille de la Saint-Jean, avec procession autour de la chapelle. Le jour de la Saint-Jean, on fait dire une messe, et, pendant le sacrifice, les fidèles lancent en guise d'offrande, des toisons entières de brebis (La Chapelle du Fer, in Revue du Berry et du Centre, p. 240) ».

Ce pèlerinage décrit le premier quadrant zodiacal, celui du printemps, qui court du Bélier (les toisons de brebis) à la fin des Gémeaux, au solstice d'été, dont la Saint-Jean (24 juin) est la figuration chrétienne.
Le Saint-Jean-aux-Fers n'est autre que Saint Jean-Baptiste emprisonné par le roi Hérode puis décapité (Marc, 6-17) à la suite de la danse de Salomé, la fille d'Hérodiade.

Décollation de saint Jean-Baptiste. - BNF, LAT 18014 - fol. 214
Petites Heures de Jean de Berry France, Paris XIVe s, détail
La situation isolée de la chapelle s'expliquerait par cette autre légende rapportée par Jean-Louis Desplaces, où nous allons avoir le plaisir de retrouver le saint Pantaléon entrevu voici quelques jours : « " Alors qu'une épidémie accablait les troupeaux du bourg de Saint-Plantaire, les habitants firent des prières à Saint Pantaléon qui ne furent pas entendues. Une neuvaine à Saint Jean-Baptiste obtint le succès ; les fidèles reconnaissants décident de construire une chapelle mais les murailles sont renversées, les substructions inondées. Le maître-maçon déclare : « La jalousie règne vraisemblablement au ciel comme sur la terre. Saint Pantaléon est irrité de voir Saint Jean prendre possession de son fief. Que Saint Jean choisisse lui-même le lieu de son sanctuaire. » Il lance dans les airs son marteau qu'un vent emporte au loin. Sept ans après, un taureau mugissait autour d'un objet : la bergère aperçoit un marteau. La chapelle est immédiatement construite. » (Florilège de l'eau en Berry, vol. II, 1981, c'est moi qui souligne)

L'animal commis à l'élection du lieu saint n'est donc autre que le taureau,  titulaire zodiacal du secteur. Nous allons voir maintenant que la position de la chapelle ne doit rien au hasard d'un vent, fût-il divin.

mercredi 12 avril 2017

# 87/313 - Le Rocher des Fileuses


Pour bien comprendre les valeurs attachées au signe du Taureau, une des sources les plus éclairantes est la légende du Rocher des Fileuses, en face des ruines du château de Crozant, sur la rive opposée de la Creuse, légende qu'un certain abbé Rouzier rapporte ainsi en 1897 dans son « Histoire illustrée des châteaux de Crozant et des Places » :
" Lorsqu'aux jours ensoleillés du printemps, les bergerettes paissent leurs moutons sur la montagne verdoyante, une sorte de joyeux tournoi s'établissait entre elles, ajoutant cet innocent plaisir aux charmes de leurs jeux champêtres.
Au signal donné on voyait les intrépides jeunes filles, la quenouille au côté, le fuseau dans la main, debout toutes ensemble sur le faîte de la roche, qui s'élève à pic sur le torrent à l'heure où le soleil descend lentement sur l'horizon, et où la rivière miroitait, comme une immense lame d'argent diaprée d’efflorescences d'or et d'azur.
Quelle sera la main assez habile pour laisser glisser jusqu'au bas son fuseau et le ramener à elle enlacé de ses mille fils de lin ?
Quel pittoresque spectacle !
Dès que les divers fuseaux entraient dans l'eau, et en remontaient ruisselants de gouttelettes brillantes, il se faisait comme une traînée de diamants qui attiraient les regards.
Assis au haut de la vieille tour, le seigneur, entouré de sa noble épouse et des servants d’armes, les yeux fixés attentivement sur le groupe sémillant des fileuses, attendait avec émotion l’issue de cet intéressant tournoi.
La bergerette qui avait été assez heureuse pour triompher de cette périlleuse épreuve était acclamée par ses compagnes. qui la conduisaient bruyamment à la demeure seigneuriale où le vieux châtelain après avoir effleuré son front virginal d'un baiser paternel, lui plaçait sur la tête une couronne de fleurs et lui offrait la main de l'un de ses jeunes varlets (...)
A ce moment le barde chantait sur la harpe sonore, le triomphe de la douce héroïne du Fuseau.
Au loin des cris guerriers ont rompu le silence
Allons ! Preux chevaliers armez-vous de la lance !
Est-ce l’ennemi qui s’avance ?
Non, c'est la fleur d’amour,
Preux chevaliers, abaissez votre lance !
Saluez ! Saluez la reine de ce jour !
Chantez, chantez, l'hymne d'amour !
"
Alexandre Cabanel, La naissance de Vénus, 1863, Musée d'Orsay (Wikipedia)
Le style un peu chantourné de l'abbé ne peut masquer le fait que tout fait sens dans cette légende. Tout d'abord, elle se déroule au printemps, à une époque où la "montagne" est verdoyante : c’est précisément en Taureau, deuxième signe de printemps, que la nature connaît une explosion de vert. Les arbres longtemps dénudés recouvrent leur feuillage et les pâturages sont à nouveau en mesure d’accueillir le bétail. Cet hymne d'amour exprime parfaitement la domiciliation de Vénus dans le signe, Aphrodite grecque, « née de l'écume » (ex toû aphroû), dont ce fuseau iridescent surgi des flots de la Creuse porte encore le souvenir. Vaste symbole d’ailleurs que ce fuseau qui résume à lui seul le trajet initiatique de l'adepte.

Cette descente, cette plongée dans les eaux tumultueuses de la Creuse et l’étincelante remontée symbolisent en effet le parcours nécessaire du chevalier. Pour tous les héros de la mythologie, le passage par les Enfers est quasi obligatoire. Pour accéder à un niveau d’être supérieur, il importe de sortir victorieux de cette épreuve fondamentale. L'enfer est inferis, le lieu d'en bas, représenté par la Creuse, dont l'étymologie est la même que celle de Crozant (gaulois croso « creux »). L'ascension du fuseau figure alors le triomphe du héros sorti métamorphosé de sa confrontation avec les puissances infernales. Le fil fait le lien entre les différents niveaux cosmiques. Et les Fileuses ne sont pas sans faire penser aux Parques romaines et aux Moires grecques :

« Ces divines et infatigables filandières n'avaient pas seulement pour fonction de dérouler et de trancher le fil des destins. Elles présidaient aussi à la naissance des hommes. Enfin, elles étaient chargées de conduire à la lumière et de faire sortir du Tartare les héros qui avaient osé y pénétrer. C'est ainsi qu'elles servirent de guides à Bacchus, à Hercule, à Thésée, à Ulysse, à Orphée, etc. C'est à elles encore que Pluton confiait son épouse, lorsque, suivant l'ordre de Jupiter, elle retournait dans le ciel pour y passer six mois auprès de sa mère. » ( P. Commelin, Mythologie grecque et romaine, pp. 95-98.)

Le fil est suivi des yeux par le vieux seigneur et sa suite. Il importe en effet de ne jamais le perdre du regard, c'est la leçon du mythe du fil d'Ariane. C'est le lieu de se souvenir qu'à l'intérieur du palais crétois du roi Minos était enfermé le Minotaure, monstre à corps l'homme et tête de taureau à qui l'on sacrifiait, tous les neuf ans, sept jeunes gens et sept jeunes filles amenés d’Athènes en tribut. Le combat contre le Minotaure « ne peut être victorieux que grâce à des armes de lumière : d'après une légende ce n'est pas seulement avec sa pelote de fil qu' Ariane permit à Thésée de revenir des profondeurs du labyrinthe, où il avait assommé le Minotaure à coups de poings, c'est grâce à sa couronne lumineuse, dont elle éclaire les détours obscurs du palais. » (Dictionnaire des Symboles, p.635)

La couronne de fleurs dont le châtelain honore la bergerette pourrait bien être une réminiscence de cette légende.

samedi 8 avril 2017

# 84/313 - De Saint-Jallet à Saint-Plantaire

Revenons en Rabelaisie. Il se trouve que ce fameux pont de Crozant, d'où Isidore Beautrelet va bifurquer dans sa filature du père Charel pour découvrir le château de l'Aiguille, est dans le droit fil de l'alignement Cuzion-Gargilesse-Badecon.


Cet axe rase le hameau de Saint-Jallet, sur la rive droite de la Creuse, face à Crozant. N'allez pas chercher saint Jallet dans les saints du calendrier, vous ne l'y trouverez point. C'est l'un de ces lieux d'un paganisme affirmé qu'il a fallu recouvrir d'un manteau plus catholique pour en récupérer l'aura rituelle. Qu'importe si le saint ainsi nommé n'a jamais existé. En revanche, on reconnaîtra la racine jal, coq, encore présente dans le jau berrichon. Ce coq dont la crête, on l'a vu, couronne la tête du fou du carnaval. Mentionnons en passant que par tradition, en Berry, quand un soupirant était invité à manger le jau chez les parents de la jeune fille convoitée, c'était très bon signe, tous les espoirs étaient permis.

Un fou, un mariage en vue, cela nous ramène au fou Triboullet du Tiers Livre consulté par Panurge inquiet d'être cocufié. Or, que voyons-nous près de notre axe Cuzion-Gargilesse, rien moins que le Trimoulet. A une lettre près notre bon fol.


Et notons tout de suite que l'axe orthogonal à l'alignement Cuzion-Gargilesse passant par le Trimoulet rejoint Eguzon et Saint-Plantaire. De fait, ce Plantaire est l'autre nom d'un saint plus connu, saint Pantaléon de Nicomédie, bien attesté lui dans les martyrologes. D'ailleurs il est, comme on dit, le titulaire de l'église de Saint-Plantaire (dont les habitants se nomment Pantaléonniens) . Médecin de l'empereur Maximien, converti au christianisme, il finit en martyr.

"Pantaléon devint de plus en plus un apôtre de la foi; à la mort de son père il vendit tous ses biens, les employa en bonnes oeuvres et ne se réserva que le produit de l'exercice de sa profession. Des médecins jaloux le dénoncèrent comme chrétien à l'empereur. Pantaléon fut condamné à divers supplices et fut enfin décapité." Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950.
 Oui, vous avez bien lu, c'est bien l'abbé Jaud qui écrit sur Pantaléon... Un Pantaléon qui, de par son nom, n'est pas sans évoquer Pantagruel. Et nous allons voir bientôt que l'analogie n'est pas fortuite.

Saint Pantaléon de Nicomédie

vendredi 7 avril 2017

# 83/313 - L'Aiguille creuse

« Aussitôt Isidore regarda les timbres de la poste. Ils portaient Cuzion (Indre). L'Indre ! Ce département qu'il s'acharnait à fouiller depuis des semaines !
Il consulta un petit guide de poche qui ne le quittait pas. Cuzion, canton d'Eguzon... Là aussi il avait passé.
Par prudence, il rejeta sa personnalité d'Anglais, qui commençait à être connue dans le pays, se déguisa en ouvrier, et fila sur Cuzion, village peu important, où il lui fut facile de découvrir l'expéditeur de la lettre. »

Maurice Leblanc (L'Aiguille creuse, Le Livre de Poche, p. 146)

Rabelais n'est pas le seul écrivain à hanter le val de Creuse. Plusieurs siècles plus tard, voici Maurice Leblanc dans l'une des plus célèbres aventures d'Arsène Lupin : L'Aiguille creuse (1909). On sait que celle-ci se termine à Etretat, dans le roc de l'Aiguille sensé abriter les trésors des Rois de France, mais l'enquête, avant de gagner la Normandie, a été aiguillée dans l'Indre. Isidore Beautrelet, jeune lycéen surdoué de 17 ans, s'y rend à la recherche de son père, enlevé par Lupin, après avoir découvert un mystérieux message crypté dont les seuls mots déchiffrables étaient donc Aiguille creuse.


Après Cuzion, l'enquête le mène à Fresselines puis à Crozant, grâce à la filature d'un vieux rémouleur, le père Charel. Lui-même est suivi par un autre individu.


"Tous trois, les uns derrière les autres, ils montaient et descendaient les pentes raides du pays, et ils arrivèrent à Crozant. Là, le père Charel fit une halte d'une heure. Puis il descendit vers la rivière et traversa le pont. Mais il se passa alors un fait  qui surprit Beautrelet. L'individu ne franchit pas la rivière. " Beautrelet choisit alors de le suivre et découvre alors un rempart de hautes murailles, puis "un vieux toit Louis XIII que surmontaient des clochetons très fins disposés en corbeille autour d'une flèche plus aiguë et plus haute." Deux paysannes lui apprennent un peu plus tard qu'il s'agit là du château de l'Aiguille :
    "Le château de l'Aiguille... Ah !...Mais où sommes-nous, ici ? Dans le département de l'Indre ?
- Ma foi, non, l'Indre, c'est de l'autre côté de la rivière... Par ici, c'est la Creuse."
     Isidore eut un éblouissement. Le château de l'Aiguille ! le département de la Creuse ! L'Aiguille Creuse ! La clef même du document ! La victoire assurée, définitive, totale...
     Sans un mot de plus, il tourna le dos aux femmes et s'en alla en titubant, comme un homme ivre."
Remarquable enchevêtrement du réel et de la fiction. Leblanc est très bien documenté : la Creuse délimite effectivement la limite entre les deux départements, et il existe bien un château près du pont, entre Crozant et la rivière. Sauf qu'il ne s'agit pas du tout d'un castel Louis XIII mais des ruines du vieux château féodal des comtes de la Marche, lequel  ne s'est jamais nommé château de l'Aiguille.

Crozant (Wikipedia)
Comment le Normand Leblanc connaissait-il si bien la région ? Peut-être avait-il des amis dans le coin ? J'ai pensé alors au poète Maurice Rollinat, natif de Châteauroux, qui connut une gloire parisienne éphémère avant de se retirer à Fresselines. Et effectivement la notice Wikipedia sur l'école de peinture de Crozant mentionne (sans plus de précisions) que Maurice Leblanc vint visiter le poète, qu'il avait connu à Paris. Notons que Rollinat habita le hameau de Puy-Guillon, proche du château du même nom recelant une partie de l'Aiguille, tout comme le père Charel traversant le pont de Crozant s'origine dans le Pont Charreau sur la Sédelle, dont la légende dit qu'il fut construit par le diable, abusé par un maçon facétieux.

Si cette hypothèse est exacte, il faut tout de même souligner que Maurice Leblanc n'a aucunement fait un repérage pour son roman : Rollinat est mort en 1903 alors que la première histoire de Lupin date de 1905. L'écrivain a fait jouer ses souvenirs, et son imagination géographique a fait le reste.

Jacques Derouard, le biographe de Leblanc, affirme dans un entretien à L'Express que "son succès repose sur la résolution d'énigmes dont le dénominateur commun est qu'elles sont toutes très anciennes, remontant jusqu'à l'époque gallo-romaine. La plupart de ces énigmes sont devenues des mythes car leur résolution est liée à l'histoire et à la géographie. C'est le cas, notamment, de L'Aiguille creuse d'Etretat : l'action ne pouvait pas ne pas se passer là. Leblanc a eu un trait de génie en utilisant des éléments géographiques si puissants car, aujourd'hui, les lieux mêmes sont attachés à Arsène Lupin, de sorte que l'on peut arpenter la Normandie, par exemple, sur les traces d'Arsène jusqu'à Etretat..."


En plaçant le Château de l'Aiguille à Crozant, Maurice Leblanc n'avait, semble-t-il, pas tout à fait tort...