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lundi 12 juin 2017

# 139/313 - Saint-Benoist de la Mort

"Le Graal sans fin. Son mythe toujours vierge. Qu'on le retire à l'Occident, celui-ci n'est plus rien."
Christian Hubin, La Forêt en fragments, José Corti, 1987.

Ne quittons pas les forêts, et retournons donc dans les bois de Touraine, à Saint-Benoît-la-Forêt. Je suis allé fureter sur le site de la commune, et j'y ai glané quelques renseignements intéressants. Tout d'abord, j'ai eu confirmation de la validité de mon hypothèse sur la localisation à cet endroit de la fameuse forêt de Teillé :
"Pour juger de la rudesse de cette époque aventurons-nous en forêt de Chinon d’après une description de Mabille. C'était antan, un monde, d'abord par sa superficie. "Primitivement, elle commençait à l'ouest entre la Loire et la Vienne, depuis Huismes jusqu'à Chinon et s'étendait à l'est jusqu'à Thilouze, Villeperdue et Ste Catherine-de-Fierbois."
On appelait ce vaste espace boisé "la forét de Teillay " (mot voulant dire "tilleul", arbre vénéré des Gaulois). Elle était divisée en Haute-Forêt (sur les territoires actuels de Cheillé et de Rivarennes) possédés indivis antre le roi et l’archevêque de Tours, et en Basse-Forêt, zone entourant St Benoit entièrement propriété du roi." [C'est moi qui souligne]
Ensuite, plusieurs indices montrent une certaine similitude entre Saint-Benoît-la-Forêt* et La Forêt-du-Temple :
  1. La présence d'un lieu-dit Le Pey de Grolle, qui rappelle évidemment La Graule creusoise, d'autant plus que sur la carte de Cassini (XVIIIe) celle-ci est orthographiée La Grolle.
  2. L'existence d'un couvent de l'ordre de Grandmont, qui aurait été fondée par Henri II Plantagenêt, vers 1156, fondation confirmée quarante ans plus tard par Richard Cœur de Lion en 1196 (or, nous avons vu qu'un prieuré similaire était situé dans l'axe graalique aigurandais).
  3. Ce couvent est établi au lieu-dit Pommier Aigre. Que nous rapprocherons bien sûr du Grand Pommier creusois, évocateur d'Avalon.
En revanche, je n'ai pas décelé d'alignements significatifs.


Enfin, je voudrais signaler la venue dans la commune le samedi 10 juin d'une troupe de théâtre , la compagnie Théâtre Derrière le monde, qui interprètera La vie tréshorrificque du grand Gargantua, dont voici la note d'intention :
"Gargantua a faim. Faim de vin, de bouffe, de livres, faim de tout. Pour raconter son histoire épique, quatre acteurs plongent dans l’enfance du français, une enfance facétieuse et insolente, avec pour seule arme le rire. Pour nous raconter la bruyante vie de Gargantua qui toute sa vie toujours dira : « À boire ! À boire ! À boire ! ». Quatre acteurs célèbrent la théâtralité dans toutes ses dimensions. Avec des costumes médiévaux qui évoquent les détournements d’armures chez les Monty Python, ils se coltinent les méandres du récit et plongent les spectateurs dans des vagues renouvelées d’hilarité. Ce qui compte, c’est l’appétit de conter la vie tumultueuse du héros : il naît, il boit, il morve dans sa soupe, il jubile d’être au monde ; il part étudier, il compte les étoiles à quatre heures du matin, il se goinfre de savoirs ; il mène une guerre, prend des jets de canon pour une attaque de poux, diplomate mais toujours étonné de tout…"
C'est bien sûr la récurrence du quatre qui m'interroge, compte tenu de la coïncidence récente avec la quaternité de Rémi Schulz, dans cette thématique gargantuesque que nous avons maintes fois croisée ces mois derniers. D'ailleurs, dernier clin d’œil, l'extrait choisi dans le dossier de presse du spectacle rapporte les paroles de la vieille accoucheuse de Brisepaille, près de Saint-Genou (elle n'est pas désignée ainsi mais c'est bien elle) :



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* "Au XIIe siècle, Saint Benoit s'appelait "Saint-Benoist de la Mort"du nom du seigneur Gobert de la Mort qui possédait ce fief. Plus tard il devint "Saint-Benoist du Lac-Mort" par confusion avec le "Lac-Mort" dépression marécageuse qu'on trouve en forêt. Sous la révolution il prit le nom de "Benoît-les-Bois". Cette appellation fut reprise en 1936 par un arrêté préfectoral pour devenir Saint-Benoit-la-Forêt."  

jeudi 8 juin 2017

# 136/313 - 4/4/44

Mardi 6 juin, je publiais donc l'article Les quatre ontologies. Je vis ensuite qu'il s'agissait du 400ème article d'Alluvions. Je ne l'avais pas fait exprès, mais c'était plutôt bien vu. Un détail que je ne songeais même pas à mentionner ici. Et puis je suis allé visiter Quaternité, un des sites de Rémi Schulz, qui se définit lui-même comme "Écrivain, amateur de bizarreries en tout genre, surtout numériques, surtout concernant le nombre d'or ou la quaternité...". Comme moi, c'est un grand facteur de coïncidences, un obsédé de la synchronicité, mais, assez curieusement, nos approches demeurent parallèles, sans grande correspondance de l'une à l'autre, sans doute parce qu'il explore surtout les coïncidences numérologiques et un champ littéraire basé plutôt sur le polar ou la science-fiction, champ que j'investigue peu, en ce qui me concerne.

Pour ce qui est de Quaternité, voici en quelque sorte la note d'intention de l'auteur : 
"Ce blog a débuté par la découverte que la vie de Jung correspondait idéalement au concept central de son œuvre, la quaternité : le 4/4/44 sa vie a été en quelque sorte échangée contre celle du médecin qui l'avait sauvé d'un infarctus, et cette date correspond exactement, au jour sinon à l'heure près, aux quatre cinquièmes de sa vie.
Je comptais poursuivre par des reprises de mes études antérieures sur la quaternité, et puis je me suis trouvé entraîné dans un tel tourbillon de coïncidences, plus ou moins liées à ma découverte initiale, que mon cheminement est improvisé billet après billet, et que j'ignore où il va conduire." 
Ceci dit j'ai lu attentivement le dernier billet publié, en date du 26 mai 2017 : Des lions jusqu'en bas. Qui commençait ainsi :
"Le billet précédent Rom Ana Mor m'a conduit à relier le personnage Adam Berg de Johana Gustawsson aux mots grecs anthropos et purgos, "homme" et "tour", auxquels le théologien Strong a donné les numéros 444 et 4444 dans son lexique biblique. Ceci m'a fait évoquer d'autres personnages, le commissaire Adamsberg de Fred Vargas, et le criminel Adam Bergman de AJ Kazinski.
  En achevant le billet je me suis avisé que Bergman se suffisait à lui-même, puisque man (ou Mann) est "homme". Il y a beaucoup de Bergman, mais le premier qui m'est venu à l'esprit est Andrew Bergman, écrivain et cinéaste qui avait attiré mon attention dès 1999 par son roman La grande magouille de 1944, Série Noire n° 2352."
Au bout du compte, je ne relève rien qui semble se rapporter à mes propres thèmes. Nous continuons comme d'habitude à naviguer indépendamment l'un de l'autre.

Je  rédige alors le billet suivant, axé surtout sur Augustin Berque. J'y vois de surprenantes collisions avec l'histoire de saint Génitour. Berque évoque les bois de Touraine où le lecteur aurait rencontré René Descartes, une posture fictive bien sûr, mais qui fait remonter ce détail de la légende où Maure, la riche veuve aux neuf fils, se cache dans la grande forêt celte (forêt de Teillé, était-il écrit dans le texte-source). Je ne connais pas cette forêt de Teillé et j'effectue donc une recherche de routine sur le web. Teillé + forêt, voila les termes de cette recherche. Et voici ce que j'obtins ce soir-là :


Au strict point de vue de la recherche du lieu, cela ne correspondait pas du tout : Maure ne pouvait s'être cachée dans une forêt située si loin de Tours, en pays nantais. En revanche, le code postal était troublant : 44440, voilà qui répétait en somme le 4/4/44 de la quaternité de Rémi Schulz.

Relisant l'article, je notais aussi que Maure y était en somme présente à travers mention d'un certain Raban Maur, auteur d'un carmen quadratum, illustrant par 4 croix de 69 lettres les 276 jours passés par Jésus dans le giron de Marie, du 25 mars de l'Annonciation au 25 décembre, modèle dont Schulz s'inspira pour composer ce poème (11+11+11)(11+11+11), "en 2005 où le Vendredi saint tombait le 25 mars, unissant les mystères de l'Incarnation et de la Rédemption, ce qui était jadis considéré comme favorable, mais, selon des dispositions récentes, l'Annonciation est reportée au 4 avril lorsque le cas survient."

Raban Maur (v. 780 - 856) était un théologien, poète et homme de science germanique. Élevé à l'abbaye de Fulda, il fut envoyé à Tours pour y étudier sous la direction d'Alcuin (802). C'est ce dernier qui lui donne le surnom Maurus en mémoire du disciple préféré de saint Benoît de Nursie.

Bern, Burgerbibliothek, Cod. 9, f. 9v – Hrabanus Maurus, Liber de Laudibus Sanctae Crucis (http://www.e-codices.unifr.ch/fr/list/one/bbb/0009http://www.e-codices.unifr.ch/fr/list/one/bbb/0009)