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mardi 3 mai 2022

5 - Central Park again

"Il a une tendance instinctive à rentrer dans sa coquille, à hiberner, à se retirer là où personne ne peut l'atteindre. Cela se fait petit à petit, quand il reste à la maison et ne sort plus, comme pendant les longs hivers à Milford où il ne suivait plus que son horloge interne, ne mangeant plus et ne dormant plus aux mêmes heures que moi, enfermé dans un silence qui me désespérait et finissait toujours par provoquer de  violentes disputes entre nous. Je sais qu'il sera plus heureux s'il passe ses dimanches à Central Park, et que donc nous serons plus heureux. Pendant qu'il est assis par terre au milieu de la chaussée en tirant sur sa cigarette et que son visage se crispe sous l'effet de la douleur, je pense à toute allure. Je ne dois pas me tromper de mots. Si j'insiste pour qu'il continue, si j'ai l'air de négliger ou de mettre en doute sa douleur, si je l'incite au courage, aussitôt, sans un mot, il enlèvera les patins et ce sera fini."

Catherine Cusset, New York journal d'un cycle, Traits et portraits, Mercure de France, 2009, p. 76.

J'ai déjà consacré un article à Central Park, mais j'avais averti, j'étais loin d'en avoir fini avec ce lieu mythique de la Grosse Pomme. Il me restait surtout un gros morceau à traiter, l'épais essai de François -Xavier de Vaujany, Apocalypse managériale. Tout comme Alain Supiot m'avait convaincu avec son Homo juridicus que le Droit pouvait être un domaine de réflexion passionnant, Vaujany m'a captivé avec son étude d'un secteur de la pensée et de l'activité humaine qui ne m'enthousiasmait nullement : le management. Je renonce d'emblée à tenter un résumé personnel de l'ouvrage, et préfère recourir bien paresseusement à la présentation de l'éditeur : 

"1941. L’année où tout bascule. L’Europe tombe entre les mains d’Hitler. La barbarie fait son nid partout où la raison guidait le monde.
Au même moment à New York, trois événements signent le commencement d’aventures apparemment très distinctes. Saint-Exupéry arrive à Manhattan. Il y rédige le mythique Petit Prince. James Burnham publie son ouvrage Managerial revolution. Il y décrit la montée en puissance d’une nouvelle classe sociale : les managers. À quelques encablures, les acteurs de la Fondation Macy préparent un cycle de conférences. Le grand moment cybernétique approche.
Trois acteurs, trois lieux, trois projets. Sans qu’ils ne se parlent, leurs idées se rencontreront sur l’échiquier new-yorkais pour changer le monde.
Au coeur du livre, il y a donc New York, et plus précisément encore, Manhattan. Et l'illustration de la couverture est explicite, qui ne peut manquer en même temps de nous rappeler les dérives de Quinn, le héros malheureux de Cité de verre, dans le roman graphique adapté du roman de Paul Auster.


Il se trouve que Central Park occupe une place de choix dans cet essai, avec huit entrées dans l'index. Je me contenterai donc de suivre ces huit entrées, en insérant  ici et là quelques plans d'oeuvres récemment découvertes (films, BD) où Central Park joue aussi un rôle important.

Première station, page 74, où Vaujany dit revenir sur l'exil new-yorkais du petit prince français  : "Saint-Exupéry est d'abord installé au 27ème étage du 240 Central Park South par Curtis Hitchcock. Il est rejoint par sa femme Consuelo le 12 décembre 1941." Les relations entre eux sont aussi compliquées que celles de Catherine Cusset avec son mari américain : "Saint-Exupéry parle, déambule, plaisante, rencontre, charme, agace. Consuelo mène sa vie de son côté et ne rentre pas tous les soirs. Parfois, la tentation de la rupture est proche. Mais la complicité et le besoin l'un de l'autre sont toujours présents."

Une des plus belles scènes de Shadows, de John Cassavetes (1958), quand deux des personnages en fuient un autre, en courant comme des fous dans Central Park.

Seconde entrée, page 143 : Vaujany dans cette partie du livre, intitulé Dernier dîner à New York avant le grand vol, imagine une rencontre entre les protagonistes de son ouvrage, James Burnham, Norbert Wiener et donc Saint-Ex, juste avant son départ pour l'Algérie le 2 avril 1943 :
"Antoine de Saint-Exupéry est totalement inconnu pour lui [Frank Fremont Smith, l'organisateur de la rencontre]. Il a vaguement entendu parler de Pilotes de guerre. Il a aperçu le Français en plein Central Park, un samedi après-midi. Saint-Exupéry était alors pris dans une conversation bruyante avec des compatriotes. Frank avait été touché par cette présence fragile. Ce regard profond, toujours attentif à l'horizon. Ce pas oubliant la ligne. Cette silhouette abîmée. Quelle idée séduisante : réunir, Saint-Exupéry, cet explorateur du monde, avec les explorateurs des sciences. [...] Reste à trouver un cadre pour cette rencontre. Le choix d'un restaurant s'impose rapidement : La Vie Parisienne, au sud de Central Park. Le lieu est proche des appartements de Saint-Exupéry et de Burnham."

A l'issue de ce dialogue imaginaire, le mathématicien Norbert Wiener, le fondateur de la cybernétique, se retrouve seul sur le trottoir avec Saint-Ex. Ils décident de faire quelques pas sous les étoiles, sur les chemins de Central Park. Arrivés devant une magnifique étendue d'eau, il s'assoient sur un banc. 

"WIENER - Etrange. Posé ici, le bois tout entier nous paraît rond alors que nous savons bien qu'il est carré... Qu'avez-vous pensé de cette ville, Antoine ?
SAINT-EXUPERY - Je ne m'y suis jamais vraiment perdu. Difficile de s'égarer avec cette grille de rues et d'avenues, ces perspectives bien dessinées à l'avant et sur le côté. Tout ce bruit assourdissant, ces buildings à taille inhumaine, cette circulation, cette sensation parfois que tout cela n'est qu'un immense chantier qui ne s'arrêtera jamais, cette impression d'une masse informe cherchant à nous posséder, à nous délimiter, à nous contrôler... Parfois je me suis senti très mal ici. Trop loin des paysages de mon enfance. Et je trouve qu'à New York on compte trop. Cette idée de compter et recompter en permanence m'est insupportable."

Vaujany ne semble pas connaître les travaux d'Alain Supiot (aucune entrée dans l'index), et pourtant cette parole attribuée à Saint-Ex trouve un écho certain dans La Gouvernance par les nombres, qui rassemble les cours donnés au Collège de France entre 2012 et 2014 (Fayard, 2015). Norbert Wiener y est d'ailleurs plusieurs fois cité, notamment lorsque Supiot décrit le passage du gouvernement à la gouvernance. "Le modèle physico-mécanique de l'horloge, écrit Supiot, qui avait partie liée avec l'idée de règne de la loi, a été supplanté par le modèle cybernétique de l'ordinateur. [...] Ce modèle a été importé dans la sphère publique par la doctrine du New public management, dont la mise en oeuvre fait l'objet d'un large consensus politique, et que n'auraient pas répudié les théoriciens du Gosplan. C'est l'un des pères de la cybernétique, Norbert Wiener, qui a été le premier à avoir l'idée de projeter ce mode de fonctionnement sur l'ensemble de la société, dans un ouvrage publié en 1950, intitulé Cybernétique et Société et dont le sous-titre était déjà lui-même tout un programme : "L'usage humain des êtres humains"." (pp. 43-44)

Ceci n'apparaît pas du tout dans le dialogue imaginé par Vaujany, qui fait surtout la part belle à Saint-Ex. Avançons donc un peu, page 169, où Central Park est à nouveau convoqué, avec l'historique de cette fameuse "grille" de Manhattan, héritière d'une commission nommée en 1807 et d'un plan appliqué en 1811. La mise en oeuvre s'étalera sur des années, avec quelques entorses au quadrillage initial, dont la construction de Central Park, qui, il est vrai, apparaît comme "une exception très cohérente avec l'ensemble : un beau rectangle."

A la fin de Another Woman de Woody Allen (1988), Marion Post (Gena Rowlands) se remémore une promenade dans Central Park avec un ami (Gene Hackman). Ils s'embrasseront dans un passage souterrain où ils s'étaient réfugiés pour échapper à l'averse. Une brève étreinte qui n'aura pas de lendemain.

Vaujany affirme qu'il faut monter au sommet de l'Empire State Building, du Rockefeller Center ou de la tour Chrysler pour bien saisir le tracé des lignes de la grille et son relief. "Il faut faire partie, ajoute-t-il, des "happy few" profitant des "rooftops" en fin de journée. Tout là-haut, le New-Yorkais est pris dans des conversations sur fond de coucher de soleil semblant donner vie aux pierres." Mais, lorsqu'on revient sur Manhattan, à hauteur de sol, "on est frappé par toutes les blessures soudain visibles. Sur les trottoirs, dans les rues, au fil des avenues, les fissures et les trous pullulent. De là-haut, tout était beau, sans taches et imperfections. De près, les rides de la ville sautent aux yeux." Et, dans cette verticalité, la discrimination sociale joue à plein : "les "là-haut" se multiplient sur toute la surface de Manhattan, observe Vaujany. De plus en plus, il s'agit d'immeubles d'habitation, relativement fins. Leurs constructeurs jouent avec les régulations. Pour les contourner, ils achètent des droits sur des espaces adjacents. Ces nouveaux immeubles privés visibles notamment dans le sud de Central Park sont la parfaite illustration des nouvelles verticalités destinées aux fameux "1%" les plus riches."

Enfin, la dernière entrée sur Central Park est aussi la plus documentée, et la plus synthétique sur ce lieu qui n'est pas, selon l'auteur, un morceau de nature dans la ville, mais un simple écrin, hors sol, de l'urbanité. 

"Central Park incarne totalement le rêve d'une nature maîtrisée, contrôlée, aseptisée. L'herbe de ses pelouses ne monte pas trop haut. Ses animaux sont surveillés de près. Les arbres sont occultés et coupés s'ils représentent le moindre risque pour le passant. L'eau des étangs et des rivières est analysée régulièrement. Les pierres, bancs, trottoirs, chemins, sont régulièrement nettoyés. La végétalité et l'animalité ne s'y expriment plus. Ils n'en ont pas vraiment la possibilité. La nature de Central Park ne déborde pas, ne salit pas. Elle ne suit pas les chemins de l'inattendu. Elle ne nous porte pas, mais elle nous emporte pour un petit moment de détente ou de transition.

La nature est simulée mais elle ne s'exprime plus. Elle ne passe pas. Elle se fond subtilement dans une technique. Il y a sans doute là un point commun avec le projet cybernétique. Central Park ne vit pas. Elle simule. Elle est managée plus qu'elle n'est cultivée. Le temps de Central Park n'attend pas. Ses cultures ou ses promesses doivent se voir dans le présent."(p. 181)

 

Cité de verre, extrait du roman graphique.

samedi 17 octobre 2015

De Montevideo au Kremlin, avec petit détour par Déols

Il y a quelque chose de fascinant à ouvrir un nouveau chantier d'écriture, et de voir aussitôt proliférer les coïncidences. C'est comme une éclosion soudaine, un précipité chimique, la mise à jour d'une strate archéologique dissimulée depuis des millénaires. Sitôt l'article précédent publié, je reçus le message suivant :
Surprise. Tout d'abord je ne connaissais pas du tout ce gnoir, évidemment un pseudonyme, qui s'était abonné en même temps à mon fil Twitter. Ensuite, c'était bien la première fois que quelqu'un ajoutait un de mes tweets à ses favoris. Il faut dire que je suis très discret sur Twitter, dont je me sers surtout pour m'informer, très peu pour m'exprimer. En réalité ce tweet était loin d'être récent puisqu'il informait de la publication d'un article sur Alluvions paru le 16 novembre 2012, articulé autour des Vies minuscules de Pierre Michon. Trois ans plus tard, je reçois donc enfin un écho de cet article d'Alluvions le jour même où je reprends l'écriture sur ce même blog (là, j'ai envie de mettre un point d'exclamation, ce que je n'aime pas beaucoup en règle générale, bon allez hop je le mets) !

Ce n'est pas fini (là je résiste à la tentation d'en ajouter un autre, de point d'exclamation). Me rendant sur la page twitter dudit gnoir, curieux de voir qui me fait l'honneur de se pencher sur ma prose, je vois que l'inconnu (qui a choisi un portrait magrittien comme avatar) est basé à Montevideo, en Uruguay. Et c'est donc l'Amérique du Sud encore qui fait signe à travers cette localisation. Cela résonne d'autant plus avec l'histoire de Victoria Ocampo et Roger Caillois que plusieurs de leurs lettres sont postées de Montevidéo, ainsi la lettre de Caillois du 21 octobre 1940, écrite de l'Hôtel Nogaro, Plaza de la Constitucion.

Par ailleurs, je réalisai aussi que l'article sur lequel j'avais reçu un commentaire l'autre jour n'était pas lui non plus anodin, en effet il présentait rien moins que trois portraits de femme en noir et blanc, à savoir Lauren Bacall, Jane Russell, et surtout Consuelo Suncin Sandoval, celle qui devait épouser Antoine de Saint Exupéry le 23 avril 1931.

Consuelo en 1942 à Montréal (Wikipedia)

Pourquoi surtout Consuelo ? Eh bien parce que Consuelo, comme Victoria Ocampo, est argentine. Enfin, ce n'est pas tout à fait exact, car elle est salvadorienne, issue d'une des sept familles les plus riches du pays, propriétaire de plantations de café, mais elle s'est mariée avec Gomez Carrillo, écrivain guatémaltèque, naturalisé argentin et consul d'Argentine, dont elle sera veuve très vite, dès 1927 (il était, il est vrai, de trente ans son aîné). Et c'est à Buenos Aires où elle est retournée pour régler des problèmes de succession, que la rencontre a lieu avec Saint Exupéry (il la demande en mariage dès le premier jour).

***
Si l'on voulait un exemple de ce qu'on peut faire de bien aujourd'hui avec Facebook, on pourrait citer la page d'André Markowitz. Le post qu'il a écrit aujourd'hui autour d'un poème d'Ossip Mandelstam est absolument remarquable. La traduction, l'interprétation, la discussion autour de chaque mot, des sonorités choisies, tout cela est vibrant d'intelligence et de sensibilité. Et me donne encore plus envie de me jeter dans la lecture du roman de Robert Littell déniché à Noz la semaine dernière, L'hirondelle avant l'orage, sous-titré le poète et le dictateur, qui raconte le défi insensé lancé par le poète au maître du Kremlin, à Staline.

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Le frichti avant Carthage encore, septembre 2015.

mardi 2 septembre 2014

Et la vie à Casablanca aura un sens pour moi

Le chapitre 2 de Constellation met en avant le pilote de l'avion, Jean de la Noüe. Loin d'être un novice, ce breton de Pléneuf Val-André, qui avait rejoint les Forces françaises libres en 1943, compte soixante-mille heures de vol et quatre-vingt-huit traversées.

Les plus belles années de sa vie, rapporte Adrien Bosc, sont celles où il survolait la Méditerranée aux commandes de son Dakota pour aller parachuter des troupes en Italie puis en Provence. " A Casablanca, base arrière alliée, Jean reprenait vie. L'histoire était à pied d’œuvre et il en était, l'un des figurants du grand théâtre d'opération organisé par Churchill et Roosevelt lors de la conférence de Casablanca. [...] Après guerre, Jean avait emmené sa femme au Max Linder assister à la projection de Casablanca avec Ingrid Bergman et Humphrey Bogart. Il s'étonna d'une casbah à mille lieux de ses souvenirs et rit de bon cœur de cette Marseillaise orchestrée par le résistant Laszlo. Vaste blague. Il décrirait à Aurore en remontant le boulevard Poissonnière son Casablanca. [...] Il lui raconterait aussi l'histoire de l'aéropostale marocaine, les exploits de Mermoz et de Saint-Exupéry, le survol du désert, les dunes de sable où l'on ne voit rien, n'entend rien, et la beauté cachée par l'immensité."

Il est certes banal de comparer un avion à un oiseau, mais la métaphore aviaire est tout de même trop fréquente dans ce court chapitre (cinq pages) pour être tout à fait anodine : le Constellation est ainsi désigné comme un grand échassier (à cause de son train démesuré, est-il précisé dans le chapitre précédent). Le héros de Jean de la Noüe, Charles Nungesser, disparaît, l'année de ses quinze ans, lors d'une tentative de traversée de l'Atlantique sans escale à bord de son biplace baptisé l'Oiseau Blanc. Le Dakota qu'il pilotait à Casablanca était surnommé Gooney Bird par les pilotes anglais, autrement dit "l'Albatros", "gauche au sol, majestueux dans les cieux".

Dans le chapitre suivant, le Constellation est aussi désigné comme "un oiseau chromé né de la folie d'un homme, Howard Hughes." Cet homme d'affaires, dont Martin Scorsese a retracé une partie de la vie dans Aviator (avec Leonardo Di Caprio dans le rôle de Hughes), "en dessinait les plans, à main levée, des croquis guidés par une quête d'élégance et d'érotisme, charge aux ingénieurs d'adapter l'esquisse aux règles de l'aéronautique. A la même époque, pour les besoins du film Le Banni, le cinéaste-aviateur imaginait un soutien-gorge à armatures renforcées autoportant muni d'acier et transformait la poitrine de Jane Russell en un missile pointé droit sur l'écran et les ligues de vertu."

Or, que vois-je, hier au soir, passé minuit, sur l'écran de l'application Mubi à laquelle je suis abonné (et dont j'ai déjà fait référence ici et là), précisément le film Le Banni, dont, soit dit en passant, je n'avais jamais eu connaissance jusqu'à ce jour.


Creusons cette coïncidence, relevons cette date qui revient avec insistance : 1943. Année où Jean de la Noüe rejoint Londres, année de la conférence de Casablanca, mais aussi du film du même nom, et donc également du Banni.

Car c'est aussi en 1943 que paraît Le Petit Prince, à New York où Saint Exupéry est en exil, et qu'il reçoit, à sa grande joie, son ordre de mobilisation pour l'escadrille 2/33, laissant en Amérique la femme aimée, Consuelo, lui écrivant par la suite ses plus belles lettres d'amour.

Et il faut ajouter 1) qu'avant-guerre, en 1931, ils avaient vécu ensemble à Casablanca : Saint Exupéry, gêné financièrement, ayant accepté un poste de pilote de nuit sur la ligne Casablanca-Port Etienne (en Amérique du Sud); 2) qu'à la rentrée littéraire de septembre de cette même année paraît Vol de Nuit, préfacé par André Gide, qui obtiendra le prix Fémina. "C'est à deux qu'ils ont choisi le titre, en écrivant sur une feuille plusieurs titres possibles. Saint Exupéry penche pour Nuit lourde, mais Consuelo pense que Vol de nuit est meilleur. Va donc pour Vol de nuit..." (Alain Vircondelet, Antoine et Consuelo de Saint Exupéry, un amour de légende, les arènes,2005, p.46)

C'est sous l'égide encore une fois de la métaphore aviaire que l'on retrouve Saint Ex, Consuelo le désignant dans sa lettre comme son ketzal (ou quetzal), le ketzal étant oiseau d'Amérique centrale (Consuelo était salvadorienne) :

Mon ketzal,
Vous êtes déjà dans le ciel, mais je ne vous vois pas. Il fait nuit, et vous êtes encore loin. J'attendrai le jour. Je dormirai pendant que vous vous approcherez de notre maison. J'irai au terrain vous attendre. Mon mari chéri, déjà votre moteur ronfle dans mon cœur. Je sais que demain vous serez assis à cette même table, prisonnier de mes yeux. Je pourrai vous voir, vous toucher... Et la vie à Casablanca aura un sens pour moi. Et mes difficultés de ménage une raison pour le souffrir. Et tout, tout, mon oiseau sorcier, sera beau dès que vous me chanterez : "Que Dieu veuille dans sa grandeur te protéger." Plume d'or.

Consuelo en 1942 à Montréal (Wikipedia)
Et quel sens tout ceci a-t-il pour nous ?