jeudi 31 mai 2012

La guerre et la herse

Deuxième partie du jour 6, 1er mai 2012. Une longue conversation de 13'26, mais c'est passionnant : Cavalier parle, de sa voix feutrée, sur une série de photos conservées sous enveloppe plastique, photos de films, de tableaux, de dessins, de reportage, photos en noir et blanc, en couleur, parfois annotées. A chaque fois, une anecdote, un commentaire, une simple remarque, sans jamais hausser le ton. Sensibilité et érudition tranquille, humour discret, mémoire étonnante (la guerre, spécialement la guerre d'Algérie, toujours présente ici et là, révolte jamais soldée).


1er mai 2012 - Conversation avec Alain Cavalier... par lacinematheque

Que mettre là en contrepoint ? Quelle image personnelle, qui puisse tenir si peu que ce soit la comparaison ? Je doute.
Peut-être une de celles prises aujourd'hui même, à la ferme, mon bout de campagne perdue, dont j'ai eu l'envie récemment d'écrire l'histoire (car c'est une ferme atypique, où trois générations des miens passèrent leur vie), peut-être ce détail d'une vieille herse dressée contre un pommier, vestige d'un temps dépassé.



mardi 29 mai 2012

Encore un trou de serrure

Je reviens un instant sur le Cavalier d'hier. Sur un plan qui me taraude, sans doute parce qu'il rejoint une figure déjà rencontrée, celle du trou de serrure, traitée ici, lors de cet itinéraire autour du blog de Paul Cox. Léa Massari, enlevée par l'OAS, est retenue prisonnière, sous la garde d'Alain Delon, légionnaire déserteur. Il la regarde à travers le trou de la serrure.

Nous épousons le regard d'Alain Delon, son point de vue de geôlier (la caméra n'entrera jamais dans l'espace de la pièce-prison). Ce qui s'offre à lui, à nous, parfaitement encadrée par les contours de la serrure, c'est une belle femme appuyée contre le radiateur. Elle semble dormir, sa main gauche est relâchée, paume vers le plafond, reposant sur la jupe noire, mais l'autre main contredit cet abandon en écartant le tissu du corsage blanc. La posture est d'une troublante sensualité. Delon va un peu plus tard faire boire sa prisonnière grâce à une paille glissée dans cette même serrure. Il ne dit rien, mais on comprend qu'il a été saisi par cette beauté entrevue.

Hasard objectif : sur l'autre Alluvions, mon espace netvibes (dont la voilure ne cesse de se réduire : je n'y suis plus que neuf sites), le blog photo Le clown lyrique présente à cette date du 29 mai des photos du photographe américain Wingate Paine, datées comme le film de 1964-65, dont celle-ci, par exemple :

L'article s'intitule Chaque moment d'extase. Les clichés y sont bien sûr plus explicites, mais ne sont-ils pas comme l'horizon de la promesse que semble tenir le corps alangui de Léa Massari ?
L'Insoumis

Allez, voici la conversation du jour : Alain Cavalier délaisse l'hôtel et revient chez lui arroser ses fleurs (long plan tournoyant sur l'une d'entre elles).


1er mai 2012 - Conversation avec Alain Cavalier... par lacinematheque  

Une fois n'est pas coutume, je vais donner aussi dans le floral, avec ces belles du jardin parental photographiées récemment et dont j'avoue ignorer le nom (it's a shame).

lundi 28 mai 2012

Après les nuits, L'Insoumis

Les Nuits du Chameau ont vécu, parenthèse heureuse de verbe et de musique, dans la chaleur retrouvée, presque miraculeuse après la fraîcheur et la pluie persistante des dernières semaines. Je reprends le train quotidien et donc, ici, mon périple Cavalier.



29 avril 2012 - Conversation avec Alain Cavalier... par lacinematheque

Il est ici question de L'Insoumis, film de 1964, avec Alain Delon et Léa Massari. Film qui ne craint pas d'aborder la guerre d'Algérie, encore toute proche, sur le versant OAS, ce qui lui vaut les foudres de la censure :
"L'Insoumis fut interdit en février 1965, suite à une plainte déposée par l'avocate Mireille Glaymann, qui avait été enlevée par l'OAS à Alger en 1962 tout comme l'héroïne du film. Maître Matarasso, avocat de la plaignante, avait fait valoir que la seconde partie de l'œuvre pouvait porter atteinte à la vie privée de sa cliente. Le film fut amputé de vingt-cinq minutes de coupe sur demande du tribunal. Le film ressortira à l'hiver 1967-68 dans quelques salles."  (Wikipedia)
Autant dire que ce ne fut pas un succès commercial. On peut, contrairement à Libera me, en visionner sur You Tube un très bel extrait d'une dizaine de minutes :




Voir aussi un bel article de CroCnique, avec un autre extrait, des photos et une évocation de la bande-son de Georges Delerue.

mercredi 23 mai 2012

En attendant le soleil


29 avril 2012 - Conversation avec Alain Cavalier... par lacinematheque

Je me suis trompé l'autre jour. J'ai inversé avec le 30 avril, et Libera me. Mais est-ce que ça a une importance ? Ici Cavalier montre comment il s'étend sur son lit d'hôtel sans enlever ses souliers, puis il montre des photos, la valise d'Orson Welles, des enfants qui dorment, entre autres. Il parle de son avidité de voir et d'entendre, comme de son obsession de disparaître, tout en laissant des traces, en arrachant des traces.

Le film du jour est Le filmeur (six extraits à voir sur Vodkaster).

Trouvé aussi aujourd'hui un entretien dans Hors-Champs, l'émission de Laure Adler, datée du 15 juin 2011. Mais je n'ai pas encore eu le temps de l'écouter. J'ai révisé mon texte, je joue, pour la quatrième fois, POK, d'Yvan Bernaer, jeudi pour les Nuits du Chameau. Générale demain, avec le soleil retrouvé (on espère).

Rue de la Fosse Belo
Ceci est le centième billet d'Alluvions. Un fait qui n'a d'ailleurs aucune importance. Les nombres ronds sont une illusion.

vendredi 18 mai 2012

Libera me


30 avril 2012 - Conversation avec Alain Cavalier... par lacinematheque

Libera me, film que je n'ai pas vu, film radical, sans parole, sans musique, sonore seulement, dont aucune vidéo n'est trouvable sur le net, à part un petit extrait sur le site d'arte, où il est en vente.


On voit bien qu'il ne suscite pas l'enthousiasme, si l'on en juge de la série de 0 qui s'affiche dans la barre des réseaux sociaux. Même les admirateurs d'Alain Cavalier sont plutôt mitigés sur ce film, qu'on trouve trop long, trop systématique, tournant à l'exercice de style un peu vain.

Le Libera me, c'est aussi une prière, celle qui termine souvent un Requiem.
Libera me, Domine, de morte æterna, in die illa tremenda, quando coeli movendi sunt et terra, dum veneris iudicare sæculum per ignem. Tremens factus sum ego et timeo, dum discussio venerit atque ventura ira. Dies illa, dies iræ, calamitatis, et miseriæ, dies magna et amara valde. Requiem æternam dona eis, Domine, et lux perpetua luceat eis.
 
Délivre-moi, Seigneur, de la mort éternelle, en ce jour redoutable:
où le ciel et la terre seront ébranlés, quand tu viendras éprouver le monde par le feu.
Voici que je tremble et que j'ai peur, devant le jugement qui approche, et la colère qui doit venir.
Ce jour-là doit être jour de colère, jour de calamité et de misère, jour mémorable et très amer
donne-leur le repos éternel, Seigneur, et que la lumière brille à jamais sur eux.




C'est le Libera me qui manque au Requiem de Mozart.
Croix de l'église du Menoux (détail)

vendredi 11 mai 2012

Photos dans la baignoire

Je ne l'avais pas fait exprès, mais je suis content a posteriori de la rime visuelle sur le billet précédent, entre les boutons de l'harmonium et les pastilles blanches alignées à droite sur l'image de la vidéo de la Cinémathèque. Un autre hasard.


27 avril 2012 - Conversation avec Alain Cavalier... par lacinematheque

Dans cette conversation, Alain Cavalier évoque le premier jour de programmation, son émotion à retrouver la salle pleine, celle-là même qu'il avait vue, vide, en 2005. Il filme dans sa chambre d'hôtel et montre des photos de tournage au fond de sa baignoire. Une série qui commence par Catherine Deneuve, et où l'on retrouve aussi Jean-Louis Trintignant et Romy Schneider, dans Le Combat dans l'Ile. Il parle de caméra, les "buffets Henri II" de l'époque de ses premiers films, et son plaisir, depuis la technologie a rendu cela possible, à manier lui-même la caméra.

Dans la baignoire, on peut se laver les pieds : voici ceux du Christ (un spécialiste du lavement de pieds) dans l'église du Menoux (les clous pyramidaux sont remarquables).




jeudi 10 mai 2012

Cf3-d5


9 juin 2005 par lacinematheque

Cavalier découvre la salle de la Cinémathèque en 2005. L'écran reste noir assez longtemps, puis on découvre les fauteuils. Je ne suis jamais entré là, mais Cavalier, lui, est ému, ça se sent dans sa voix.
Je fais un saut de cavalier et tombe sur une case qui n' a rien à voir. Un endroit où je n'étais jamais entré non plus : l'église du Menoux, peinte à fresque par Carrasco. Etrange que je n'ai jamais eu la curiosité de venir ici avant ce jour. L'intuition peut-être que c'est un art qui allait très peu me toucher, et c'est bien le cas en effet. J'ai pris des photos tout de même, des peintures mais aussi de quelques détails annexes. Comme cet harmonium, qui ne rendait aucun son. Pourtant j'aurais aimé entendre la voix céleste.

mercredi 9 mai 2012

Martin et Léa

Jour 1 de la programmation d'Alain Cavalier. Dans cette "conversation", il filme la chambre d'hôtel où il demeurera le temps de la projection de ses films. Ce soir-là, on passe tout d'abord Martin et Léa, tourné en 78. Des polaroïds de l'époque montrent le vrai couple qui incarna les rôles-titres, Xavier Saint-Macary et Isabelle Hô. Tous deux sont morts, jeunes, à 39 ans, de maladie violente, précise Cavalier. Et il ajoute que cette disparition lui reste comme une épine dans le cœur.



26 avril 2012 - Conversation avec Alain Cavalier... par lacinematheque

Pas de vidéo disponible sur le net. Mais j'ai trouvé un bel article sur le tumblr Poto et cabengo : L'amour nu : Martin et Léa. Avec pas mal de photogrammes du film.

Pas de hasard objectif aujourd'hui, mais la confirmation de la profonde sensibilité du filmeur (c'est ainsi que Cavalier se désigne, plutôt que cinéaste).

mardi 8 mai 2012

Les conversations d'Alain Cavalier

Tombé aujourd'hui sur une page du site de la Cinémathèque, liée à une rétrospective des films d'Alain Cavalier. Le rédacteur explique que "Plutôt que « rétrospective », le cinéaste a souhaité présenter sa programmation sous la forme d’une conversation. Au sens littéral du terme : Alain Cavalier n’a accepté cet hommage, qu’à la condition d’être présent chaque jour pour converser avec le public. Être là, à côté de ses films, pour veiller sur eux. À moins que ce ne soit l’inverse : eux qui veillent sur lui. Pari incroyablement excitant." Chaque jour, une vidéo montre un témoignage de ces conversations.
Je visionne la première d'entre elles dans l'ordre chronologique, tournée le 17 avril 2012, une semaine avant le début de la programmation : Alain Cavalier, dans un bureau de la Cinémathèque, commente les photos de tournage du Combat dans l'île (1962).


Alain Cavalier commente les photos de tournage... par lacinematheque

J'aime beaucoup Alain Cavalier, cette liberté qu'il a su se donner dans sa filmographie, et qui s'exprime ici dans ses commentaires. Liberté de ton, modestie, rigueur, lucidité. Et cet amour de l'acteur qu'on découvre déjà à ce moment, dans ce qui est son premier long-métrage, et qui est particulièrement sensible dans Pater, avec Vincent Lindon.



 J'avais écrit les mots précédents quand je me suis mis à chercher une vidéo d'un extrait du Combat dans l'île, vidéo que j'ai trouvée facilement et intégré au-dessus. Puis j'ai cherché une vidéo de Pater, qui ne soit pas simplement la bande-annonce du film. La voici :



Alain Cavalier / Pater sur le net par zoun

Et alors, ce qui fut pour moi saisissant, c'est d'entendre Alain Cavalier déclarer tout de suite : "Je suis revenu filmer des acteurs, ce qui ne m'était pas arrivé depuis..." Il n'achève pas, et le plan suivant montre Romy Schneider dans Le combat dans l'île, un plan compris dans l'extrait que j'ai posté.

Encore un hasard objectif. Comme pour Paul Cox, je vais donc me faire un plaisir de suivre pas à pas, l'une après l'autre, les vidéos de la Cinémathèque.