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dimanche 19 juillet 2026

Leizouzbek et L'Odyssée

Joël Jouanneau, auteur et metteur en scène de théâtre, n'est pas un inconnu pour nous, écrivais-je à la fin du dernier article. Je m'explique : à la fin des années 90, Jean-Claude Moreau (alias le Doc), fondateur de Theatralacs (car c'est dans la commune de Lacs, près de La Châtre, que tout a commencé), monte une pièce de Joël Jouanneau, Kiki l'Indien. Et il convainc l'auteur de venir visiter la compagnie. De cette rencontre, naît une amitié, qui aboutit quelques années plus tard (j'étais entre temps entré dans la troupe), à monter Leizouzbek, une courte pièce que Joël Jouanneau nous confie généreusement (elle n'apparaît pas dans la liste de ses pièces jouées*).

Renseignement pris, Jean-Claude, qui a bien entendu vu plusieurs autres pièces de Joël Jouanneau, n'a jamais vu Sous l’œil d'Oedipe, et, semble-t-il, n'en connaissait même pas l'existence. Ce n'est donc pas ce qui l'a inspiré pour le choix des Dialogues avec Leuco, où se déroule également une joute oratoire entre Tirésias et Œdipe.

Tirésias (dans Sous l’œil d'Oedipe)
 

Le document du CRDP d'Aix-Marseille présente en annexe un entretien de Joël Jouanneau avec Jean-Pierre Perrier, pour le Festival d'Avignon, en mai 2009. A la question : pourquoi se replonger aujourd'hui dans la mémoire de cette tragédie grecque, vingt-cinq siècles plus tard ? l'homme de théâtre a cette réponse émouvante :

Pour une raison intime : je me sens fils d’Œdipe. L’isolement et l’environnement troglodyte qui ont marqué les premières années de mon enfance ont ancré à jamais en moi des forces et comportements archaïques. Et je savais que mon choix de ne pas rester aux marches du palais me conduirait, au travers d’Ismène et Antigone, à retrouver mes deux sœurs, et notre chambre d’enfant. Mais cet intime n’est pas le seul fil. Le mythe est l’affaire de tous. Il me semble être d’une brûlante actualité. Les Labdacides, ce n’est pas une simple famille, mais un clan, et qui a son sang et son sol. La malédiction qui pèse sur lui et sur Thèbes, la question du bouc émissaire, le statut du paria, les guerres fratricides, celui des corps
abandonnés aux oiseaux ou aux poissons, tout cela nous agite aujourd’hui, et, tout comme pour mon Œdipe en son palais, l’air devient irrespirable : nous étouffons.

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PS : Vu hier soir avec Violette, au CGR, L'Odyssée de Christopher Nolan. J'en reparlerai certainement un autre jour, disons pour l'instant que j'ai été globalement déçu. Que l’œuvre ne soit pas complètement fidèle à Homère ne me dérange pas - les meilleures adaptations étant souvent les plus éloignées du modèle original -, mais nombre de passages ne m'ont pas convaincu, et l'émotion ne m'a jamais vraiment étreint (contrairement, quelques jours plus tôt, au second volet de La Bataille de Gaulle, avec un général Leclerc, par exemple, qui prend, pour le coup, une vraie dimension mythologique, bon, mais c'est une autre histoire...).

En tout cas, j'étais curieux de voir comment Tirésias, à la sortie des Enfers, allait être incarné. Eh bien le voici :

Tirésias (James Remar) dans L'Odyssée

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* La seule trace que j'ai pu trouver se situe sur le site France-Archives, section Aide à l'écriture-Commande aux auteurs.


 

 

lundi 2 octobre 2017

# 235/313 - Interstellar

Dimanche soir 24 septembre. Après une très belle journée de douceur automnale, place à un film où cela n'est plus possible, car la Terre, dévastée par des tempêtes de poussière, est en passe de devenir inhabitable. Vous l'avez peut-être regardé vous aussi, nous sommes dans l'univers d'Interstellar, le film de Christopher Nolan sorti en 2014. Je l'avais aimé au cinéma, et j'ai plaisir à le retrouver sur le petit écran. Celui-ci m'a gratifié ces derniers jours de quelques synchronicités remarquables, mais je n'en attends rien pour l'occasion, je sais assez que rien n'est prévisible dans ce domaine, et que les choses n'y adviennent qu'à l'improviste.


Cependant, j'aime bien retrouver cette ambiance mystérieuse des contacts avec des intelligences extraterrestres. Cela me rappelle Premier contact, le film de Denis Villeneuve, qui me donna la matière de ma deuxième chronique. Il est vrai que dans Interstellar, les êtres d'ailleurs n'apparaissent pas, mais ils sont d'une certaine manière omniprésents. Ce sont eux qui auraient installé un trou de ver, autrement dit une sorte de tunnel faisant office de raccourci entre deux régions distinctes de l’espace-temps, près de Saturne, pour permettre aux humains d'explorer des mondes habitables. Le conseiller scientifique du Film, Kip Thorne, avait d'ailleurs collaboré auparavant avec Carl Sagan pour son roman Contact*, où les hommes utilisaient déjà des trous de ver pour communiquer avec des civilisations extra-terrestres.


A bord du vaisseau spatial Endurance, Cooper (Matthew McConaughey) et son équipage s'envolent vers Saturne, via un rebond gravitationnel dans l'orbite de Mars. C'est à ce moment-là que je suis pris d'une impulsion soudaine que je ne m'explique toujours pas : je consulte sur l'ipad mon fil twitter, que je délaisse souvent pendant des semaines, et où ne m'appelle aucune urgence. C'est d'autant plus absurde que je sors ainsi de la calme vision du film, bref je suis saisi d'un accès de zapping compulsif qui ne me ressemble guère...

Or voici sur quoi je débouche très vite :


Le lien envoie sur un article de Radio-Canada rendant compte de la découverte par des astrophysiciens allemands d'un objet étiqueté  288P, qui serait en réalité un système binaire de deux astéroïdes, dont les masses et les tailles sont pratiquement identiques, et qui sont en orbite l’un autour de l’autre à environ 100 kilomètres de distance. Je suis bien sûr frappé par la coïncidence entre la localisation de l'objet et le voyage spatial du film ; je fais une capture d'écran de l'image principale, une représentation artistique de cet objet 288P.


De là, je revins vite au film. Je songe déjà à raconter cette nouvelle résonance, lorsqu'apparaît sur l'écran une forme circulaire bleutée très proche de celle que je viens de capturer :


Il s'agit, je crois, du trou de ver que les astronautes doivent traverser pour accéder aux mondes repérés par les membres de la mission Lazare.
La télé devient ces jours-ci la Matrice de la sérialité.
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*Carl Sagan, Contact (New York: Simon & Schuster, 1985). J'apprends ceci à la lecture du blog de Jean-Pierre Luminet, Lumisciences, qui consacra en 2016 plusieurs articles à l'analyse scientifique du film.