samedi 24 mars 2012

Cédric Villani et l'entropie




<h2> Cédric Villani, mathématicien</h2> <p> <p> Lauréat de la médaille Fields 2010, le <a href="http://www.universcience.tv/nom-mathematicien.html">mathématicien</a> Cédric Villani travaille sur le concept d'entropie, autrement dit la mesure du désordre et de l'incertitude qui augmentent toujours spontanément... <br />Il nous délivre un message en forme d'espoir dans la série <em>Des chercheurs parlent d'avenir</em>. <br /><br />Réalisation : Pierre Maraval et Aurélien Rocland <br /><br />Production : Universcience, Goldenia Studios, PM Productions, CNRS Images, curiosphere.tv 2011</p> </p>

Cédric Villani a des attaches cluisiennes, ce n'est pas pour cela que je poste ici cette vidéo, mais il me plaît de savoir que ce jeune scientifique au look improbable, qui aime les médias et que les médias aiment bien, semble-t-il, a traîné ses guêtres dans les mêmes paysages que mes ami(e)s et moi. On aurait pu se rencontrer. J'aimerais bien échanger avec lui. Qui sait, un jour ?

lundi 19 mars 2012

L'attention est la mère du génie

Retour à Paul Cox, et son Jeu de construction, mine d'associations d'idées, de graphismes jubilatoires, de pensées légères ou profondes. Huitième page des archives (je dois remonter jusqu'à la page 1).
Je noterai aujourd'hui seulement cette citation qu'il fait de Novalis, qui me fait tellement penser à mon billet précédent sur Le Sel de la vie de Françoise Héritier. :

"Qu'ils sont donc peu nombreux, les hommes qui se sont exclusivement instruits d'une multiple, silencieuse et totale attention portée sur tout ce qui se passe à tout moment autour d'eux et en eux !... L'attention est la mère du génie".

 ***
Je me suis incrit sur le réseau social qui paraît-il monte à toute allure : Pinterest. Sans bien distinguer au départ ce qui en faisait l'intérêt, mais bon, j'aime bien tester, et comme les réseaux sociaux sont quand même une des grandes questions de notre temps, plutôt que de les vilipender ou de les porter aux nues, je préfère expérimenter par moi-même. Et ici, j'allais vraiment au jugé, car, à ma connaissance, aucune de mes relations n'avait encore goûté au truc (il est possible qu'on soit tout un tas de ploucs dans notre cher Berry).

Pinterest se présente comme une série de tableaux (boards) où l'on accroche des images (pins). Vous pouvez vous concocter autant de tableaux différents que vous voulez, en fonction de vos goûts et de vos passions ; une petite application à insérer dans votre toolbar (Pin It) vous permet de faire glisser facilement les images et les liens qui vous intéressent sur l'un ou l'autre de vos boards.






Je me suis constitué trois tableaux : Magma, pour les livres, revues et magazines en cours ou fraîchement lus, Athanor, pour les films, les vidéos, les images aimées, que j'aime à partager ; et, tout récemment, Neumes, pour les musiques et les sons. Le nombre de pins par tableau n'est pas limité, mais j'ai décidé de me restreindre à 18. Pourquoi 18 ? Parce que c'est un multiple de 9, et que j'aime bien les multiples de 9. Plus sérieusement, parce que c'est trois fois six, et que l'un des atouts de Pinterest c'est d'utiliser toute la largeur de l'écran. En effet, nos écrans sont de plus en plus horizontaux, et l'on continue souvent de travailler dans le vertical, beaucoup de blogs se présentant encore comme une étroite bande verticale perdue entre deux colonnes vides. Dans un board pinterstien, je peux donc loger trois rangées ou six colonnes d'images.

Maintenant, bien des choses me demeurent opaques : je me suis retrouvé à suivre sur ma page d'accueil toute une palanquée d'inscrits à Pinterest que je n'ai jamais sollicités. Le système de following me reste obscur. J'ai souvent l'impression d'avoir échoué sur une page de fans de La Redoute ou de Marie-Claire.

Plus surprenant encore, les commentaires que j'ai reçus sur certains de mes pins, tous venant d'Amérique et une fois du Japon (voici la dernière, Nova Sanguinetti) Avec invitation bien sûr, à visiter en retour, les pages de mes nouveaux contacts. J'ai trouvé comme ça un site tumblr de photos tout à fait pertinent (les images de cet article en sont issues), mais j'ai peur de me noyer dans la masse. Il va falloir être vigilant.

Marcelo Mastroianni, 1960.
 
Quand Novalis écrivait sa fameuse phrase, il ne vivait pas dans le même univers qu'aujourd'hui, où les sollicitations sonores et visuelles sont beaucoup plus nombreuses. Une totale attention à tout ce qui se passe n'est plus possible à mon avis. Une économie de l'attention doit émerger, qui impose un tri, une sélection, la recherche parfois d'un minimum sensoriel, d'une sobriété kinesthésique. Vous me direz maintenant que je ne m'y dirige guère en sacrifiant à ce nouveau réseau. C'est en partie exact. Il me semble qu'il faille toujours s'ouvrir et se refermer, en un double mouvement, qui était aussi celui des moines cisterciens, de la pensée de saint Bernard. Double mouvement de systole et diastole qui est le principe même de la vie. J'en finirai là pour aujourd'hui.


samedi 17 mars 2012

Le Sel de la vie

"Ce livre plaide pour que nous sachions reconnaître non pas simplement une petite part ingénue d'enfance, mais ce grand terreau d'affects qui nous forge et continue sans cesse de nous forger, êtres sensibles que nous sommes. Pour que nous ne soyons pas simplement obnubilés par des buts à atteindre - des carrières à faire, des entreprises à commencer, des rentabilités à assurer - , en perdant de vue le "je" qui est en lice. Pour que nous sachions que, sous-tendant l'exploit sans cesse renouvelé de vivre, se trouve ce moteur profond qu'est la curiosité, le regard bienveillant en empathie ou critique ou constructif et constitutif que "je" porte sur le monde autour de lui.

Il faut se garder du temps pour constituer ce florilège intime de sensualité qui peut pourtant se partager, substrat fondamental de la "condition humaine". Quand on utilise cette expression et bien d'autres (pensons à la "vallée de larmes" qu'est censée être l'existence sur Terre !), on en vient toujours à l'expérience brûlante de la douleur et cruciale de la mort. Oui, mais c'est aussi cette capacité d'avoir du "goût", comme on dit en Bretagne, de l'appétence, du désir, cette capacité de sentir et de ressentir, d'être mû, ému, touché et de communiquer tout cela à des autres qui comprennent ce langage commun."

Françoise Héritier, Le Sel de la vie, Odile Jacob, pp. 84-85. 


On peut écouter Françoise Héritier dans Du jour au lendemain, avec Alain Veinstein.

St Germain de Confolens

mardi 13 mars 2012

Adieu Jean

Mon oncle Jean, de Joué-les-Tours. Le dernière fois que je l'ai vu, à la fête de famille organisée par ma sœur Marie-Noëlle, il était tel que je l'ai toujours connu, avec sa tête de Lino Ventura, toujours de bonne humeur. Rien ne laissait augurer de la cruelle maladie qui allait l'emporter quelques mois plus tard.
J'avais beaucoup filmé ce jour-là. Les rassemblements comme ceux-ci ne sont pas monnaie courante dans la famille. Tout les descendants de Simone, enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants étaient presque tous rassemblés, ainsi que les "pièces rapportées", les conjoints, les compagnes, les compagnons. Tous vivants encore, pour peu de temps donc.
J'ai cherché Jean sur les films. Il apparaît peu, mais il y a ce court passage où il regarde la caméra qui s'avance. Ce bon vivant a le verre à la main, comme saluant ceux qui resteront et qui l'aimaient.

mardi 21 février 2012

Hasards objectifs

Je continue de remonter le fil des articles du Jeu de construction de Paul Cox, et j'en arrive à cette page du 24 mars 2005, intitulée Entrain, et qui commence ainsi, par une évocation de hasards objectifs, phénomènes dont je suis friand moi-même :

J'ai vécu hier une belle suite de hasards objectifs. Après avoir passé la journée en compagnie d'Alain Goulesque qui vit une relation compliquée avec ses clefs (il en transporte tant dans ses poches, et l'école d'art, qu'il dirige, compte tant de portes, qu'il est tout excusé - je pensais à ce personnage dans un film de Hitchcock - est-ce dans "Pas de printemps pour Marnie"? - à ce banquier qui ne retrouve jamais les clefs, ou la combinaison?, de son coffre) Alain se demandait, et me demandait, si je n'avais pas parlé, récemment, de clefs dans le blog. Sur le moment je ne me suis souvenu que d'une évocation de Klee, puis j'ai pensé à Duchamp (sans doute à cause de la clef des champs), avant de me rappeler qu'en effet il y a quelques jours j'avais utilisé comme titre cet intéressant aphorisme: "Qui perd ses clefs gagne un peu de place dans ses poches".
Puis j'en suis arrivé à Gaston de Pawlowski et à son "Voyage au pays de la quatrième dimension" car Duchamp, dit-on, y a puisé beaucoup de références. A la recherche d'informations sur Pawlowski nous avons ouvert le "Dictionnaire des lieux imaginaires" d'Alberto Manguel et Gianni Guadalupi et je suis tombé sur cette belle image
 qui m'a troublé car elle apportait une jolie réponse aux tumulus japonais en forme de trous de serrure que je montrais il y a quelques jours:
        
J'avais reproduit ce même dessin dans mon dernier billet sur le trou de serrure. Je songeai alors à ma promenade matinale dans Saint-Germain de Confolens, le petit village des bords de Vienne où nous sommes allés ce week-end rendre visite à Marie, Emmanuel,Lou et Tom. J'avais étrenné là mon nouvel appareil photo, un Lumix S1,et je ne tardai pas à trouver ce cliché d'une magnifique serrure d'une maison fermée de la rue principale, la rue Verre-de-Gris.

 Avec ses deux clous ronds et sa serrure horizontale, elle compose presque une gueule de métal.

Paul Cox dérive ensuite sur la spirale, celles que tracent par exemple les toupies, jouets qu'il affectionne, et qu'il n'hésite pas à employer pour certains projets graphiques. La spirale que j'aime, dit-il, on la retrouve chez Tintin :



pour signifier l'élan, l'entrain (voir plus bas) et la bonne humeur.
Duchamp, à ce propos, professait vivre dans une "euphorie permanente" (j'y pense souvent quand menace le penchant de s'abandonner aux passions tristes), et Montaigne, comme on sait, disait "je ne fais rien sans gaieté" - je songe aussi, dans un tout autre registre, à Agnes Martin, et au lumineux livre qui réunit ses "Ecrits", et à son insistance sur l'"awareness" (la conscience, l'attention - cf la constante insistance de Jacottot sur l'"attention" dans le livre de Rancière) et à sa spinozienne évocation de la joie.
Robert Filliou, à qui l'on demandait quels artistes il aimait, répondait que quand il était de bonne humeur il aimait tout (et rien quand il était mal luné). 
Ce passage résonne triplement en mon for intérieur, car 1. j'avais emporté comme viatique de lecture un petit Folio à deux euros acheté le 18 février, le Petit éloge de la joie, de Mathieu Térence, composé de 273 aphorismes ou fragments, dont j'extrais celle-ci :

93
Certaines pensées sont autant de sésames formulés pour que s'ouvre au lecteur un trésor de sensations, une connaissance profonde de la vie, un domaine de liberté. Spinoza, jamis quitté depuis, m'a offert de ces sésames. "Le bénéfice que j'ai retiré de mon pouvoir naturel de connaître - pouvoir que je n'ai jamais trouvé en défaut - m'a rendu heureux. Car j'en tire de la joie et je m'efforce de vivre non dans la tristesse et les gémissements mais d'une âme égale, dans la gaieté.
2. La spirale était la matière de La bêche et le crayon, un blog découvert aujourd'hui, grâce à mon journal de veille, Les Veilleurs, et au blog de Gallica. Y était reproduit entre autres cette volute tirée d'une planche du livre "de Architectura" de Vitruve.
 


 3. Robert Filliou était cité sur un autre blog découvert aujourd'hui, Les Quotidiennes, dans la chronique de Barbara Polla, médecin et galeriste. A la fin du texte :

Une année deux mille douce, très douce, ouverte et vivante. Une vie avec l’art. Car comme disait Robert Filliou, «L’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art».
 Soit dit en passant, cette chronique traite d'une œuvre d'artiste :

L’artiste français Jean-Michel Pancin, déjà connu en Suisse (il a exposé au CAN) s’est fait ouvrir les portes de la Prison Sainte-Anne en Avignon, d’où il est originaire. Il y a pratiqué pendant plus d’un an une archéologie passionnée, à la recherche de l’art perdu, celui des prisonniers qui ont quitté cette prison il y a quelques années, pour une autre, plus moderne, moins visible, excentrée. Il a récolté les portes mêmes des cellules, transformées par les prisonniers en œuvres d’art, leurs dessins sur les murs, par frottage souvent ; les objets abandonnés, reliques d’ouverture ; et les “pelotes” perdues dans les gouttières ou dans les barbelés des toits.
Ouvrir les portes des prisons, voilà qui conclut bien cette divagation initiée par un pauvre trou de serrure.

Pelote de graisse pour les oiseaux de Saint Germain
                         

mardi 14 février 2012

Trou de serrure


Je continue l'exploration du blog de Paul Cox, Jeu de construction, remontant lentement le temps jusqu'au final, puisque ce blog, toujours en ligne, s'est terminé avec la fin de l'exposition à Beaubourg (depuis Paul Cox n'a pas renouvelé l'expérience, dommage). Le 27ème billet, portant en titre une citation de Paul Klee déjà connue (Ce que je fais m'apprend ce que je cherche), évoque le motif du trou de serrure.Tout d'abord avec le générique de ses "Dessins animés des meilleures intentions":


(...) Enfin puisqu'il est question, dans ma séquence de "Dessins animés des meilleures intentions", de trou de serrure, et dans le paragraphe précédent, d'architecture et d'Asie, il me vient à l'esprit la synthèse suivante: ces mystérieuses constructions, tertres funéraires que l'on trouve au Japon, en forme de trou de serrure:

Et je poursuis mon enchaînement d'associations d'idées en me souvenant d'un trou de serrure que j'ai représenté dans mon "Histoire de l'art"
Pourquoi noter ceci ? Eh bien tout simplement parce que l'un des petits films tournés au Blanc le week-end dernier, pendant l'averse neigeuse, jouait autour du trou de serrure d'une porte latérale de l'église Saint Génitour, où j'étais parvenu au moment de la messe.




Il est d'ailleurs curieux que l'autre porte comporte aussi un trou (dont l'histoire est racontée sur le lien au-dessus) : trou où saint Génitour, saint céphalophore, c'est-à-dire portant sa tête tranchée, comme saint Denis, passe son doigt sanglant et touche ainsi l’œil de Sébastien le gardien aveugle, lui faisant aussitôt recouvrer la vue.



C'est d'ailleurs par un dessin de l’œil que Paul Cox termine son billet du jour


vendredi 10 février 2012

Le murmure du monde

Plongé dans le troisième volume du Carnet de notes de Pierre Bergounioux, qui couvre les années 2001 à 2010,  1280  pages serrées où j'avance méticuleusement, à raison d'un mois de carnet par soir, pas plus. Une lenteur voulue qui me vaudra donc, si j'en respecte la contrainte, de passer quatre mois en compagnie du corrézien. Il semble étonnant que l'on puisse s'en réjouir, car enfin quoi de plus banal que son existence, entièrement tissée autour du labeur d'écrire, de la rude tâche d'enseignement, du soin des siens et de quelques passions vives comme la sculpture de ferraille ? Pas de place pour le ragot, la cuisine des coteries littéraires, Bergounioux rencontre tout un tas de gens qui comptent dans la culture d'aujourd'hui sans songer une seule seconde à s'en prévaloir, sans émerveillement, sans même le plus souvent en donner le détail, ce que bien d'autres ne manqueraient pas de faire. Il narre ainsi sans s'attarder son passage à Bouillon de culture, beaucoup plus prolixe sur les bouchons de l'autoroute, inquiétude constante chez lui. Angoisse de l'accident, du destin soudain qui bascule. Ce journal est essentiellement une chronique des empêchements, consignée avec une sincérité émouvante. J'en reparlerai certainement ici.


Cette lecture régulière, vespérale, laisse place à d'autres lectures, indisciplinées, sauvages, brèves, vite pliées. Comme celle du livre de Lambert Schlechter, Le murmure du monde, que je connaissais pas la semaine dernière, et que j'ai découvert grâce au blog de Jacques Josse. Ce n'est pas son dernier livre, mais me plaisait suprêmement ce titre de murmure du monde, et j'aime beaucoup la photo de couverture. Donc, c'est rare, commande immédiate, et, sitôt reçu, lecture immédiate de ces dizaines de fragments dédaignant la majuscule et le point. Juste un exemple ce soir, qui lie si bien l'archaïque et l'actualité :

au gré de ma lecture du matin je rencontre des limaçons, propos de Socrate rapportés par Diogène Laërce - marquant son dédain à l'encontre des Athéniens qui se vantaient d'être des indigènes, Socrate disait que leur noblesse ne dépassait en rien celle des limaçons et des sauterelles - sous-entendant que ces bestioles-là aussi étaient autochtones,
J'y reviendrai aussi très certainement.