Elle vient du fond des nuits pâles
elle sourd de la hanche des glaciers
elle a franchi tous les biefs
C'est le dernier désir d'un mélèze
le regret d'une anguille
le lit vivant de la fièvre
Elle arrive dans sa nuit d'obsidienne
sa fureur s'épanche au feu de nos reins
elle s'inondera au-delà de nos fiefs
En espagnol, la sed est la soif.
samedi 14 août 2010
vendredi 30 juillet 2010
La nuit des brigands
Comme un large coup de hache éventrant le ciel
coup pourtant d'une improbable douceur
qui nous happe d'un seul murmure
Comme un souffle emportant tout le savoir passé
un vent venu de l'intérieur
chasser les remugles de l'autrefois
Comme une éruption silencieuse tapie dans les regards
la coulée invisible d'une lave
recouvrant nos chairs d'une onde noire
C'est un corps qui se love dans mon désert
c'est un sarment de fièvre qui s'innerve à mes phalanges
une falaise qui s'éboule à mes poignets noyés
C'est une barque qui tangue dans l'obscur
c'est la soie d'une chevelure que je froisse infiniment
une clarté de nuage au firmament des orties
C'est la longue clameur de l'aube
c'est le chuchotis secret d'une source
le feu mouillé d'un fruit qui se déchire
Comme une lune qui aurait tout oublié
comme un fragment de ténèbre détaché du néant
que nos yeux auraient perçu l'espace d'un instant
Comme une grâce qui tombe prune mûre
se blessant sur l'herbe ébahie de rosée
et que je sauve dans le repli de ma paume
Comme si le rêve n'avait été qu'interrompu
ses images recousues dans la coulisse du temps
Comme si nous en avions enfin trouvé la porte dérobée
dimanche 16 mai 2010
Herbes et cerisiers
A Chapitre Nature, au Blanc,
écouté la lecture de Sylvie Durbec, sur fond de harpe gracile défiant le brouhaha du salon.
acheté l' Encyclopédie poétique et raisonnée des herbes, de Denise Le Dantec, car l'ouvrant au hasard de ses quelques huit cents pages, je suis tombé sur une citation de Gustave Roud, suivie d'un extrait de Philippe Jaccottet, et que j'aime que la science et la poésie accordent leur marche et s'éclairent l'une l'autre
Extrait de PRENDRE place, une écriture de Brenne (éditions Collodion):
JEUNES MORTS
On a scié le tronc des cerisiers
en fleurs de leur premier printemps
Le pré est jonché de jeunes allongés
dont personne ne mangera les fruits
Sur le chemin des morts couchés
ce matin a fleuri l'églantier
On s'étonne de tant de beauté
et voilà la mort qui passe au pré
Ces troncs décapités encore adolescents
disent mieux que des mots savants
ce qui est à l'oeuvre dans le paysage
et le plus souvent l'oeil ne m'aperçoit pas
ce qui est à l'oeuvre et tue et ruine
Ce n'est pas le vent qui les a couchés net
ni le froid ni la neige
pas le vent coulé glacé sur la plaine
comme un assassin de l'amour
non
c'est la main infatigable des vivants
vendredi 30 avril 2010
Pierre Hadot
«La philosophie n'est pas une construction de système, mais la résolution une fois prise de regarder naïvement en soi et autour de soi.» Définition de la philosophie et du philosopher, à mes yeux, toujours valable! C'est que la philosophie n'est pas avant tout une activité théorique et abstraite, mais un nouveau mode de perception, que Bergson qualifie de «naïf», au sens où l'artiste regarde sans a priori la nature, en se libérant des habitudes et des intérêts égoïstes qui nous empêchent de voir la réalité telle qu'elle est.
Pierre Hadot (mort dans la nuit du 24 au 25 avril, à l'âge de 88 ans).
Pierre Hadot (mort dans la nuit du 24 au 25 avril, à l'âge de 88 ans).
lundi 26 avril 2010
On me pressait d'embarquer
On me pressait d'embarquer
Les nuages avaient, semblait-il, desserré
leur étreinte
Une trouée était, m'assurait-on, perceptible
Les amarres furent larguées
La côte rapidement oubliée
Mais quand je me
retournai
j'étais seul
dans le noeud coulant
des nuages

mardi 6 avril 2010
Alluvions ( Théodore Monod)
J'aime à me donner des contraintes, à me fixer des programmes de lecture, mais il est bien rare que je ne m'affranchisse pas des premières et que je ne bouscule pas les seconds. Un livre vient-il à faire signe que je puis abandonner séance tenante ce passionnant volume que je me promettais si fort de finir avant telle date. C'est une semblable impulsion qui me jeta la semaine dernière vers Méharées, le célèbre livre de Théodore Monod. Pas une nouveauté, comme on voit, et que depuis dix ans j'eusse pu me saisir aussi bien, puisqu'il ne reposait pas en quelque malle oubliée ou rayonnage empoussiéré, mais bien plus simplement dans la bibliothèque de mes beaux-parents, celle du salon qui, sans être étique, n'est pas colossale. Mon regard a dû glisser cent fois sur l'ouvrage sans daigner s'y attarder. Que s'est-il passé pour que cette fois je l'extrais de l'étagère et décide de l'emprunter ? Personne ne m'a parlé de Monod récemment. Mais c'est peut-être les images de ses cahiers de voyage, reproduits dans un CDrom pédagogique et vues à plusieurs reprises ces derniers mois qui ont allumé la petite étincelle de curiosité. Peut-être.

Je viens en tout cas d'en achever la lecture, et j'ai été surpris et ravi par la modernité de la narration, sa vitesse, sa fluidité, par l'humour aussi, l'ironie qui courent à travers les pages, humour et ironie auxquels je ne m'attendais pas (je n'aurais pas été étonné si la prose avait été austère et quelque peu hiératique et empesée).
Pour saluer l'écrivain et le savant, et garder souvenir de ce moment de lecture, je veux placer ici extrait de l'avant-dernier chapitre, où il parle des fleuves sahariens, qui n'atteignent jamais la mer. Pour moi, longtemps, le fleuve a coulé de sa source à la mer, l'école nous avait appris ça comme si nulle exception n'était envisageable, indiscutable dogme, destin invariable des cours d'eau que de finir à l'océan ; et quelle ne fut donc pas ma surprise de voir un jour sur une carte - c'était celle de l'Australie - que des fleuves, surgis du giron des montagnes, pouvaient disparaître avant la côte.
Je veux noter aussi ce passage parce qu'il contient le nom même de ce blog, et en fait briller le sens même :
"Nous savons bien - pour avoir entrevu, ça et là, dans nos vallées, quelques graviers, une couche de limon, un banc de sable - que les fleuves ne transportent pas que des matériaux dissous et ont un "débit solide", mais l'importance de celui-ci nous échappe parce que la mer le reçoit ; le résultat de la décantation nous demeure invisible.
Au contraire, les fleuves sahariens ont été -au moins les derniers - des fleuves de bassins clos, sans débouché maritime, se jetant dans des zones d'épandage marécageuse dont le lac Tchad offre une excellente image.
Dans cette cuvette plate, ils accumulaient des sels dissous, tout prêts à se cristalliser par évaporation, et des alluvions ; celles-ci sont insolubles, elles demeurent où la crue les a déposées, peu à peu colmatent leur "tchad", exhaussant ensuite le niveau de base du cours d'eau dont la pente et la vitalité diminuent.Le fleuve étouffe, il agonise, il va périr axphyxié par ses propres alluvions : un suicide."
Je viens en tout cas d'en achever la lecture, et j'ai été surpris et ravi par la modernité de la narration, sa vitesse, sa fluidité, par l'humour aussi, l'ironie qui courent à travers les pages, humour et ironie auxquels je ne m'attendais pas (je n'aurais pas été étonné si la prose avait été austère et quelque peu hiératique et empesée).
Pour saluer l'écrivain et le savant, et garder souvenir de ce moment de lecture, je veux placer ici extrait de l'avant-dernier chapitre, où il parle des fleuves sahariens, qui n'atteignent jamais la mer. Pour moi, longtemps, le fleuve a coulé de sa source à la mer, l'école nous avait appris ça comme si nulle exception n'était envisageable, indiscutable dogme, destin invariable des cours d'eau que de finir à l'océan ; et quelle ne fut donc pas ma surprise de voir un jour sur une carte - c'était celle de l'Australie - que des fleuves, surgis du giron des montagnes, pouvaient disparaître avant la côte.
Je veux noter aussi ce passage parce qu'il contient le nom même de ce blog, et en fait briller le sens même :
"Nous savons bien - pour avoir entrevu, ça et là, dans nos vallées, quelques graviers, une couche de limon, un banc de sable - que les fleuves ne transportent pas que des matériaux dissous et ont un "débit solide", mais l'importance de celui-ci nous échappe parce que la mer le reçoit ; le résultat de la décantation nous demeure invisible.
Au contraire, les fleuves sahariens ont été -au moins les derniers - des fleuves de bassins clos, sans débouché maritime, se jetant dans des zones d'épandage marécageuse dont le lac Tchad offre une excellente image.
Dans cette cuvette plate, ils accumulaient des sels dissous, tout prêts à se cristalliser par évaporation, et des alluvions ; celles-ci sont insolubles, elles demeurent où la crue les a déposées, peu à peu colmatent leur "tchad", exhaussant ensuite le niveau de base du cours d'eau dont la pente et la vitalité diminuent.Le fleuve étouffe, il agonise, il va périr axphyxié par ses propres alluvions : un suicide."
samedi 3 avril 2010
Charlatan

phrase fracassée aux arêtes du songe
songes-y et arrête ton char charlatan
qui nous paraphrase et nous ronge
les sangs bleus qui assèchent le temps
didgeridoo docile et rugissant
qui dans mon coeur désert s'allonge
ranime de son souffle le sang
qu'a grand peine j'éponge
et quand à ton tour tu plonges
dans le concert nocturne des ruminants
charlatan dans la fièvre des oronges
nous nous perdons dans ton envoûtement
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