jeudi 8 novembre 2018

L'explication de Sumatra

"La corde du silence tendu sur la vague de sang..."

Ingeborg Bachmann (citée au début du livre Notre désir, de Carolin Emcke, Seuil, 2018)

"Miracle d'un seul vers après tant de silence !"

Edmond-Henri Crisinel, in Le Veilleur, Œuvres, l'Age d'Homme, 1979

"Avec la nuit qui tombe, écrit l'astrophysicien Trinh Xuan Thuan, s'installe un silence ensorcelant. j'éprouve toujours physiquement, quand je me rends dans les observatoires haut perchés ou perdus dans les étendues désertiques, la sensation enivrante d'un espace sans limites. Du haut de ces observatoires, la vue semble  se perdre à l'infini. La nuit, se mêlent en moi un sentiment indicible d'infini et une sensation vertigineuse de connexion cosmique."

TXT parle de l'"étrange silence"de ces observatoires. Est-ce à dire qu'il s'agit d'une absence complète de sons ? En ce cas le silence se définirait négativement, par ce qui n'a pas lieu, or il me semble que le silence, comme celui dont nous pouvons faire l'expérience dans notre modeste nuit, qui n'est certes pas celle des altitudes et des déserts, est un silence de plénitude, où la vacuité sonore n'est jamais totale. D'ailleurs TXT lui-même dit qu'un seul bruit trouble le silence de la nuit : le ronronnement du moteur qui guide le télescope afin de suivre précisément le même objet céleste tout au long de sa trajectoire, et parfois le bruit de la rotation du dôme. Il parle ailleurs des "sons du silence", une formulation paradoxale qu'il éclaire d'une citation de Henry David Thoreau : "Le son est presque pareil au silence : c'est à la surface du silence, une bulle qui crève aussitôt."

Cela m'a fait penser à la méthode des actions scéniques paradoxales du metteur en scène Dusan Szabo : il y développe l'idée que les moyens scéniques sont toujours paradoxaux. Ainsi l'obscurité se réalise différemment dans la vie et sur scène : "Sur scène, on représente l'obscurité en allumant une bougie, en grattant une allumette ou en laissant un rayon de lumière descendre pour illuminer un point quelconque de la scène. Au théâtre, l'obscurité se construit à l'aide de la lumière." Et il explique qu'il en va de même pour le son : "Lorsque nous voulons suggérer un silence profond, nous n'utilisons pas les moyens d'une"chambre sourde" mais optons plutôt pour le bourdonnement d'un insecte, l'égouttement de l'eau d'un robinet, le sifflement du vent au loin ou encore le craquement d'une chaussure. Au théâtre, le silence se crée à l'aide du son." (Traité de mise en scène, L'Harmattan, 2001, p.42)

Allons plus loin : cette exigence de moyens scéniques paradoxaux se trouve être la quatrième d'une série de cinq. La dernière, la cinquième donc, est que l'action donne un sens nouveau au sens existant : "De là, rien n'est hasardeux sur scène : tout se trouve en rapport avec tout." Szabo parle de sumatraïsme, qu'il définit  ainsi : "chaque phénomène dans le champ scénique  se trouve dans un lien invisible avec les autres phénomènes : on établit ces liens à l'aide de l'action scénique, grâce à quoi on obtient de nouvelles significations métaphoriques." Recherche faite, le sumatraïsme est le programme poétique de son compatriote, le poète serbe Miloš Crnjanski (1893-1977), que celui-ci a exposé de la façon la plus complète dans « L’explication de Sumatra ».

Miloš Crnjanski (ou Milos Tsernianski)
                                                        S U M A T R A


Maintenant nous sommes insouciants, légers et doux.
Nous pensons : comme enneigées, silencieuses, sont
les cimes de l’Oural.

Si une blême figure parfois nous attriste,
qu’un soir nous aurions perdue de vue,
nous savons que, quelque part, un ruisseau,
nous savons que, quelque part, il s’écoule, rougeâtre.

Un amour, une aube, à l’étranger,
l’âme nous ceint, de plus en plus, intimement,
par l’infinie quiétude des mers bleues,
d’où rougissent des grains de corail
pareils aux cerises du natal pays.

Nous nous éveillons la nuit et sourions, affables,
à la lune à l’arc tendu.
Et caressons les monts lointains
et les sommets glacés, doucement, de la main.
                                                           Belgrade, 1920
Traduit par Boris Lazić

Dans ce poème, pierre angulaire d'un manifeste poétique, nous retrouvons curieusement les montagnes, le silence et la nuit qui forment le cadre de l'expérience de TXT dans ses observatoires astronomiques. Dans l'« Explication de Sumatra », écrit Nina Živancevic, "la paix et la blancheur de l'Oural sont confrontées au chaos, à la tragédie et aux complications de la vie. À propos de ce sentiment « expressionniste » et « sumatraïste », le poète écrit : « c'est ainsi que je sentis tout ce blanc, infini silence, là-bas, au loin. Je souris doucement. » La même critique littéraire rapporte que Miloš Crnjanski a séjourné à Paris de 1920 à 1921, où il fréquenta assidûment le musée Guimet, musée de l'art et de la philosophie orientale, et suivit les conférences d' Henri Bergson. Il traduisit aussi de français en serbe de la poésie chinoise et japonaise. 
"Dans le texte qui accompagne sa traduction de la poésie lyrique chinoise, Crnjanski explique lui-même son attirance « sumatraïste » pour la paix et les montagnes qu'il a découvertes en traduisant la poésie de l'Extrême Orient :

À travers les innombrables, ridicules, fausses traductions, j'ai commencé, petit à petit, mais avec précision, à deviner les sommets de ces montagnes immuables, au-dessus desquelles plane le silence. 
Et à Paris, après avoir trouvé et arrêté le texte, je passais dans les musées de longues nuits éclairées qui restaient attachées à l'horizon et ne descendaient pas sur terre... sur les soies anciennes, et qui me faisaient trouver un sourire paisible, le seul qui permette de pénétrer le texte de Lao-Tseu." [C'est moi qui souligne]
Revenons maintenant à TXT : le passage qui suit immédiatement sa méditation sur le silence s'intitule Tous enfants d'étoiles et commence ainsi : "L'astrophysique moderne a mis en évidence l'intime connexion de l'homme avec l'univers : je suis fait de poussières d'étoiles, de même que toute la vie et le monde matériel qui m'entourent." Et plus loin, il écrit : "L'astrophysique nous apprend donc que nous sommes interdépendants. Tout dans l'univers est lié, nous contraignant à dépasser nos notions habituelles d'espace." A travers l'observation du plan d'oscillation du pendule de Foucault, il montre que celui-ci "ajuste son comportement non pas en fonction de son environnement local, mais en fonction des galaxies les plus éloignées, ou plus exactement de l'univers tout entier, puisque la quasi-totalité de la masse visible de l'univers se trouve non pas dans les étoiles proches mais dans ces galaxies lointaines. En d'autres termes, ce qui se trame chez nous se décide dans l'immensité cosmique. Ce qui se passe sur notre minuscule planète dépend de la totalité des structures de l'univers. Le pendule de Foucault nous oblige à constater qu'il existe dans l'univers une interaction d'une tout autre nature que celles décrites par la physique connue, une interaction qui ne fait intervenir ni force ni échange d'énergie, mais qui relie l'univers en son entier. Chaque partie porte en elle la totalité, et de chaque partie dépend tout le reste. En d'autres termes tout est lié."



Collectionneur de vertiges, on le sait, j'évite d'employer le mot dans mes propres textes, mais j'ai envie, à ce stade, de faire une exception. Car rien, en commençant cette chronique axée sur le silence, ne me portait a priori à faire appel au dramaturge Dusan Szabo, qui m'a donc conduit jusqu'au sumatraïsme de ce grand écrivain serbe méconnu, Milos Tsernianski, vers une conception "de l’interdépendance universelle, de l’union des êtres et des choses, des pensées, des états d’âmes, des aspirations"(Boris Lazic) qui s'accorde donc parfaitement avec la vision de l'astrophysicien TXT. Oui, il y a quelque chose de vertigineux dans cette connexion inattendue.

Porto - Sé Cathédrale

mardi 6 novembre 2018

Mes pas dans l'ombre sépulcrale

Quatre petits jours à Porto, et rien n'est plus pareil. Quand je voyage, j'aime être déconnecté. Mon smartphone est heureusement d'un modèle si incommode à consulter que la tentation est facile à surmonter. Donc pas de mail (mais des centaines bien évidemment à éplucher au retour, c'est le revers de la médaille), pas de Facebook, de Twitter, de blog. Être seulement présent à ce qui advient. Et Porto, deuxième ville du Portugal, que nous découvrions pour la première fois, avait beaucoup à donner. Mais que m'arrive-t-il ? J'avais en octobre lancé plusieurs fils, ouvert plusieurs pistes, et il me restait donc un bon nombre de chroniques à écrire. Porto a comme perturbé ce flux, comme un affluent aux eaux tourbeuses vient soudain troubler le cours tranquille d'un fleuve plus du tout impassible. Et voilà que je ne sais plus que faire : reprendre la marche d'hier ou suivre une impulsion nouvelle, bifurquer alors que tout n'est qu'ébauché.

Sé Cathédrale de Porto
Et si la solution c'était, plus que jamais, d'être alluvionnaire, d'échapper à la lame unitaire qui roulerait entre des rives de béton et de se fondre dans les boues et les limons de courants turbulents. Identification à l'inondation.

Alors allons-y, descendons dans les catacombes de l'église de São Francisco, crypte qui servit de cimetière privé au Tiers Ordre de St-François de 1749 à 1866. Des têtes de mort au-dessus des enfeux, une vitre au sol laissant voir l'ossuaire des pauvres quelques mètres plus bas. Des statues, dont l'une me rappelle les sculptures d'Ernest Nivet.


Ernest Nivet (tombeau)
Dans le panier d'un bouquiniste de la Rua das Flores, les Œuvres d'Edmond-Henri Crisinel, parues aux Éditions de l'Age d'Homme en 1979. Crisinel, poète suisse dont toute la production tient dans cet unique volume de cent-quatre-vingts pages. Crisinel jamais lu, mais dont le nom m'est familier grâce à la lecture de la Correspondance de Gustave Roud et Philippe Jaccottet (livre lu en 2002 - à l'aide de l'index, j'en ai reparcouru les passages où il est question de Crisinel et je suis surpris d'avoir retenu ce nom car les deux poètes, s'ils estimaient tous deux cet homme durement marqué par la psychose, ne déploient aucune analyse précise dans leurs lettres).


Dans la calme nuit portuane de l'appartement Avenida de Fernão de Magalhães (autrement dit Magellan), j'ai lu le soir-même la moitié du livre.
O vous, corps oubliés dans vos humbles cercueils,
Le front bas, j'ai quitté les voûtes infernales,
Mais vos râles, vos cris, vos transes, comme un deuil,
Ont égaré mes pas dans l'ombre sépulcrale.

(in  Élégie de la maison des morts)

dimanche 28 octobre 2018

Ce cheval qui tourna la tête

Le livre de Zora del Buono, Des arbres et des hommes, que j'ai terminé ce matin, mérite parfaitement son titre : les quinze arbres extraordinaires dont elle compose le portrait racontent en même temps l'histoire des hommes qui en firent des abris, des refuges, mais aussi souvent des motifs de gloire ou des symboles. De l'Ankerwycke Yew, cet if dont j'ai déjà parlé, à l'ombre duquel on signa la Magna Carta, jusqu'au tilleul du village de Schenklengsfeld, qu'on dit le plus vieil arbre d'Allemagne (900 à 1255 ans), autour duquel vécut pendant plus de quatre cents ans une petite communauté juive, cent soixante-seize citoyens au moment de la guerre, dont vingt-trois disparurent dans les camps de concentration nazis, si bien que Zora del Buono peut conclure son livre en écrivant avoir "l'impression, en observant Schenklengsfeld, de regarder à la loupe l'histoire du pays, ce village est un concentré d'Allemagne, et ce que l'on apprend est tellement bouleversant qu'une nuit sans sommeil est encore la chose la plus anodine qui puisse nous arriver."



Certains de ces arbres extraordinaires restent anonymes, ainsi en est-il du Pin Bristlecone (Pinus longaeva) des White Mountains en Californie, 5065 ans, considéré comme l'arbre non clonal le plus âgé du monde, et dont le chemin d'accès n'est pas indiqué au public afin de le prémunir de possibles agressions, comme celle de son congénère du Nevada, le Prometheus, abattu par un étudiant en géographie en 1964. À cause de l'importance de l'espèce dans les recherches de dendrochronologie, tous les pins bristlecones de cette région sont maintenant protégés, qu'ils soient debout ou tombés. Le fondateur de cette science, l'astronome et mathématicien Andrew Elicott Douglass (1867-1962) avait le premier élaboré une méthode de datation permettant aussi de décrire le climat des époques passées en s'appuyant sur les anneaux de croissance (ou cernes) des arbres.  Ainsi put-il dater les édifices aztèques à l'aide de poutres maîtresses dans les ruines. Incidemment, j'eus la surprise de voir réapparaître à cette occasion mes Indiens Pueblo du Chaco Canyon :
"Les bois de Pueblo Bonito, au Nouveau Mexique, datent de l'an 1111, l'histoire de la colonisation de l'Amérique a pris un nouveau  visage avec le travail de Douglass. On suppose aujourd'hui que le Pueblo Bonito, un bâtiment d'environ huit cents pièces, a été habité à partir de 828 et abandonné trois siècles plus tard, probablement pendant une période de sécheresse qui résulté aussi du fait que les Indiens Pueblo avaient déboisé le Chaco Canyon au point que la nappe phréatique descendit, rendant toute vie impossible." (p. 73)
Autant dire que deux fils jusque-là indépendants de ma (j'hésite devant le mot à écrire : réflexion (un peu réducteur, il entre tellement d'intuition là-dedans) ? divagation (ce n'est pas faire justice inversement à ce qui entre de parfaitement rationnel dans l'entreprise) ? ), disons provisoirement, de mon chemin d'écriture : quelque chose, oui, s'est noué là entre le motif de l'arbre - présent en réalité depuis mai 2017, avec l'arbre du Sacrifice de Tarkovski, mais réactivé en ce mois d'octobre -, et le motif qui tourne autour de la kiva Hopi, qui a convoqué aussi bien André Breton qu'Aby Warburg. Et ce nouage s'est compliqué d'un troisième brin (ce qui détermine donc une tresse) avec un troisième motif ayant émergé ici, qui est celui du silence. Car c'est dans ce même chapitre consacré au pin Bristlecone que dans la complète solitude de la montagne californienne, Zora del Buono, après avoir vu disparaître la voiture rouge d'un photographe trop massif pour en descendre et qui ne photographiait donc que de la fenêtre entrebâillée de son véhicule, constate que "ce qui reste, c'est le silence." Et elle conclut alors son histoire par une vision quasi fantastique :
"Et puis, soudain, cet arbre qui se tient aussi droit que vous, qui trône majestueusement sur une hauteur comme si le monde entier était en dessous de lui seul, parce qu'il n'y a pas de monde au-dessus de lui, c'est un silencieux pas de deux entre deux créatures dont une seul sait danser, mais comme par miracle une troisième se glisse dans le tableau, il y a un cheval noir derrière, ce n'est pas une hallucination, le cheval marche lourdement dans la neige et personne ne sait où il va." (p. 78)
En note, Zora del Buono ajoute : "Plus tard, on me dit que le cheval est un étalon, qu'il vit depuis au moins quinze ans dans les White Mountains. Personne ne sait d'où il vient : personne ne sait d'où il est venu. Jadis ils étaient trois, un cheval gris, un brun et un étalon noir. L'un deux a disparu, on a trouvé le squelette de l'autre il y a quelques années. L'étalon a déjà été vu à des altitudes plus basses, là où vivent d'autres chevaux, mais quelque chose ne cesse de l'attirer de nouveau à trois mille mètres d'altitude, vers la solitude totale."*

Cette vision assez inouïe, cette synchronie entre la vision de l'arbre et celle du cheval, ce trio de figures qu'elle met en scène, m'a aussitôt fait penser à ce poème magique de Supervielle dont je n'ai jamais épuisé le mystère, Mouvement.

Ce cheval qui tourna la tête
Vit ce que nul n'a jamais vu
Puis il continua de paître
A l'ombre des eucalyptus.

Ce n'était ni homme ni arbre
Ce n'était pas une jument
Ni même un souvenir de vent
Qui s'exerçait sur du feuillage.

C'était ce qu'un autre cheval,
Vingt mille siècles avant lui,
Ayant soudain tourné la tête
Aperçut à cette heure-ci.

Et ce que nul ne reverra,
Homme, cheval, poisson, insecte,
Jusqu'à ce que le sol ne soit
Que le reste d'une statue
Sans bras, sans jambes et sans tête.
_________________________
* La photo qui accompagne ce passage est celle qui fait la couverture de l'édition française.

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C'est donc celle du pin Bristlecone. Photo surprenante car on aurait pu s'attendre à la photo plus habituelle d'un arbre avec tronc puissant et ample feuillage. Non, ici ni fût vertical, ni couronne ni houppier, à la place une géométrie complexe de bois en torsion, une sculpture traversée de poussées contraires entre ciel d'albâtre et tapis neigeux. Sur cette blancheur, il nous reste à imaginer le cheval noir.

[Ajout du 29/10] : Dans le premier article de cette nouvelle série, après la pause estivale, j'avais traité du documentaire Le Temps des Forêts, qui alertait sur la malforestation française. La semaine dernière, plus de 1000 forestiers et simples citoyens se sont d'ailleurs réunis à Saint-Bonnet-Tronçais (Allier) pour dénoncer la privatisation de l'Office national des forêts (ONF) et l'"industrialisation croissante" des forêts publiques (voir article de francetvinfo).

Forestiers de l'ONF contre l'industrialisation de la forêt (Photo : Thierry Zoccolan/AFP)
Je terminai l'article en notant une coïncidence avec un billet du site de Thomas Vinau, de retour chez lu dans le Vaucluse après son passage à Châteauroux. Or, hier, sur ce même site Etc-Iste, Thomas rapporte sa participation au projet Rock Fictions de Carole Epinette. A priori, rien à voir avec nos préoccupations du moment, sauf que ce nom, Épinette, ne peut me laisser insensible. Pourquoi ? Eh bien parce que l'épinette, qui pour moi était encore voici peu un instrument de musique à clavier et à cordes pincées, en somme une sorte de petit clavecin, s'est révélé être aussi un conifère, du genre Picea de la famille des Pinacées. Il en existe une quarantaine d'espèces dans le monde, distribuées dans la région circumpolaire de l'hémisphère Nord, dont cinq  indigènes du Canada. Parmi ces espèces, l'une d'elles, l'épinette noire (Picea mariana) était l'objet d'une attention spéciale de l'anthropologue Serge Bouchard dans son livre Le peuple rieur, que j'ai lu aussi en ce mois d'octobre, mais dont je n'ai pas parlé, faute de temps et de rapport direct avec les thèmes du moment.



Les amis innus sont ces Amérindiens, appelés parfois Montagnais, qui vivent et survivent, écrit Serge Bouchard, depuis au moins deux mille ans dans cette partie de l’Amérique du Nord qu’elle a nommée dans sa langue Nitassinan : notre terre. Histoire parfois tragique d'une société nomade confrontée entre 1850 et 1950 à la sédentarisation forcée et au déplacement des enfants dans des institutions. Il reste que ce peuple Serge Bouchard l'appelle rieur, car il a toujours gardé malgré les malheurs sa joie de vivre et son humour. Et l'épinette noire est souvent l'arrière-fond de cette vie, l'omniprésent décor. Je retrouve sur le site de Radio-Canada une chronique intitulé La prière de Serge Bouchard pour l'épinette noire, où il est dit :
« Je crois que les épinettes noires surveillent l'éternité », déclare Serge Bouchard. Ligne de vie du soleil couchant, appartenant selon lui plus au ciel qu'à la terre, ces conifères sont les « pylônes spirituels qui relient la Terre à l'Univers ». Grâce à cette prière, l'anthropologue réhabilite avec poésie cet arbre « victime de notre désamour », symbole de la pauvreté d'un territoire nordique, selon lui, mal connu. Pour Serge Bouchard, l'épinette noire mériterait d'être désignée comme arbre national.
Selon Serge Bouchard, les « pouvoirs mystérieux » de l'épinette noire restent sous-estimés.   Photo : iStock (légende du site)
Plus troublant encore : j'ai évoqué la dendrochronologie à propos du pin Bristlecone, mais si mon souvenir était juste, l'épinette noire était aussi mentionnée dans l'ouvrage de Bouchard comme ayant apporté des enseignements précieux sur ce plan aussi de la datation. Ayant rapporté le livre à la médiathèque je ne peux vérifier, mais une recherche sur le net m'a confirmé dans mes vues : on a effectivement retrouvé en 2017 des épinettes noires dans un petit lac du nord du Québec, dont l'analyse des cernes va permettre de mieux comprendre le climat de la forêt boréale au millénaire passé.

Nouage donc à tous les étages : à travers l'épinette (et je n'aurais pas fait la connexion sans Thomas Vinau), se sont donc reliés deux thèmes courant ici depuis octobre, l'arbre et l'Indien.

Flânant enfin sur le site de Carole Epinette, j'y trouve sur la page Rêveries d'automne, cette citation de Rousseau qui n'est pas sans quelque résonance avec tout ce que nous avons traversé ces derniers jours :
« Quand le soir approchait je descendais des cimes de l’île et j’allais volontiers m’asseoir au bord du lac, sur la grève, dans quelque asile caché ; là le bruit des vagues et l’agitation de l’eau fixant mes sens et chassant de mon âme toute autre agitation la plongeaient dans une rêverie délicieuse, où la nuit me surprenait souvent sans que je m’en fusse aperçu. Le flux et le reflux de cette eau, son bruit continu mais renflé par intervalles, frappant sans relâche mon oreille et mes yeux, suppléaient aux mouvements internes que la rêverie éteignait en moi, et suffisaient pour me faire sentir avec plaisir mon existence, sans prendre la peine de penser. De temps à autre naissait quelque faible et courte réflexion sur l’instabilité des choses de ce monde dont la surface des eaux m’offrait l’image; mais bientôt ces impressions légères s’effaçaient dans l’uniformité du mouvement continu qui me berçait, et qui sans aucun concours actif de mon âme ne laissait pas de m’attacher au point qu’appelé par l’heure et par le signal convenu, je ne pouvais m’arracher de là sans effort. »
J.J. Rousseau – « Rêveries d’un promeneur solitaire »



samedi 27 octobre 2018

A.K.


Manger des noix
en regardant A.K.
sur le petit Ipad

A.K. de Chris Marker
making off de Ran
d'Akira Kurosawa

tournage
sur les pentes noires
du Fuji-Yama

noix ramassées
il y a trois semaines
avec père et mère

Mercedes blanche
qui tous les matins
amène Sensei

lutter
contre les brouillards
du Fuji Yama

vendredi 26 octobre 2018

Varian Fry et André Breton

Si André Breton a pu descendre dans la kiva des Indiens Pueblos, en août 1945, s'il a pu avant cela fuir en Amérique depuis Marseille où il s'était réfugié avec sa femme Jacqueline Lamba et leur fille Aube, âgée de cinq ans, oui, s'il a pu échapper au régime de Pétain et aux nazis qui le considéraient comme un des thuriféraires de l'art "dégénéré", c'est bien en grande partie grâce à un homme, encore aujourd'hui peu connu, un Américain du nom de Varian Fry. Il a trente-deux ans quand il descend du train à Marseille, le 13 août 1940, trois mille dollars cachés dans ses vêtements, porteur surtout d'une liste de deux cents personnalités en danger, du monde scientifique et artistique, liste établie par ses employeurs de l'Emergency Rescue Committee en vue de leur émigration vers les États-Unis. Il devait rester un mois, il demeurera en France jusqu'à son expulsion le 6 septembre 1941. Et ce n'est pas deux cents personnalités qu'il aura in fine sauvé de la barbarie mais plus de 1800 personnes, à l'aide d'une petite équipe dont les membres seront presque tous de grands résistants.


Max Ernst, Jacqueline Lamba, André Masson, André Breton et Varian Fry, 10 février 1941.
Qu'est-ce qui avait donc conduit cet homme élégant et cultivé à se porter aux secours des artistes européens ? Il se trouve qu'en 1935, il avait séjourné en Allemagne et avait mesuré la virulence de l'antisémitisme hitlérien. A Berlin, il avait même assisté à l'agression d'un juif dans un café, sa main poignardée par un jeune SA. Il avait écrit des articles qui n'avaient guère eu de retentissement. J'ai écouté Daniel Schneidermann très récemment sur France Inter, qui vient de sortir un livre, Berlin, 1933, où il entend montrer l'aveuglement des journalistes occidentaux en poste à l'époque dans la capitale du Reich. Parle-t-il de Fry ? Je n'en sais rien, sans doute fut-il un des rares à alerter l'opinion sur l'oppression en marche.

Si je parle de Fry, que je connaissais pas encore hier, c'est que j'ai regardé le documentaire passé sur F3, La liste de Varian Fry, de Hélène Chevereau et  Clément Desiret (encore disponible en replay pendant quelques jours). Et si l'on veut encore plus de détails, on peut lire la page que lui consacre Alain Paire sur son site.

Quelques mots tout de même sur Breton et Fry. Celui-ci avait fondé le CAS, Centre Américain de Secours, dont les locaux avaient d'abord été établis à l'Hôtel Splendide. Rapidement à l'étroit, le CAS déménagea plusieurs fois avant de se fixer à la Villa Air-Bel, une maison ancienne avec dix-huit pièces réparties sur deux étages, assez grande pour inviter certaines personnes en attente de visas. Le révolutionnaire Victor Serge est de ceux-là, et c'est sur sa recommandation qu'André Breton et sa famille est convié lui aussi. Les amis du surréaliste se retrouvaient parfois à la villa, reconstituant les cercles parisiens, et "on sait, écrit Alain Paire, que pendant un week-end de début mars, quelques jours avant son embarquement pour les États-Unis via le Maroc et la Martinique, André Breton entreprit de créer en compagnie de la plupart de ses convives les trente-deux cartes révolutionnaires du Jeu de Marseille qui parut plus tard dans la revue VVV et qui fut finalement édité en 1985 par André Dimanche."

Alain Jouffroy revient sur la genèse du jeu dans un entretien avec Jacques Hérold :

» Alain Jouffroy. – L'idée du "Jeu de Marseille" vous est venue à la suite d'une discussion avec Breton ?

» Jacques Hérold. – C'est venu comme ça, de moi ou d'un autre, peu importe, au cours d'une conversation : "Si on faisait un jeu de cartes ?" Breton a accepté mais il voulait voir ce que c'est que le jeu de cartes, parce qu'en réalité on ne sait pas du tout quelle en est la source. Il est allé à la Bibliothèque de Marseille pour chercher les origines, les significations. Il a trouvé que le jeu de cartes ordinaire est un jeu militaire : le "trèfle" est la paie du soldat, le "cœur", son amour, etc. Evidemment, il s'agissait de changer complètement le jeu mais d'en garder le "squelette", c'est-à -dire le nombre de cartes.

» Alain Jouffroy. – Vous n'êtes pas partis du tarot ?

» Jacques Hérold. – Non, du jeu de cartes normal. Les tarots sont un jeu intéressant en lui-même. Il n'y a rien à y changer. Notre jeu ressemble au jeu de cartes ordinaire. Le Roi, la Reine, le Valet, sont devenus le Génie, la Sirène et le Mage. Le trèfle est devenu le trou de serrure noir de la Connaissance, le carreau, la tache du sang rouge de la Révolution, le pique, l'étoile noire du Rêve et le cœur la flamme rouge de l'Amour. »
Alain Jouffroy (« Les jeux surréalistes entretien avec Jacques Hérold », dans XXe siècle, Le surréalisme I, nouvelle série, XXXVIe année, n° 42, juin 1974, p. 152-153).

André Breton - Paracelse
Enfin, le 25 mars 1941, André Breton, parvient à s'embarquer, en compagnie notamment de Jacqueline Lamba, Victor Serge, Anna Seghers, Wifredo Lam, sur un vieux navire, le Capitaine Paul-Lemerle, où les conditions matérielles de voyage sont des plus pénibles. Claude Lévi-Strauss, autre passager, en relate certains détails dans Tristes tropiques :
"Finalement j'obtins mon billet de passage sur le Capitaine-Paul-Lemerle, mais je ne commençai à comprendre que le jour de l'embarquement, en franchissant les haies de gardes mobiles, casqués et mitraillette au poing, qui encadraient le quai et coupaient les passagers de tout contact avec les parents ou amis venus les accompagner, abrégeant les adieux par des bourrades et des injures : il s'agissait bien d'aventure solitaire, c'était plutôt un départ de forçats. Plus encore que la manière dont on nous traitait, notre nombre me frappait de stupeur. Car on entassait trois cent cinquante personnes environ sur un petit vapeur qui - j'aillais le vérifier tout de suite - ne comprenait que deux cabines faisant en tout sept couchettes"... "La racaille, comme disaient les gendarmes, comprenait entre autres André Breton et Victor Serge. André Breton, fort mal à l'aise sur cette galère, déambulait de long en large sur les rares espaces vides du pont : vêtu de peluche, il ressemblait à un ours bleu"...  
 Passage rapporté dans le poème d'Auxeméry quand il écrit :

                                                         et l'ethnologue plaisamment
t'avait déjà portraituré sur le bateau qui t'emmenait en Amérique 
aux jours sombres de l'exil
              fort mal à l'aise dans cette galère tu déambulais
vêtu de peluche tel un ours bleu

André Breton photographié à Marseille par Varian Fry

Varian Fry ne fut que tardivement reconnu. Ce n'est que quelques semaines avant sa mort, le 12 avril 1967, qu'il reçoit, à l'initiative d'André Malraux, la croix de chevalier de la Légion d'Honneur au Consulat Général de France de New York. 

En 1995, Varian Fry est devenu le premier Américain à être reconnu comme Juste parmi les nations au mémorial de Yad Vashem.

Alain Paire conclut sa chronique en rapportant que dans son catalogue de la Halle Saint-Pierre composé en octobre 2007 pour une nouvelle exposition Varian Fry et les artistes candidats à l'exil dont Michel Bepoix fut également l'un des commissaires, Martine Lusardy achève son texte avec une passionnante citation de Siegfried Kracauer, extraite de L'histoire des avant-dernières choses : "Une vieille légende juive dit que chaque génération comporte trente-six justes qui maintiennent le monde dans l'existence. S'ils n'existaient pas, il serait détruit et périrait. Mais personne ne les connaît ; eux-mêmes ignorent que c'est leur existence qui sauve le monde de la perte".
 

jeudi 25 octobre 2018

J'habite près de mon silence

J'ai terminé hier Juste après la pluie, le livre de poèmes de Thomas Vinau acheté le jour de son passage à Châteauroux. Le poème qui donne son titre au volume tout entier est précisément le dernier de la liste. Suit immédiatement un quatrain de Georges Perros (Thomas Vinau aime, comme il dit, semer des noms qui comptent pour lui, et cela tombe bien, car George Perros compte aussi beaucoup pour moi ):

Mieux vaut traverser la manche 
Sur le dos d'un requin bleu 
Que de perdre une heure ou deux
À bien retrousser sa manche.

Ceci extrait du recueil J'habite près de mon silence. Alors évidemment, j'y vois dans ce silence revenu un écho au thème qui s'affirme depuis le début d'octobre. D'autant plus que Georges Perros s'ajoute à la prestigieuse liste des poètes saisis par le silence, rappelons-les, Baudelaire, Rimbaud, Mallarmé, Valéry. Oui, Perros, atteint d'un cancer de la gorge fut empêché de parler à la suite d'une opération. Il faut lire dans Papiers collés III ce texte terrible intitulé L'ardoise magique (c'est l'instrument qui lui servait à communiquer avec ses proches), qu'il dédie aux laryngectomisés. Sans aucun pathos, Perros y décrit son parcours de souffrance, et l'inhumanité de l'hôpital (nous sommes en 1977) :

"Aucune parole d'homme à homme. Vous n'êtes plus un homme. Un "semblable". Mais sous le coup d'un décret qui vous a retiré votre identité, comme si des douaniers vous avaient dépouillé de tout papier. Ou, quand ils condescendent à quelque rapport, une gentillesse pour demeurés, une énorme plaisanterie d'arrière-garde. Il faut bien rire un peu. Le moral. Ce mot pour concierge. Mais nous ne sommes plus récupérables. Ce qu'on est, a été, sera -espérons!- tout le monde s'en fout. Le corps d'abord. Rien que le corps. Vos entrailles, toute cette usine sanguinolente, leur affaire. D'un certain côté, quoi de plus souhaitable ? J'en ai toujours un peu rêvé, de cet état. Mais librement chois, tiens, gros malin. Et toutes ces questions qu'on vous pose, réponses relevées, notées, pour les archives de la mort, peut-être ? Quel dossier ! Cousu de fil noir. Mais il faut bien servir à l'espèce. A sa perpétuité. Il y aura des hommes après nous. Surprenant, remarquait Valéry."
Tiens, Valéry. George Perros suivait régulièrement son cours au Collège de France. A Marseille, où il est ensuite hospitalisé, son voisin de lit se trouve être le gardien du cimetière marin de Sète : "Il ouvre désespérément la bouche. Rien n'en sort. Rires. (...) A nous les citations. Il me recopie quelques strophes dudit Cimetière marin, que je lui mime. Belle paire." Un peu plus loin, il écrit :
"Un peu de répit, à la pensée de Rimbaud, claquant là, pas très loin. D'Artaud, naissant là, tout près... Tant qu'à faire !
Il retourne à Douarnenez, retrouve sa famille, refuse toute rééducation de la parole :
" Mais enfin, j'ai bientôt cinquante-quatre ans, presque tous les hommes que j'ai aimés, qui m'ont aimé, pourquoi pas, sont morts. D'où choix, oui. A qui bon réapparaître, réapprendre à parler avec cette voix d'outre-tombe, détimbrée, celle du mort que je trimballe en sursis ? Tout ce que j'entends - radio, télévision - me répugne. Il n'était pas dans mes intentions de me présenter à la députation. Témoin, seulement, d'un énorme abus d'une parole morte, atrocement fardée, vieille belle, tuméfiée, pédante, démagogique, chacun se la coupe, au profit d'une dégradation possessive, dérisoires parts d'un gâteau moisi, mais aristocratiquement dégusté. Alors merde. Tant qu'on m'enverra des manuscrits, après tout, c'est mon métier, ma nouvelle manière d'être n'y change rien, nous tiendrons le coup."
Georges meurt quelques mois plus tard, le 24 janvier 1978. Sa voix d'écrivain nous parvient toujours, de plus en plus claire.



mardi 23 octobre 2018

Trees and snakes

Nunki Bartt m'écrit : "Après la vision du petit film sur l' Ankerwycke yew, je me suis rappelé l'arbre de Sleepy Hollow (le film de Tim Burton), qui abrite le cavalier sans tête et son cheval. C'est exactement dans ma mémoire (qui est aussi très faillible) le même genre de tronc très noueux, ligneux duquel le cavalier sans tête s'extirpe pour aller décapiter ses victimes scrupuleusement choisies. On sait que Burton situe l'intrigue de son film quelque part au royaume d'Angleterre,ainsi que la légende imaginaire de Sleepy Hollow. A t-il pensé au fameux Ankerwycke yew, ce vénérable millénaire ?"

Toujours prendre au sérieux les réminiscences de Bartt, le cheval fou de son imaginaire nous mène souvent en des domaines mal soupçonnés. Suivons sa trace. L'arbre de Sleepy Hollow, film sorti en 1999, à l'orée redoutée du deuxième millénaire, le voici :


La chercheuse Alice Vincens, dans une belle  analyse* autour de cet arbre de la mort, écrit que sa figuration "mêle les métaphores et les genres : l’arbre est minéral, sculpture tourmentée dont la contorsion renvoie à la torsion des corps torturés qui peuplent l’univers baroque, dont la poétique s’accorde au vertige des points de vue et à la torsion de la matière. En outre, ses racines ressemblent tantôt à des vagues pétrifiées lorsqu’elles sont au repos, tantôt à des serpents ou des tentacules lorsqu’elles s’animent et se soulèvent pour la sortie du cavalier sans tête : l’arbre devient alors animal fantastique, monstre mythique." Pour autant cet arbre est-il un if ? Alice (un prénom cher à Bartt) ne répond pas, elle ne le spécifie à aucun moment. Pure création de studio, cet arbre semble échapper à la nomenclature, seul le critique Philippe Azoury, à ma connaissance, en parle à l'époque dans Libération **(9 février 2000) comme d'un chêne : "C'est un arbre, chêne souverain, surgi du film dans un état nervalien de rêverie supernaturaliste (...)"On n'est pas forcé de le croire.

A peine avais-je fini, de bon matin, de répondre par courriel à Bartt que, m'enquérant du nouveau film déposé à minuit par Mubi sur la plateforme, je fus saisi par le titre qui s'affichait :


Il s'agit d'un court métrage, sans commentaire, qui mêle dessins d'architecture autour du Churchill College de Cambridge et plans de paysage ou d'animaux interférant avec les bâtiments. Un hibou et surtout un serpent se glissent dans le montage. Évidemment la vision du reptile épousant le tronc d'un bouleau ne pouvait que me renvoyer tout à la fois aux racines ophidiennes de l'arbre des morts et au rituel des serpents dans le pays Hopi.


Sur cette association de l'arbre et du serpent, je finirai par cette citation de Bachelard donnée en note par Alice Vincens :
"Gaston Bachelard montre comment « l’arbre appelle une participation à un univers. C’est une image qui nous grandit. L’être rêvant a trouvé sa véritable demeure. Du fond de l’arbre creux, au centre du tronc caverneux, nous avons suivi le rêve d’une immensité ancrée. Cette demeure onirique est une demeure d’univers » (La Terre et les rêveries du repos, op. cit., p. 118). Plus inquiétante est la référence qu’il donne du texte de G. Kahn Conte de l’Or et du silence : « L’Homme (…) arrive devant un arbre immense, de ses feuillures des lianes agiles descendent (…). On dirait que des serpents dardent leurs têtes vers lui, mais bien au-dessus de sa tête. Il lui semble que d’une longue crevasse au centre de l’arbre une forme se détache et le regarde. Il y court ; plus rien, que la cavité profonde et noire… » (p. 252)." [C'est moi qui souligne]

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* Alice Vincens, « L’arbre de la mort », Entrelacs [En ligne], 6 | 2007, mis en ligne le 01 août 2012

** Je fus surpris en voyant l'heure de publication en ligne de l'article : 22:22. Je retrouvais exactement cet horaire de 22:22 enregistré comme coïncidence dans l'article du 9 octobre, The doors of perception.


Croyez bien que je ne croise pas le nom de Philippe Azoury tous les jours, et c'est une litote. Or il m'est apparu une deuxième fois ce même jour, et c'était dans la présentation sur Télérama du documentaire Jim Jarmusch, poèmes sur pellicule, de Stefan Cornic (j'aurais adoré le voir mais c'était sur Ciné+Emotion). Il me plaît de voir incidemment Jarmusch se mêler à cette nouvelle intrication (et là aussi Nunki Bartt n'est pas loin).